LE POÈTE L’HISTRION & L’HISTORIEN





Ce m’est douleur dolente et dure
Rutebeuf

Ce m’est doux leurre
Amorce d’une fausse complainte
D’un Enfer imaginé par Dante
Nella citá dolente 

« Vous qui rime me demandez »
Ce n’est pas l’heure de se lamenter
À l’exemple de Job « raillé par sa femme »
Dans un tableau de Georges de la Tour

Ce m’est doux leurre
De broder ces aimables détours
Dans une France rance et moisie
Par l’horrible Zémour

*

Complément 

Non l’histrion n’aura pas le dernier mot
"L’historien n’en veut pas de ce dernier mot :
Il est là pour restituer à ces vivants d’hier l’indétermination de leur être,
la plasticité de leur temps, l’ouverture de leur avenir.
Loin de sceller les sépulcres ou d’apposer les sceaux de la fatalité,
L’HISTOIRE EST UNE ÉCOLE D’AVENIR."

Johann Chapoutot
Que sais-je ? 
Les 100 mots de l’Histoire





POÈTE l’eau et le lait

Poète : je n’aime pas le mot à cause de cette diphtongue l’o et l’é,
c’est le mélange de l’eau et du lait,
c’est fade et bucolique.
Jean Tardieu


Par tous les temps, j’ai maille à partir avec ceux que l’on appelait jadis, d’un mot que n’aimait pas Jean Tardieu, « poètes ».

Poète, mot poreux, passé dans tant de bouches, de tympans, de voix sans personne, de langues sans moi, de mots no logue, tout ce qui échappe à la possibilité de déposer une définition le long de ce vocable vaporeux.

-Peau êtes ?
-Oui, et aussi pot de fleurs « absentes de tout bouquet » & méfiant des mots qui nous écartent, en exhibant le chiffon rouge de la poésie, des choses.





IL Y A HASARD ET HASARD

composition manuscrit hypnographies dorio dessin « cadavre exquis  » des surréalistes à Marseille en 1940-1941

Après que le pas a été ouvert à l’esprit, j’ai trouvé comme il advient ordinairement, que nous avions pris pour un exercice malaisé et d’un rare sujet, ce qui ne l’est aucunement.  Michel de Montaigne (Des vaines subtilités)





Il y a hasard et hasard

et je n’écris pas ça

par hasard





je jette les dés

je sors les mots

de mon chapeau

j’oublie ce que je vais dire

je frotte mon stylo feutre

sur le grain de folie

de ce papier d’artiste





Il y a hasard et hasard

et j’écris ça

par hasard





j’en fais don

aux enfants

joyeux joyeux

innocents et sans

arrière-pensées





j’en fais don

aux patients

et aux obstinés

qui ouvrent le pas

à la liberté incertaine

mais exaltante

des exercices artistiques

propres à notre Esprit


	

L’ÉPITAPHE DORIO

Frères humains qui après nous vivez
François Villon


Frères et sœurs humaines créatures
Sous mon taphos- tombeau funèbre
Ci-gît à Fos rangé des ouatures
Sans chair sans corps un drôl de zèbre

Dieu l’ignora mais non Sainte Chimère
L’allure poétique et ses bigarrures
Sur le papier où la plume célèbre
Fatrasies sentimentales et biffures

Sœurettes frérots êtres qui me furent chers
Sur ma tombe écrivez quelques vers sans césure
Avec bon sens rassis sans leçon de ténèbres
Célébrez Phénix mais sans littérature




MA FEMME





Ma femme à la chevelure de feu de bois
André Breton 1896-1966)

Ma femme de Mai 68
à la langue jouissive des mots des murs 
à la chevelure de sable sous les pavés
aux yeux de grenades éclatées

Ma femme à la bouche de mûres et de réglisse
au visage de madone baroque
aux lèvres d’un livre ouvert sur les promesses de l’aube
aux oreilles de mistral et de tramontane

Ma femme aux seins de mailles à partir
au nombril de voie lactée
au sexe de phénix et d’hirondelle
aux paroles de perles d’oursines

Ma femme sans fin
Aux mille couleurs d’éternité

ma femme (avec la voix de Nina Simone)