NUIT SUR NUIT

Une nuit d’une écriture simplifiée 
Sur une page blanche

La nuit
Toujours la nuit
Ne la laissez pas tomber
Dans un sommeil profond

La nuit
Siempre la noche
Nuit de noces des belles et des bêtes
Des cloches sonnant le glas
Des illusions perdues
(paisibles, bucoliques)

Nuit
Appuyée sur l’oreiller
Dans ce linceul du Temps
Enfant sous le grenier
Où s’inventaient les fables
Des nuits transfigurées

La nuit
Toujours la nuit
Ne la laissez pas vous priver
Du souffle de vos rêves
Où le passé perdu
Revit dans un poème


26 mars 2022







UN LECTEUR

Je suis un lecteur devant qui les livres sont simultanément ouverts 1

Je suis un lecteur qui pille et qui grapille
(avec deux p s’il vous plaît)

Je suis un lecteur de raisins verts et de raisons obscures

Je suis un lecteur hautement spécialisé en Fusions et Confusions

Je suis un lecteur sur pilotis qui écrit -je vous le donne en mille !- avec un pilot noir pointe fine

Je suis un lecteur qui confond dans un même vers Hugo, Baudelaire, Nerval, Verlaine
et Anna de Noailles

Je suis un lecteur peu recommandable


1 Paul Ricœur

77 PIGES

La figure bienveillante, camuse et douce, ils semblaient s’avancer d’un air de bienvenu en chantant l’Alleluia d’un beau jour. 


Marcel Proust


 J’ai les deux 7 des ans
Qui s’assemblent
Cette nuit

Ça arrive
Sans crier gare

Pour fêter l’événement
(façon de parler)
Je l’ai noté sur ce papier
Après avoir bien tergiversé
(comme l’indique la page 
ci-dessous scannée)

Bon foin d’hésitations
C’est pas le moment de caner
Va pour 77 piges !

Et merci de m’offrir
En guise de viatique
Le dernier Quadrige



PARLER AU PAPIER et toujours dans l’inachevé




Je me bats chaque jour -pacifiquement- avec mes pages d’écriture

	(différentes selon les formats de mes carnets, cahiers, 
livres mêmes sur lesquels dans les marges
j’écris)

Je parle comme disait Montaigne au papier
Ou, autrement dit,
Je confonds feuilles de l’être et feuilles de papier

Je voyage dans les mots que ne savais pas 
(cette nuit c’est berloque et talharpa)


Et me frotte aux passages qui me fécondent :
sur la mémoire et l’oubli,
la guerre et la paix,
la dispersion et l’identité,
les exercices de style
et le livre de l’intranquillité

Et toujours dans l’inachevé


Mardi 22 mars 2022


CIEL BLEU CIEL NOIR

Gracias a la vida
Que me ha dado tanto
Me ha dado la risa
Y me ha dado el llanto

Violeta Parra

Merci la Vie
Qui tant me donna
Me donna Fou Rire
Et me donna Pleurs Amers

ma traduction



Le ciel est d’un bleu qui jubile
écrivit en dix-neuf cent vingt
Madame Anna de Noailles

C’était après quatre ans de guerre
Affreuse, atroce, infâme, terrible.
Un temps où par milliers
Les morts ont tué les vivants

Ce vers de la très chère amie de Marcel Proust
Que j’interprète ici
à l’inverse de la formule optimiste
comme
La mort est plus forte que l’amour

C’est ce que démontrent hélas
tous les tyrans rouges ou blancs
les autocrates les dictateurs
Et aujourd’hui l’horrible Poutine
le sacrificateur
qui tel cet obscur général franquiste
crie dans un stade rempli de figurants
Vive la mort !

Le ciel est d’un noir indélébile