JE ME PERDS DANS MA PAGE

JE ME PERDS DANS LA PAGE des partis pris de Ponge de l’huître au gosier de nacre et de son obsession pour la tiare bâtarde Je me perds dans Michaux Cloué au lit par une méchante fracture me voilà inventant toute une cavalerie qui passe après la bataille Je me perds dans l’ange sombre de la Melancholia d’Albert Dürer mélas : noir kholè : bile Obscurités non obscures Je me perds dans l’éternité retrouvée la mer allée avec le soleil le pavé disjoint de la cour de l’hôtel de Guermantes Je me perds pour mieux me retrouver dans les pages de Ponge faisant face avec Michaux à ce qui se dérobe le soleil noir de la mélancolie l’éternité de Rimbaud la vocation révélée au narrateur de la Recherche

je me perds dans cette autre page signée : « le Banni de Liesse »

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LA POÉSIE ET LES MOTS DE LA TRIBU

          
Poésie : un arc un souffle une voix
Un rien de rien un battement d’exil        
Jamais assez de ses blessures et de ses joies
De son temps qui n’est pas celui du calendrier
et ne s’inscrit sur aucun  écran d’ordinateur            
         
Elle procède par bonds et par replis
Les semelles de vent Le coude sur la table
                     
Innocente mendiante pauvre première venue
C’est pourtant l’humaine mesure
dans le monde délabré d’aujourd’hui 
            
Paroles dorées paroles timides paroles des places
où elle donne du sens aux mots de la tribu
la mort l’amour la liberté  

FARANDOLE DE VERS RIMÉS

Des vers rimés qui t’enriment
Marot le rimailleur
Et Théodore de Banville
Je défends que l’on m’imprime

Des vers rimant la déprime
Piètre plaisir intime
Quand la planète regorge de maux 1

Des vers rimés sous la lime
Pour les faire haut atteindre
Contre vices à toute heure
Soit nonne ou prime 2

Des vers rimés savantissimes
Doctime amie qu’Amour anime 3


Des vers rimés de pacotille
Qu’elle boive la roquille
Qu’elle folâtre ou gambille 4

Des vers rimés qui la refusent
Je n’inscrirai pas votre nom
Trop riche serait la rime 5

Des vers rimés vaille que vaille
Adieu frou-frou genoux bisous rimailles 6


Des vers rimés mis en abyme
Et qui s’escriment, vers holorimes

Des vers rimés de nulle raison
Voici les mains vides
Et vide l’horizon 7

Des vers rimés à Tréblinka
Mon mal meurt mes mains miment 8

Des vers rimés à l’Oulipo
Ouliporimes de Roubaud
Certains font zaoum
Et d’autres font des vents des pets et des pommes

Des vers rimés – mes préférés- équivoqués
Qui balance en ce
Jardin la première mésange
Puis les pinsons tous les oiseaux mes anges 9

Des vers rimés une fois une seule
Cette farandole va s’achever
Il est temps de changer son rôle
Et de prendre des champs la clef

1 Louise Herlin (1925- )  2 Jean Meschinot (1420-1491) 3 Jean de la Gessée (1550-1600)  4 Claude le Petit (1638-1662 brûlé pour ses écrits)  5 Bernard Delvaille (1931-2006)   6 Norge (1898-1990)  7 Jean Cayrol ( 1910-2005) 8 Robert Desnos (1900-1945)  9 Jacques Charpentreau (1928- 2016)
lecture de la voix de celui qui rima

PIERRES HOMMES OISEAUX

Au moment où j’écris, ce sont pierres vives qui viennent en premier, lithographies imaginaires d’un amateur calligraphe

Puis ayant mis par hasard, ou par nécessité, l’œil à la fenêtre, j’aperçois la lune : un parfait croissant du dernier quartier…  

 Les pierres et la lune se combinent alors et sont là dans ma tête; objets qui commencent à se former et à me réintégrer au monde constellé…    

Mais libres à vous, lecteurs subtils, de voir et d’entendre à l’instant autre chose…

des hommes par exemple comme le suggérait Rabelais :  

Je ne bastis que pierres vives Ce sont hommes

Ou bien zic-zac! zic-zac! faisait Miró

Et de ses mains fertiles s’envolaient des oiseaux…

zic zac clic clac une photo d’un drôle d’oiseau

POÈME PIANO

Les cloches sonnent sans raison
Et nous aussi…
Tzara  (L’homme approximatif)
     
Poème piano
c’est idiot
mais c’est ainsi
  
Il fleurit
au fur et à mesure
de l’écoute
d’une pièce jazzée
qui secoue le clavier
  
Les sons et les mots
se touchent

On ne sait
où s’arrêter
On ne sait pourquoi
le jeu de piano
produit ces fééries
  
Cordes frappées
Marteau sans maître
Crevant la raison
  
Posée sur le piano
Fume une Craven A   
 
Ça date
Ça coule
et ça syncope
  
Un pur régal
Signifiant
Ce moment-ci
Qui sonne sans raison…
et Nous aussi