PRENDRE SOIN DE CLÉMENT





Vivir sin hacer nada
Cuidar lo que no importa
(j’ai perdu l’auteur de la citation)

Vivre sans rien faire
En soignant ce qui n’apparaît pas
Comme essentiel
(ma traduction)

Sans rien faire comme les autres
(c’est l’idée)
Mais sans en tirer la moindre fierté

En voguant (par exemple) entre les vivants et les morts
Souvent à front renversé
(et par exemple)
En exhumant les vers vivifiants d’un poète qui chantait l’ivresse d’exister
en l’an 1536 (deuxième édition)

Ce fut le premier (en vérité) qui composa en français un recueil de son cru
(qui l’eût cru ?)

Ainsi voguant cette nuit d’un 21 novembre du siècle XXI
Comme Clément
Poète (comme nous) dépourvu

Clément Marot 
Râclant rondeaux, épîtres, fleurs, blasons et psaumes
Arrachés à la vue des méchants,
Cruels, imbéciles, 
Imposant par la prison et le bûcher leurs doctrines
Qui avilissent nos humanités
(comme aujourd’hui, faut-il le préciser)

Clément dont le blason
La mort n’y mord
Affirme la ferme amour
Que cinq siècles après
Nous aussi nous portons




GERMINATIONS

Ce qui manque à la culture est le goût de la germination
anonyme, innombrable...

Jean Dubuffet




1

Dans la journée je lis à petits yeux
à petits feux

Je cueille ici et là
Fleurs inverses et fruits
De mon jardin imparfait 1

Et la nuit je les r’invente
Les broie et les rumine
Les couche ligne à ligne

Matin parfois je les propose
 à mon lector in fabula 2

Lecteur idéal
Lectrice idéelle
Qui renversent la table 
Sur laquelle germent nos proses communes


1 Montaigne 2 Eco

2

Poème : tout échappe et se tient à la fois.

Jean-Marie Corbusier
Ordonnance du réel
(Le Taillis Pré) 
Vient de paraître

Ici où je me tiens
Ici où mon corps traverse chaque page
À l’estime

Ici où je me fuis
Ici où proses en vis-à-vis
S’embrassent ou grimacent

Ici où je m’enroule
Ici où mon « je » s’enrôle
Dans un jeu à haute intensité

Ici où je m’oublie
Ici où je mouds le grain à grain
Des paroles discrètes

Ici où je t’attends
Dans la rumeur des gestes
Qui nous requalifient




CE QUE JE ME DIS





Ce que je me dis…
je l’écris

Ou plutôt ce n’est qu’en écrivant
Que je me dis certaines choses

Seul j’évite de me parler
Et de me regarder dans une glace
(sauf nécessité)

Ce que je me dis souvent
C’est dans une chanson que j’écoute et anticipe
la connaissant par cœur
(Oncle Archibald de Brassens
dernière en date)

Ce que je me dis alors
(mais c’est mentalement)
-Tiens tu devrais reprendre ta guitare et la chanter
pour de vrai

Manière, coquin de sort, 
de faire de Sa Majesté la Mort
la rencon-ontre (bis)


biographème : j’appartiens à la confrérie qui apprit la guitare
en usant ses phalanges
sur les chouettes accords du père Jojo

oncle Archibald 6 couplets/11 dorio 25/11/2021

J’AIME LES POÈMES





Les mots il suffit qu’on les aime
Pour écrire un poème
Raymond Queneau

La poesie vanno sempre rilette,
lette, rilette, messe in carica ;
ogni lettura compie la ricarica.
Valerio Magrelli

Les poèmes doivent toujours être relus,
lus, relus, mis en charge ;
chaque lecture procède à la recharge.
(ma traduction)


J’aime les poèmes
J’en lis chaque nuit
Sans me soucier
De leur auteur
De leur sexe
De leur visage
De leurs ramages
De leurs complexes
De leurs créateurs

J’aime les poèmes
Qui me transportent
Au bord d’une rivière
Où je vivais hier passé 1
Jeannot on me nommait
Lapin de la Fontaine

J’aime les poèmes
Qui me multiplient
Dans des bouquins
Que personne plus
Ne lit
Sur mon écran
Bibliothèque universelle
Et dans ma tête
Tant qu’elle est capable
D’enchaîner vers et bêtises
Amour des bancs verts
Place de la gare à Charleville 2

J’aime les poèmes
Pour leurs fatrasies
Où le sens cède l’initiative
Aux sons
Mes yeux au bout d’une baguette
De sourcier
Sorcier
Sort scié
Mort réduite à l’épitaphe
D’un pauvre petit écolier
Dont le Je se fragmente
En pièces doutant de la différence
Entre vivants et trépassés

J’aime les poètes 
Qui se moquent de Frère Frappart
Et qui chantent
Rap à part
La mort la mort toujours recommencée 3

J’aime les poèmes
D’azur d’amour
D’A noir D’Adada

J’aime les poèmes 
Des mots bien (ou mal) placés
Mal (ou bien) choisis
Aux effets con- ou bien-venus
Aux paroles qui loin de s’envoler
Nous enrôlent nous font aurore
Actent et entérinent
Les songes d’une vie idéale
Où se mêlent lumières et ténèbres
Harmonie et chaos
Ce qu’il faut à mon cœur
Profond comme un abîme 4


1 Jean-Baptiste Chassignet 2 Rimbaud 3 Brassens 4 Baudelaire

j’aime les poèmes une lecture 24/11/2021

LISTE D’IMAGES qui flattent certains poètes et qui sont insupportables à d’autres 





LISTE D’IMAGES qui flattent certains poètes et qui sont insupportables à d’autres :

Le prince des nuées (le poète albatros), l’idiot (le poète du village), l’agent de transmission (le poète petit télégraphiste), le juste souffrant (le poète en prison), le vendeur de sardines (le poète du Vieux Port), le génie (le poète « du rien sonore » selon Victor H.), le catho (le poète s’adressant à Dieu exclusivement), le faiseur de vers (le poète dans sa tombe), l’enchanteur (le poète Merlin), le chanteur (le poète de la ville de Sète), le charmeur (le poète de la même cité quand on l’orthographiait Cette), le clair énonciateur (le poète boit l’eau), l’antimoderne (le poète ayant troqué sa chemise rouge en chemise noire), l’artiste des faubourgs (le poète des vernissages du samedi soir), le secouriste (le poète qui vient au secours des lecteurs de Céline et de Claudel), le philosophe (le poète de l’Idéal), le divin (le poète qui, tel les dieux, a toujours soif), le dandy (le poète du Spleen), l’universel (le poète célébrant l’Univers), le songeur (le poète toujours dans les nuages), le fauteur de trouble (le poète des murs ont la parole), l’exilé (le poète de Jersey), le concubin des Muses (alias le poète contumace), le couvreur (le poète écrivant ces poèmes « sur chaque ardoise du toit »), le pèlerin austère (le poète n’écrivant que couvert par sa vieille pélerine), le lunaire lunatique (le poète de Pampelune), le petit rat (le poète de l’Opéra), l’instituteur (le poète du parti pris et des leçons de choses), le penseur (le poète assis sur ses rondins), l’enfant des nuits d’Idumée (le poète à « l’aile sanglante, pâle…et déplumée »), le lanceur de dé (le poète du hasard et des bibelots abolis), le romancier (le poète confondu avec ses êtres de papier), le Don Juan (le poète in eroticis), le rimeur (le poète préférant la rime à la raison), le raisonneur (le poète inverse), le troubadour (poeta del trobar clus), le cachotier (le poète qui enferme chaque matin ses poèmes de nuit dans une malle), l’épique (le poète de l’époque homérique), le méthodique (le poète du Cogito), le faux don Juan (le poète jouant aux dames sur un jeu d’échec), le libre senteur (le poète des huiles essentielles), le plagiaire (le poète des pavés sous la plage), le prosaïque (le poète qui a cassé sa lyre), le problématique (le poète enculeur de mouches), le mythologique (le poète s’abreuvant à la source grecque), le négationniste (le poète qui nie les figures de style)…

La suite appartient aux lectrices lecteurs qui aiment la fatrasie