l’été sans mer je meurs

premier bain de mer l'été sans mer je meurs à petit feu
entouré d'enfants qui rejouent le mythe des origines
ils courent à la mer ils passent le sable au crible
ils n'arrêtent pas de bâtir des châteaux qu'ils croient éternels
et surtout ils crient ils rient ils portent l'eau des poètes
de sept ans à soixante dix sept ans dans le plein soleil
l'azur les bateaux de maman qui ont des ailes
toutes les émotions rêves et désirs que l'on dit au papier
devant la mer qui nous vient du dedans
comme un étourdissement passager

Fos sur Mer 24/08/2020 
et pour le dernier bain 09/09/2023
"c'était hier ce matin là
c'était hier c'est loin déjà"


UN ÉTRANGE ALPHABET

Un étrange alphabet résiste en silence sous la lampe

Jacqueline Saint-Jean Brasier des ombres

une écriture en vis à vis de mes hypnographies

printemps-automne 2014

C'est une autre page
Sur ton oreiller
Au lieu de tourner retourner
Cherchant dans le noir le sommeil
Sous ta lampe
Tu essaies d'abord de tenir ferme
le stylo des signes inédits
qui ne sont tracés par personne
autre que toi
Ensuite de prolonger cet élan
par un festival de mots
Guirlande de tes rêves...

JJ Dorio 13/06/2020 et 09/09/2023

L’UNION DES CONTRAIRES

L'union des contraires
Je parle dans ma tête
En faisant mes caractères muets

Je parle dans ma tête
Comme d'autres 
Parlent au papier

Le mien d'ailleurs
Comme tu peux le constater
N'est pas blanc

C'est du papier kraft
Mon stylo y fait un doux bruit
Comme celui d'un esquif

(je ne comprends 
comment m'est venue
cette dernière image)



ANTHROPOCÈNE EN SEPT HAÏKUS

ANTHROPOCÈNE EN SEPT HAÏKUS

Pour Danielle et Jacquie


Il n’y a personne
On est parti anthropo
Cène Scène vide

C’était bien pourtant
Nos aurores affaiblies
La mélancolie

Des soleils couchants
C’était Verlaine et Saint-Jean
Bleu de l’oubli

Matière ardente
Sans la mortelle extraction
Du maudit or noir

Il n’y a personne
Notre seule Terre est morte
Un seul dernier rêve

D’un desdichado
Un troubadour perdu
Desafinado  

Mélodie faussée
Sur la lyre d’un Orphée
Qui n’a plus d’ouï


Italiques Paul Verlaine Jacqueline Saint-Jean

Entrevoir
Les mondes
De nos anciennes
Certitudes
À contre-jour
À contre-temps
Un présent
Dans la splendeur
De l’Aurore
Où l’on recoud
La déchirure
De notre mise
Au monde
Par notre geste
D’Écriture

photographie et poésie
de Danielle Nabonne