FASTE VERBAL Langage en fête Faites l’amour avec les mots sortis du chapeau de l’artiste De son gueuloir où il élimine les phrases trop juteuses À son coup de dés où par hasard sortent quelques pages de poésie pure Un peu de spleen dans le brouillard la demi-brume londonienne Beaucoup d’éclairs la nuit surtout quand la chevêche d’Athéna darde son œil jaune sur les pages des Essais, les paperolles collées sur des cahiers d’écoliers débordant d’écriture, les phrases d’un Sisyphe ermite de Croisset Faste verbal Vaste potlatch où le don que l’auteur fait au lecteur, l’écrase et l’annihile, s’il ne peut exercer lui-même ce contre-don d’écriture en vis-à-vis, s’il ne peut coucher sur le papier son monde à lui ou elle, commun et singulier : En lisant, en écrivant 1 Multipliez-vous Croissez Tant que vivez Batifolez en ces jardins d’Eden, où les sentiers page à page, bifurquent Comme l’éclairage de votre roman change selon l’âge où vous le lisez Selon que la vie vous aura plongé peu à peu dans le grand sommeil ou vous aura maintenu, lecteur aux aguets, en mouvement. Enfin elle ouvrit la porte. Le cri des gonds avait sans doute vainement frappé l’oreille du meurtrier. Quoique son ouïefût très fine, il resta presque collé sur lemur, immobile et comme perdu dans ses pensées. […] Mais bientôt, soit qu’Hélène eût laissé échapper une exclamation, soit que l’assassin revenant du monde idéal au monde réel, entendit une autre respiration que la sienne, il tourna la tête vers la fille de son hôte, et aperçut indistinctement dans l’ombre la figure sublime et les formes majestueuses d’une créature qu’il dut prendre pour un ange… 2 Cherchez et vous serez à nouveau dans ce roman balzacien, à la fois la fille, l’assassin et l’ange de la nuit qui veille avec ses grandes ailes brunes sur le faste verbal de toute littérature.
Quand diminue la lumière de l’humain
tout comme une bougie haletante en sa fin
Noël en s’épaulant de souvenirs d’enfance
nous remet à l’abri dans l’enclos de ses joies.
Il porte à résister aux ténèbres cyniques
Dont notre époque appuie le triomphe multiple.
De l’année à venir Noël en bon berger
veille à son estuaire. De sa hotte remplie
on peut tirer les vœux que l’on se donne
Nous n’abuserons d’illusions personne,
si nous allons au frais matin armés des mots
« amour » et « paix », jamais de trop.
André Ughetto Noël 2022Nous n'abuserons d'illusions personneMais personne ne nous empêcheracontre DouleurD'ordonner Grâce et Douceur
André Ughetto a écrit et m’a envoyé ce poème pour Noël 2022 N’hésitez pas chers et chères amies qui tenez encore à ce que peut provoquer l’écriture unique en son genre de la poésie, d’écrire et de composer le vôtre. Personnellement j’ajouterai le mien, qui aura naturellement une tonalité semblable et différente. C’est ainsi que l’on compose un bouquet de fleurs, bien ou mal liéesou séparées, c’est selon.
doriojeanjacques@gmail.com
NOËL 2022À l’enfant ukrainien qui est né cette nuit, sombre, ensanglantée par l’ogre poutinien,
À la petite fille de ce pays d’Iran où les vieux religieux font régner l’enfer au nom du coran,
À mes petits enfants qui connaissent la paix, la grâce d’être nés dans nos démocraties :
Jusqu’à quand ?Jadis naguère Noël nous faisait rêver
Présents, joujoux, cadeaux, jour bourré de magie.
Avec papa maman nos mages bienveillants.
Une année nous eûmes à notre tour des enfants,
La fable reprenait, réel transfiguré.
Puis les enfants s’en vont, ils vont vivre leurs vies.
On moque ceux qui croient encor au pernoël
Et aux contes enchantés de la mère l’Oye.
C’est la loi et pourtant ce matin des étrennes
La lèvre affriandée, en se frottent les yeux, 1
Je le donne à l’enfant qui sort de la bouche d’ombre
L’espoir dans l’or du temps perdu et retrouvé.1 Arthur Rimbaud
JJ Dorio dimanche de Noël 2022MATIN DE NOËL dimanche 25 décembre 2022 Je « promène » sur les hauteurs du plateau de Castillon, ville de Port de Bouc, surplombant vers l’ouest le golfe de Fos sur Mer. Je m’arrête sous un pin d’Alep, en bordure d’une vieille vigne et grâce à la magie des écoutes en podcast et de mes oreilles devenues magiques (prothèses auditives qui permettent une « connectivité Bluetooth à mon smartphone » sic), je commence l’écoute de la cantate BWV 63, composée par le divin Bach et jouée à Leipzig, le jour de Noël 1723. Je me dis alors que ce que Jean Sébastien n’avait pas prévu, c’est qu’un quidam écouterait ainsi sa cantate écrite pour des paroissiens enthousiastes, 299 ans après sa création, seul, devant un paysage maritime et industriel, mêlant la forme d’une baie méditerranéenne, ses bateaux coloriés chargés de matières inflammables, ses usines à cheminées noires et ses grues dressées comme des girafes. Après le premier mouvement, Christen, ätzet diesen Tag, (Chrétiens, gravez ce jour), trompettes et timbales avec chœur flamboyant, je reprends la marche, contournant les vignes et remontant vers la direction opposée. Et là, soudain, à l’est au-delà de l’étang de Berre, c’est le choc que je m’empresse, la première émotion passée, de transcrire ainsi sur mon petit écran : ce dimanche de Noël 2022, autour de midi, j’ai vu la Sainte Victoire comme Cézanne ne l’a jamais représentée Un nuage blanc couvrait son flanc sud la faisant ressembler à une estampe du Mont Fuji.
page dont il n’existe qu’un unique exemplaire
c’est mon cadeau à l’enfant de nulle part
qui est né ce dimanche de Noël 2022
Cher Jean-Jacques,
Merci pour ces poèmes qui appellent à l’amour et à la paix bien mal en point à cette époque. Heureusement que de temps en temps, nous pouvons regarder en arrière même avec l’œil de l’innocence qui nous projette dans un futur encore acceptable. Ecrire le poème est garder une distance, se tenir à l’écart pour mieux observer et accepter ce qui nous préoccupe. Il est vrai que grâce et douceur deviennent rares dans un monde excité et apathique à la fois, un monde où l’on finira par chercher l’humain.
Je te présente tous mes meilleurs vœux pour l’année future.
Jean-Marie Corbusier
Bonjour Jean-Jacques,
Un grand merci pour ce partage. Cela m’a fait du bien de lire ces deux poèmes en écho.
J’ai dernièrement participé à un atelier d’écriture organisé par une amie, je me suis pris au jeu et j’ai pensé à toi. J’ai goûté furtivement au plaisir des premiers jets productifs, moi qui avance habituellement comme une tortue quand j’écris.
Je te souhaite de très belles fêtes en compagnie de tes deux filles.
Amitiés,
Rémi Vartéressian
Merci, Jean jacques pour ces beaux poèmes où l’humain retrouve sa vraie dimension
Un doux et chaleureux Noël à toi Noémie et Mathis
Lumière de printemps sur Hibarette, la neige a fondu, voici
La parfaite douceur est figurée au loin
à la limite entre les montagnes et l’air Jaccottet
accompagnement guitares Philippe Bruguièrevoix JJ Dorio
MON PÈRE NOËL
Paroles et musique JJ Dorio
J’ai perdu mon père Noël Mon père Noël mon père Noël
J’ai perdu mon père Noël Qui m’apportera mes jouets
Il est parti dans son sapin Dans son sapin dans son sapin
Il est parti pour Sainte Barbe Funeste erreur de calendrier
Il est parti sans mes joujoux Il est parti sans mes jouets
Le père Noël on y croyait Mon père Noël il m’avait faitAdieu papa adieu pépé La blague avait assez duré
Ton vieux cœur d’homme Était usé il a cassé il a casséSi vous voulez le retrouver Mon père Noël mon père aimé
Frères humains et vous mes sœurs Appelez Noël vos bébés (bis)
enregistrement maison samedi 24 décembre 2022 19h00
Une lecture foutraque et attachante de un dictionnaire à part moi
Lui-même évoque son œuvre comme un palimpseste chaque jour retouché. Jean Jacques Dorio en propose aujourd’hui un abrégé sous la forme d’Un Dictionnaire à part moi (Aux Éditions du Net) et fait la Une sur le Magnum : www.dechargelarevue.com . Foutraque et attachant, selon mes premières appréciations.
ma réponse à Claude Vercey
« Celui qui donne ne se prive pas de ce qu’il donne.
Donner et recevoir deviennent une même chose. »
Jorge Luis Borges
Mille et un mercis Claude, pour ce beau cadeau de Noël (le nom de mon papa).
En vous lisant, j’ai la certitude, l’espace d’un instant, que mes textes participent
au vœu de notre cher Montaigne, qui « parlant au papier », ajoutait cette antienne :
« un parler ouvert ouvre un autre parler et le tire hors, comme le fait le vin et l’amour ».
En ces temps noirs, à tous égards, poursuivre l’écriture de nos fragments,
qui parlent parfois en poèmes, à proximité des lieux naturels ou culturels
diffusant une certaine harmonie, nous apparaît la moindre des choses.
Peut-être irréalisable désormais, mais nous aurons essayé.
Les lecteurs et lectrices de Décharge, revue trimestrielle de poésie,
qui sont aussi leurs auteurs et autrices, sont témoins de ces essais :
l’appel des vivants perpétuels inclut les absents (Jean-Louis Rambour)
Sur ce bonnes fêtes et longue vie.
JJD
ANAPHORISANT
Mettons que je n’ai rien dit
Mettons que cet exercice de chevet à l’article « Anaphorisant, m’évite la prise d’anxiolytiques
Mettons que je traverse ainsi mes intimes altérités, croisant personnes et personnages,
lieux, paysages époques, pensées perdues et retrouvées
Mettons qu’à la différence de l’écriture d’une poésie qui requiert un temps infini
de retouches en variations, ce dictionnaire s’écrit d’une traite et joyeusement
SILENCE SUR LA PAGE
Les mots viennent de toute part
Mais je les laisse passer
Ou bien je les regarde
Je les isole un à un en chambre de décontamination
En attendant le retour de leur présence bruissante
pleine d'un sens nouveau
Silence sur la pageÉcrit le 12 juin 2015 à 08h07 à Paris 3 rue de Suez
Où habitait ma fille PaulineSILENCE SUR LA PAGE
Les mots viennent de toute part
Mais je les laisse passer
Ou bien je les isole un à un en chambre de décontamination
(Antan nous appelions cela
« Nettoyer les outils »)
En attendant le retour hypothétique
De leurs fragments d’harmonie
Silence sur la page
Essai de réécriture ce 22 décembre 2020
Dans ma maison des Martigues
9 rue de la Bergeronnette
Autour de minuit