voix JJ Dorio 27 février 2024

Jean Jacques Dorio Un poème inédit par jour
voix JJ Dorio 27 février 2024

Sans doute la persévérance d’une voix est-elle l’unique vraie justification de la poésie.
Tout ce que la poésie peut faire, et seulement quand les étoiles sont bienveillantes,
c’est prêter des mots à nos questions, se faire l’écho de nos souffrances,
nous aider à nous souvenir des morts, mettre un nom sur les œuvres du mal,
nous apprendre à réfléchir aux actes de vengeance et de châtiment,
et aussi de bonté, même quand la beauté n’est plus là.
Alberto Manguel
les poèmes glissent dans le gouffre des nuits
les poèmes butent contre les portes des rêves inachevés
les poètes meurent dans un dernier mot resté au secret
les poèmes affrontent les fleuves intranquilles
les poèmes surgissent des voix chères qui se sont tues
les poètes se tuent à dire l’indicible
les poèmes travaillent le corps perdu des métaphores
les poèmes césurent riment et apocopent
les poètes balbutient un dernier vers de hasard ou d’azur
Ajout
Pour y voir plus clair tu fermes les yeux
Pour chanter plus juste
Pour le vers sublime de Verlaine :
l’inflexion des voix chères qui se sont tues
Pour peindre le passage
Et pour parler au papier
Comme écrivait en sa tour de Montaigne
Le prince des Essais
Pour rien
Une forme
Qui ne rime
à rien
En chemin
Vers la tombe
D’Antonio Machado
À Collioure
Caminante
No hay camino
El camino se hace
Al andar
Sur ce chemin
Qui n’existe
Qu’en le faisant
(le fatiguant)
En chemin
Assis devant le fleuve
Qui passe
Et ne s’arrête pas
Faisant ces vers
De mémoire
estos días azules
y este sol de la infancia
ces jours d'azur
et ce soleil de l'enfance
dernier vers écrit par Antonio Machado à Collioure
ce lundi 26 février 2024
Alexandre Plank et Evgenia Rudenko ont conçu un programme à partir de textes écrits par des artistes ukrainiens.
Tu as perdu ta capacité de lire d’écrire de rêver
Tu as un ennemi stupide et cruel qui t’a enlevé tout ce qui faisait l’amour de la vie
« On ne peut pas se permettre d’oublier la guerre », écrit Sofia Andrukhovych, à laquelle Laure Calamy prête sa voix, tout comme l’ont fait les comédiennes Audrey Bonnet, Irène Jacob et Maud Wyler.
C’est sur un poème de Maksym Kryvtsov, tué sur le front à 33 ans, le 7 janvier 2024, que s’achève cette émission bouleversante et qu’il faut écouter car ces mots, leurs mots, disent non seulement quelque chose de la guerre en Ukraine, mais aussi parce que, pendant une heure, leurs voix leur sont rendues.
Ma pauvre
Mon fusil de chasse rouille
Mes vêtements et équipements de rechange
Seront donnés aux nouvelles recrues.
J'aurais aimé que ce soit le printemps
Pour enfin
Fleurir
Comme une violette
Maksym Kryvtsov
23 janvier 1990-7 janvier 2024
dernier poème
dit en Ukrainien à la fin du post
Vivants, ne craignez rien de moi, car je suis mort.
Rien ne survit de mon esprit ni de mon corps.
Robert Desnos
Quand je suis né Desnos mourait
Partait crevant comme un chien
Dans un camp pourri de Tchéquie
Coulé s’en allant de la tripe
Ô l’infâme clique raciste
À la tête de l’État français
Un Pétain un Laval un Brinon
Qui livra à la racaille Desnos
Robert l’ami ton corps est parti
Mais ton Esprit survit
Qui haïssait la guerre
Et qui tant aimait
Offrir aux hommes libres
Amour et Poésie