2 TROIS PAPILLONS Un papillon vole en mon cœur C’est un monarque orange et noir Un papillon entre en mes rêves C’est un morio presque un dorio Chouette est le nom du troisième Il est de soie et de dentelle Papillon de mon palpitant Papillon qui rêve de moi Papillon de nuit si chouette Trois papillons Tout un poème !
ALORS QU’EST-CE QUE TU AS ÉCRIT CETTE NUIT? 5 Assis sur le pavé des villes
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ASSIS SUR LE PAVÉ DES VILLES
-Alors qu’est-ce que t’as écrit cette nuit ? -Ne m’en parle pas, j’ai côtoyé l’abîme des hommes, des femmes et quelquefois des enfants, qui vivent dans la rue. -Des SDF veux-tu dire ? -Encore un acronyme pour cacher la réalité. On crève sous les acronymes. -Alors quoi ? -C’est encore un de mes rares amis qui a eu l’audace de faire 15 lignes pensées et qui font réfléchir, au-dessus d’une photographie d’un pauvre diable assis sur le pavé des rues, adossé au portail rond d’une cathédrale, couché sur un matelas de mousse, (loin du trou de verdure où mousse une rivière), assise sur un bout de carton devant un titre du Courrier picard : Animaux sauvages en ville, ou cette autre, pliée en deux, cassée, claudiquant dans une galerie de marbre, tenant dans ses pinces un gobelet de carton, ou, plus lyriquement, jouant du rebec rue du Taur à Toulouse. Ou bien encore, on est devant le cimetière du Mont Parnasse, qui permet à nos mendiants, nos échoués, nos laissés pour compte du champ de bataille de l’hyperconsommation, nos cloches et nos quasimodos, « d’aller pisser chez les morts ». Jean-Louis rambour Pauvres de nous Gros texte 2020
POÈMES POUR LES ENFANTS ET POUR LES RAFFINÉS
1 Légère et douce La pluie d’été Dans mon jardin Fait repousser L’herbe et le thym Après la pluie Dans l’amandier Reprend le son Sec sec sec sec D'une cigale Puis c’est la nuit La chaleur cesse Chauves-souris Se font la course L’enfant s’endort Sous la grande Ourse
ALORS QU’EST-CE QUE T’AS ÉCRIT CETTE NUIT? 4 Le voyage dans la voie lactée
LE VOYAGE DANS LA VOIE LACTÉE
-Alors qu’est-ce que t’as écrit cette nuit ? – J’arrive à peine d’un long voyage dans la voie lactée. Une giclée de lait de la déesse mère de l’enfant Zeus, trop avide à titiller le téton de sa maman. -Non ? -Oui, c’est ce que se racontaient les anciens Grecs. -Nom de Zeus ! -Ah il y a de quoi jurer. -Et pourquoi donc ? – Pour les dimensions de la Voie, une galaxie de centaines de milliards d’étoiles. -Y compris notre Soleil ? -Évidemment, et sa petite Terre, minuscules au regard de la voûte éclairée qui traverse notre ciel. -Et qu’as-tu encore vu dans ton voyage au long cours ? – Une chose que peu de gens connaissent. C’est sans doute le fait que j’ai revu hier, non sans une intense émotion, le film tourné par mon ami Michel dans cette contrée semi-désertique du Venezuela où vivent les indiens Goajiro. Notre voie lactée est pour ces amérindiens le chemin des morts. Quand leur âme quitte la terre, elle s’en va sur ce chemin qui les conduit vers l’île d’Hépira où dans un premier temps ils font bombance et se livrent à toutes les débauches possibles et imaginables. -C’est ça leur paradis ? -Oui, mais attends, il y a une seconde phase, symbolisée par un second enterrement où l’on nettoie soigneusement les derniers ossements des défunts. « Alors nos âmes, racontaient les derniers conteurs du mythe, reviennent sous forme de Pluie (Juyá) et de ses fruits (melon, pastèque, maïs, haricot), de gibier, de tout ce qui fait flore et faune du lieu. – Merci pour m’avoir rendue curieuse de cette autre voie. – Oui, je ne sais combien d’indiens encore y croient ? Ceux et celles qui cheminent dans la voie lactée, spîna wayú ouktïsï, le chemin des indiens morts. Le chemin des indiens morts Michel Perrin 1976 pour la première édition https://www.youtube.com/watch?v=UCTcCYT8mVQ
ALORS QU’EST-CE QUE T’AS ÉCRIT CETTE NUIT? 3 L’AMOUR DES POÈMES
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L’AMOUR DES POÈMES
-Alors qu’est-ce que t’as écrit cette nuit ? -J’ai marché sur les pages écrites par deux poètes amis. L’un qui vient de me les envoyer 1, l’une autre qui me les a offertes et dédicacées personnellement il y a huit ans passés2. -Des poètes ? Ça existe encor des poètes ! -À vrai dire je ne crois plus en effet que le mot soit adéquat, mais pour ce qui concerne des femmes et des hommes d’aujourd’hui, qui écrivent ce que l’on peut toujours appeler « poèmes », ça je peux te l’affirmer, oui, mille fois, oui. -Et qu’est-ce qu’ils disent ces poèmes ? -Mais ils ne « disent » pas les poèmes, ils étonnent, ils suggèrent, ils suscitent des émotions, ils réactivent des images que l’on croyait mortes et enterrées, ils nous font nous arrêter de lire, comme en suspens, pour nous interroger ou bien, c’est encore mieux, reprendre la plume abandonnée depuis l’enfance ou l’adolescence. -Bon, d’accord, alors je veux bien passer aux travaux pratiques. Je t’écoute. -Voilà, je vais mêler ces deux voix semblables et si différentes. Il s’agit pour elle et pour lui de poèmes qui tournent autour des côtes, rivages et toponymies de « Bretagne ». Je vais citer, mais pardonne-moi, je dois rompre, pour cause de mise en page, la verticalité pour l’horizontalité (il ne tient qu’à toi de les recopier dans leur premier état) : Ici tout écrit Voyelles d’écume/ Calligraphie d’ailes/ virgules des voiles/ Géométries du vent J St J Cette mer/ Toi qui meurs/ entre sable et galets/ face à l’immense/ s’asseoir/ et regarder JM C Nos pas lentement/ nos pas/ à marée basse/ sur le talus/ la primevère/ et les pétales du cerisier/ Traces de pas infimes/ pour qui pourquoi/ de qui aussi JM C Bouteille à la mer/ poème à l’inconnu/ Il dérivera vers un pays futur/ Il se perdra peut-être/ au labyrinthe des courants/ […] Celui qui le lira/ fera le voyage J St J
1 Jean-Marie Corbusier Breizh en partage Photos Dominique Neuforge (Le taillis Pré) 2 Jacqueline Saint-Jean Dans le soufflage du rivage Photographies Francis Saint-Jean (Tertium édition) Dédicace : « Pour Jean Jacques ces instants côtiers, où la mémoire rêve »