J’ai idée cette nuit d’écrire sur l’oubli. Ça m’est arrivé bien des fois, mais il faut croire qu’avec un pareil exercice, on n’est jamais sorti de l’auberge. L’auberge de la mémoire où, dans quelque pièce cachée, on accumule ses oublis : un mot au bout de la langue, le nom d’un camarade qui fréquenta la même école primaire, le souvenir d’un temps que les moins de (quatre) vingt ans ne peuvent pas connaître. Pourtant si jadis, naguère, on l’a noté et conservé dans un cahier, un memento, on peut le retrouver, ce souvenir dont on ne se rappelait plus. Mais, pourvu que l’on désire faire encore mouvement dans ce qui nous reste de vie, on lui dit définitivement, Adieu !
HYPNOGRAPHIES 8 MAI 2020

Hypnographies : calligraphies imaginaires tracées comme en état d’hypnose
Mouvants idéogrammes
Comme le chant des âmes errantes
Adressé aux lecteurs
Sans domiciles fixes
Comme les chiffres tracés
Par un idiot
Un peu Chinois
Un peu par inadvertance
L’HORLOGE DE SABLE
-Encore un petit jeu ? -Oui mais sans Je -Rouge gorge ou mésange ? -Hirondelle des marais -Elle passe à tire d’aile -Ou suit la ligne des marées -Voyelle ou voyou ? -Plus têtu qu’un caillou -Qui fait des ricochets -Ou finit pulvérisé -Dans l’horloge de sable -Où coule cette histoire -Commencée comme un jeu -N’oublie pas pour la prolonger -De retourner le sablier
L’ASSASSIN DE LA POÉSIE
Poutine a déformé le slogan la poésie pour tous en la guerre pour tous. Assassin de la poésie, disait-on, en blaguant, naguère. Mais on ne rit plus devant le retour du tragique, provoqué par ce Russe hitlérisé. Il va falloir une sacrée ruse de l’Histoire pour s’en débarrasser. Pour que les enfants rescapés de l’Ukraine tracent à nouveau sur les arbres Des majuscules enlacées et des cœurs.1 1 René-Guy Cadou
SOUVENIRS SOUVENIRS
Non, moi non plus, je me souviens pas du nom du bal perdu, ce dont je me souviens en revanche, ce sont les bals de l’été des fêtes de villages, les balloches, dont j’apprends qu’il s’agit aussi des ‘testicules » qu’à une époques nous appelions « texticules » (du hasard)
Je me souviens du Hasard et de la Nécessité et du visage de Jacques Monod, qui passait, en noir et blanc, sur l’unique chaîne de télévision.
Je me souviens de l’enfant Goajiro qui grimpait au cocotier nous chercher une noix de coco et que l’on surnommait Mono (Petit Singe rieur et malin)
Je me souviens de Guernica que l’ai vu en 1974 au Moma, pas loin d’une des Nymphéas dont la dimension 1×2 m, me faisait faire des allers-retours
Je me souviens aussi d’un tout petit tableau de Dubuffet que personne ne regardait représentant Joe Bousquet, cloué au lit, lisant un livre dont se détachait le titre choc : Traduit du silence.
Je suis dans un conte que mes semblables prennent pour la vie.
J.B.
Je me souviens de temps en temps qu’il faudrait que je relise quelques histoires de La vie mode d’emploi. Une lecture plus attentive de ces vies imaginaires permettrait sans doute d’en détecter les clés…G.P.
Je me souviens de mon petit vélo rouge d’enfant que je rangeais la nuit dans l’étable à côté de la maie des cochons (toute la différence avec « le petit vélo à guidon chromé au fond de la cour » de maître Perec)
Je me souviens de ma première bagnole, une deuch bleue (évidemment)
Je me souviens aussi de la Terre est bleue comme une orange, mais la suite que je relis ce soir, ne me donne plus à chanter
Je me souviens de Si sta facendo sempre più tarde (Il se fait tard, de plus en plus tard) « Entre temps la vie s’est écoulée, on ne peut plus la rattraper » me confie Antonio Tabucchi
Souvenirs écrits le 4 mai 2022