JE N’ÉTAIS PAS NÉ

JE N’ÉTAIS PAS NÉ, mais c’était mon futur père qui s’évadait en 1942 d’une ferme allemande, où il était retenu prisonnier, pour rejoindre la ferme où il était né en Ariège Je n’étais pas né, mais c’était ce poète florentin qui à la fin du XIII° siècle commençait le livre de sa mémoire par la formule Vita nuova Je n’étais pas né mais c’était ma mère qui broyait du noir et qui n’avait pas pour supporter son spleen la brassée de poèmes des fleurs du mal Je n’étais pas né mais c’était ce promeneur solitaire s’adonnant à des rêveries traduites sur le papier en dix chapitres dont le dernier est inachevé Et puis je suis né au printemps qui allait clore l’épouvantable guerre que l’amour des miens me cacha

MA VIE À MOI

MA VIE À MOI à toi à tu Ma vie parlée et ma vie tue Ma vie l’esprit débordant du cadre de mes photographies (du bébé joufflu au dernier portrait que m’aurait fait Nadar allongé dans mon plumard) Ma vie rêvée l’ai-je bien fantasmée ? Ma vie d’un « je » ouvert par la littérature d’un reclus célèbre couchant sur le papier les vies de personnages de salon qui se croyaient immuables quand tout leur monde était en train de disparaître Ma vie à moi écrite en maints poèmes sur les ardoises du toit Ma vie donnée dans l’abécédaire d’un dictionnaire à part moi Ma vie du vieil homme et la mer Ma vie de Montaigne à sauts et à gambades Ma vie délibérément anachronique « vie fugitive » « vie devant soi » Ma vie de vieux muet assis dans le métro lisant le capitaine Fracasse en bande dessinée Ma vie croisant ces mots de l’auteur de la vie mode d’emploi : « Un père éternel » réponse « Lachaise » Ma vie de bâtons et de lettres disparaissant dans des cartes et feuillets noircis en secret entre soi et soi entre moi noir chevelu et moi blanc dégarni Ma vie et moi et toi ma conscience de l’instant qui vient séance tenante m’en libérer

POUR EN FINIR AVEC POUTINE

Le temps est un enfant qui joue Et les enfants massacrés sur l’ordre de Poutine Vont revenir le jeter dans les poubelles de l’Histoire Mais avant ils lui tireront une balle dans la bouche Ils lui mettront du rose aux joues en lui chantant : Que tu le veuilles ou non ma belle Tu vas y passer et tu ne vas plus faire ton mariole Comme à Boucha ou à Marioupol

INNOCENTE VIEILLESSE

Vieillesse n’interdit pas les moments d’innocence : l’écriture d’un poème, les jeux avec nos petits enfants, les instants où l’on devient sujet d’un récit. Cette nuit j’ai été Vendredi mâchant une graine d’araucaria, j’ai navigué dans mon navire o ma mémoire et j’ai retrouvé la formule attribuée à Heraclite l’Obscur, le Temps est un enfant qui joue.

PAS UN JOUR SANS L’UKRAINE

PAS UN JOUR SANS L’UKRAINE La catastrophe, le désastre, les tombeaux des enfants ukrainiens et leur déportation dans la Russie haïe La gueule enfarinée de Poutine et toute une élite russe convoquée qui applaudit les palinodies de ce rejeton de Staline à la tête depuis 20 ans d’un état monstrueux Le retour de la guerre en Europe et les raisons invoquées par le Russe Envahisseur « Il faut procéder à un nettoyage total…la particularité de l’Ukraine nazie est sa nature amorphe et ambivalente qui permet de déguiser le nazisme en aspiration à « l’indépendance » et à « une voie européenne » de « développement »…L’Occident collectif est lui-même le concepteur la source et le sponsor du nazisme ukrainien… » C’est un soi-disant docteur en philosophie petit Goebbels à la botte du dictateur qui a vomi ces immondices un mois après l’invasion du pays par la soldatesque soviétique (un anachronisme apparent) Ces discours hors-sol répétés à satiété par les amuseurs publics de la télévision d’état ne peuvent être contredits : l’ONG Mémorial fondée dans les temps d’espoir par Andréi Sakharov en 1989 qui avait deux missions, la défense des droits humains et la préservation de la mémoire des répressions staliniennes, a été dissoute, une loi interdit la liberté d’expression sur les questions historiques Pourra-t-on un jour juger Poutine pour crimes de guerre, crimes d’agression, crimes contre l’humanité ? En attendant les régimes issues d’élections libres, avec des institutions démocratiques (quoi qu’on en dise) ont armé et amplifient leur aide aux valeureux ukrainiens écrasés, bombardés, massacrés mais qui doivent être vainqueurs sur le terrain sous peine de destruction de notre « voie et voix européenne » Ainsi de la livraison prochaine de chars qui furent fabriqués pour l’essentiel en République Fédérale Allemande « Alors que l’Ukraine a besoin de cette aide matérielle et logistique pour prendre un avantage décisif, certains (les idiots utiles du maître en nazification du Kremlin c’est moi qui ajoute) invoquent le risque d’escalade militaire avec la Russie et surtout la nécessité de mettre fin à la guerre et d’amener tout le monde autour de la table de négociation au risque que Poutine n’y arrive en position de force » revue Esprit  Au lieu de cette sombre issue, imaginons la défaite de Mr P., massacreur sans état d’âme, à qui nous dirions en jubilant et une fois pour toute : Goodbye Poutine !