UN COUPEUR DE CHEVEUX EN QUATRE UN AMATEUR

Un coupeur de cheveux en quatre un amateur
Qui use d’écharnoir pour tailler son poème
Et la toile émeri pour gratter les hommages

Loin du poète à luth ou du joueur de go
Une bouche avalant à grands traits la lumière
Et non « la bouche d’ombre » d’où sort Victor Hugo

D’une vieille maman un fils de tortillance
Qui enroule ses vers de mille impertinences
Un engendreur de bric de Bonnard et de Braque

Poète trimégiste Hermès patron des scribes
Ses ailes de géant se mettant à marcher
Parcourant tous les rhumbs de l’un à l’autre pôle
Tenant à bout de main la plume flegmatique
Repoussant les sanguins bilieux mélancoliques
Aimant les chats du Parthénon de l’Acropole

Maniant les vers blancs les dés les diatribes
Donnant la nourriture aux hommes égarés
Aux enfants des eaux et des airs aux doux Lettrés
Et d’un vers à un autre halant tous les lecteurs
Des coupeurs de cheveux en quatre des amateurs

italiques Queneau Petite Cosmogonie Portative 6° et dernier chant







LE POÈME JAILLIT DU COIN DE CETTE TERRE


Le poème jaillit du coin de cette terre
De chrome et de bismuth d’astanine et d’ions
De wolfram de scandium de noire aniline
De l’astringent alun du rutile arkansite
L’argon et le néon et la guetta percha
Le quartz le silicium le fer et le titane
Le scandium (déjà dit) Bref toutes les scansions
De cette poésie où tous les éléments
Inspirent les travaux aux forgerons des rythmes
Mineurs de l’allusion tailleurs de métaphores
Les mots se sont gonflés du suc de toutes choses
De Ponge et de Queneau et du petit Dorio

le titre est un vers de Queneau du troisième chant de la Petite Cosmogonie Portative 

ALEXANDRINS EN VERS DE VELOURS


Plaisir jubilatoire le singe devient l’homme
Lequel un peu plus tard désagrégea l’atome
Fit des alexandrins sur des pages in-folio
Pliées en deux qui se gondolent et se marrent
Mares des mollusques mous et des onychophores
Qui sont vers de velours comme des métaphores
Et la musique jazz d’un Bach paratonal
Aimant le swing du piccolo au tuba basse
Y en aura des cristaux Y en aura des arêtes
Des coups de dés hasards qui me diront Arrête !
Ça suffit tu nous saoules Obstiné radiolaire
Hérissé de piquants ou bien vil ver de terre
Et drôle d’asticot ! Mais moi je persévère
Poursuivant mon destin antibouquinistique…
Et l’homme issu du singe en avale sa chique

les italiques sont de Queneau du quatrième chant de sa Petite Cosmogonie Portative


ADRESSE D’UN POÈTE ALGORITHME ALCHIMIQUE

En lisant Petite Cosmogonie Portative Troisième chant


les italiques sont de Queneau

Adresse du poète algorithme alchimique
Le facteur de ma rue a du mal à trouver
Mais je suis à l’affût quand je l’entends passer
Coucou oui c’est bien moi le poète Machin
Tailleur de métaphores Algébreur d’émotions
Je lui signe un reçu dont il fait la photo
Qu’il envoie illico aux frères planétaires
Et aux sœurs sans sornettes amoureux comme moi
Du vierge du vivace et du bel aujourd’hui








LE BAL À LUBAT

J’ai peur que nous ayons les yeux plus gros que le ventre et plus de curiosité que nous avons de capacités : nous embrassons tout, mais nous n’étreignons que du vent. Michel de Montaigne

LE BAL À LUBAT J’ai assisté à son premier Uzeste musical Mais surtout j’ai vécu le Chateauvallon 1976 avec ses potes Portal (aux saxophones), Beb Guérin (qui devait se pendre un jour aux cordes de sa contrebasse) et Francioli.  Lubat, multi-instrumentiste comme dit la pochette, entrait sur scène avec un tas de poêles à frire étalées sur la scène, qu’il se mettait consciencieusement à rosser (y compris quelques tapes amicales) Il avait dû piquer les padènes (nom occitan) à sa maman gasconne (la mienne plus langue d’ocienne y faisait cuire la sanquette du dernier poulet qu’ils venaient de saigner avec mon paternel) Maintenant Lubat, c’est l’âge peut-être (né en 45 comme mézigue) il dépote à plein tube envoyant dans les cordes les petits djeuns qui font du piano comme des clones Tous (et toutes ?) les mêmes Tous excellents sur le papier mais secs en public comme des types (et des typesses ?) qui n’ont rencontré aucun obstacle dans leur vie Bon si l’on rembobine Lubat en 70-72 il intervient sans trop piger le truc chez les dingos de La Borde dans le cadre qui n’en est pas un de la psychothérapie institutionnelle (sic) crée par Jean Oury à 15 km de Blois dans un château entouré d’un bois où les loups les fous pouvaient se balader en écoutant des ballades jazzées (pour une demande d’admission le patient peut lui-même adresser un courrier pour dire ce qui lui arrive et ce qu’il attend d’un séjour à la clinique)  Dans cette cli(ni)que-là le Jazz improvisé faut croire que ça donnait des idées aux (im)patients incertains quant à la place de leur cogito De même qu’aux musiciens en herbes secouées de vents incertains mais non de touches de piano ou d’accordéon (chromatique ou diatonique ?) Alors donc Lubat au détour cette interviouve de 6 pages en A4 (Pratiques 2023 : improvisation/ incertitude/ doute/jeu/création/invention/pensée/rencontre/résistance/singularité/subjectivité/subjectivation/intersubjectivité/objectivité) fait maintes citations dont celle, en commençant d’une d’André Benedetto « L’obstacle comme lieu de passage » Un soir je l’ai rencontré à Port de Bouc avec les Cocos du chantier naval qui venait de fermer laissant une plaie béante après un demi-siècle d’activités Je l’ai exfiltré pour l’amener dans notre logement déguster un foie gras fait maison par ma mère Suzanne (elle ne se contentait pas d’élever poules et lapins) On est allé au balcon sous la lune de Paradis Saint Roch et nous nous sommes racontés nos origines familiales populaires et cocasses Après l’homme du théâtre des Carmes, Lubat cite Glissant glissant sur le méli-mélo-mélée (de rugby) d’ « une poétique de la relation » (c’est un peu ronflant, non ?) Chargeant au passage le bouc émissaire Macron Avouant malgré tout que lui aussi est l’invité (il ne dit pas à quel prix) du Conservatoire de Paris pour faire tourner des « ateliers d’improvisation générative » (sic) Ça doit pas être coton si l’on en croit les questions qu’il pose (et se pose encore un peu à lui-même, je suppose) -Qu’est-ce que vous foutez là ? Vous venez pour vos oreilles ou pour votre oseille ?  Le bal à Lubat ça tourne mal à cet instant où : Je pense que l’art n’a jamais été aussi dans la merde Je pense qu’on ne joue plus. On répète on simagrée. Je simagrée, tu simagrées (de canard !) La suite c’est quand même plus coton,en particulier, après avoir rappelé, quand même, ce qu’il doit (non apparemment il doit rien à personne) à Michel Portal et à Claude Nougaro, il évoque une collaboration (mais on ne sait pas laquelle) avec Luciano Berio. Ça c’est mon terrain de jeu, si je (que je manifeste pour la fois première) puis dire. Berio 68 comme Mai, comme la Sinfonia, sa grande partition-collage de Malher, Schömberg, la valse de Ravel, l’Agon de Stravinsky, l’inévitable (à cette époque) Stockausen. Collage ô mon collège de vacarmes et d’heures perdues à recoller les morceaux de culture générale O King O King O Luther O Martin O l’assassin du rêve du pasteur assassiné ce 5 avril de 68 (le jour des vingt-trois de Cohn-Bendit) Et puis au début de la Sinfonia Il y avait il y avait il y avait une fois un indien un indien à la chasse les frères les frères les Pléiades (le chemin des indiens morts qu’avec mon compère Michel Perrin nous suivions sur le territoire de Goajira en décembre 68 précisémment) ce mythe nous retiendra très longtemps Et clac je referme mon Steinway ce 10 avril 2023 Merci Lubat Merci copain Alain qui m’a envoyé l’interviouve et merci Sophie qui va jazzmagaziné tout ça

DORIO 10 AVRIL 2023