chanson enregistrée le 18 mai 2016 au studio du Petit Mas aux Martigues
L’ART DE LA DESTRUCTION
Aucun pays n’a mieux maîtrisé l’art de la destruction de l’âme de ses citoyens que la Russie. Joseph Brodsky 1 Les bonnes raisons de faire la guerre sont toujours mauvaises. Dans la tête du petit fonctionnaire soviétique du KGB devenu Espion en Chef et Maître Sans Vergogne de la Russie, C’était le moment de déclencher son « opération spéciale » : une bonne petite guerre pour purger les voisins ukrainiens de leur passion démocratique tournée vers l’Union Européenne. Et à la fin, on éventre les immeubles, on détruit théâtres, hôpitaux et maternités, on affame et on prive d’eau les villes assiégés, on tue et massacre, et les enfants ont autant de valeur que des chiots que l’on jette à l’eau. 1 Joseph Brodsky (1940-1990) Arrêté pour « parasitisme social », (lire : « activité d’un poète récalcitrant »). Exfiltré aux Etats Unis, prix Nobel de Littérature en 1987. Quel lecteur de poésie n’a pas gardé en mémoire le fameux dialogue, devant la cour, à Leningrad, entre le juge et Iossip Brodski, lors de son procès pour «fainéantise », « parasitisme » en octobre 1964 ? À la déclaration de Brodski, qui rappela qu’il était « poète, traducteur poète », le juge eut cette répartie : « Et qui t’a reconnu comme poète ? Qui t’a fait entrer dans les rangs des poètes ? » À quoi l’auteur des Collines répondit : « Personne. Et qui m’a fait entrer dans les rangs de l’espèce humaine ? »
DU CORPS AU COR
Fantaisie anachronique Le corps Le petit corps humain témoin de l’immensité du cosmos mêlé au for intérieur La nuit quand tout s’éclaire Interstellairement Le corps sous le manteau D’une belle pièce de Poésie Que l’on agrippe, ragrippe Sur l’étal d’Henri Michaux 1 Le corps qui s’abandonne Au son du cor Mélancolique et tendre… Le soir au fond des bois 2 1 Henri Michaux Invitation 2 Alfred de Vigny
CONTRE POUTINE IL FAUT Y ALLER FRANCO
J’aime la peur, je la vénère. Quand je suis avec elle, je n’ai pas peur ! Ossip Mandelstam Poète sans bâillon Que Staline fit taire Cruellement Peur des mots Mots interdits Si tu dis à Moscou Poutine fait la guerre ! Tu te retrouves au trou Je me souviens de l’Espagne des sixties Où dans les bars à tapas Tu pouvais te marrer Faire des blagues et le clown À condition que ta langue ne fourche pas Comme dans la Russie d’aujourd’hui Il était interdit d’y aller franco Estamos tocando el fondo (Nous touchons le fond) écrivait durant ces années de plomb le poète Gabriel Celaya 1 En Russie je n’entends aujourd’hui Que la voix d’Alexeï Navalny 2 Qui depuis sa geôle est capable de tirer à vue sur le tsar de pacotille détruisant l’Ukraine et (à terme) son pays 1 La poesia es un arma cargada de futuro (poème culte mis en musique et chanté par Paco Ibañez) 2 Ne devenons pas une nation de sans-voix apeurés Qui font semblant de ne pas voir la guerre brutale Déclenchée par notre petit tsar Complètement fou Alexeï Navalny
L’ADIEU AU LIVRE
Achevé d’imprimer le 30 décembre 1976 Achevé de relecture le 29 mars 2022 Maintenant mon livre Adieu Tu as fait ta vie Joué ton rôle Suscité critique et querelles de Lettrés Ignorance des Philistins Et des épiciers Adieu tes vers Et ton papier noirci Par la Nécessité De n’être que cette activité Parfaitement inutile Que tu nommas -par antiphrase- Livre de lectures1 1 Un livre écrit par la délicieuse Marthe Robert (25 mars 1914-12 avril 1996)
