LA NUIT BLANCHE

La Nuit blanche c'est comme une poussière qui achève bien les stylos
La Nuit blanche c'est comme un visage en deuil de noir et de blanc
La Nuit blanche c'est le petit veau étoilé qui perce la poche sanglante de sa mère
La Nuit blanche c'est l'énergie qui oscille entre brillance et matité

La Nuit blanche c'est le révolver d'acacia
La Nuit blanche c'est le silence tiré à quatre épingles
La Nuit blanche c'est l'œuf cosmique qui sort de la lagune de Tenochtitlán
La Nuit blanche c'est le lin et le lien de tous les travailleurs
de la vingt-cinquième heure

La Nuit blanche se promène sur le dos des yacks noirs
La Nuit blanche jette son voile et ses graviers volcaniques
Sur la plage sans pavés
La Nuit blanche c'est le sel et le lait
L'hésitation du stylo sur la page de craie
Miel et cendres
Titre blanc


https://www.leseditionsdunet.com/livre/un-dictionnaire-part-moi

CETTE DOUCE HABITUDE DE LA NUIT

Vivimos descubriendo y olvidando

Esa dulce costumbre de la noche

Hay que mirarla bien Puede ser la ultima

Borges (La cifra)

Vivre la nuit en racontant sur un bel espace blanc, (le dos dune couverture de livre et sa quatrième), ses mille et une facéties, ses manières de façonner les rêves dune bibliothèque inépuisable. Borges prétend que les volumes quelle comprend « dépassent » celui des astres ou des grains du désert de sable (il ne précise pas lequel).

Vivre la nuit en désertant lHistoire « avec sa grande H » selon la formule assassine de Perec, en prenant le risque de suggérer par comparaison la sienne, sa propre histoire minuscule, sujette aux caprices et aux hasards, aux chaos et cahots, dune vie que dautres qualifient de « sans histoire ».

Vivre la nuit de ses lectures de livres sur le Temps qui ne dort pas, sous peine de mourir le jour venu, dans une phrase que nul ne comprend.

Vivre la nuit se racontant Ulysse, l’Inventif et Shéhérazade « dont la nuit 602 est la plus magique de toutes», écrit en son miroir, l’auteur du Chiffre et de l’Or des Tigres. La nuit 602 qui, naturellement, n’existe pas plus que la mille et unième, chacune étant une histoire à part qui n’a que faire de ce découpage fictif.

Vivre la nuit, mise en abyme, fondue dans ce bel espace blanc où se manifeste une énergie (le caractère shenqi en chinois), le conatus de lÉthique, le subconscient à lœuvre, formes entrevues qui, dans un second temps, sont susceptibles de devenir conte, récit, voire poème dédié à la Nuit.

Nous vivons découvrant et oubliant

Cette douce habitude de la nuit

Regarde-la bien Cest peut-être la dernière

 » Le chiffre » (ma traduction)

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L’ART DU POÈME



Tout ce qu’il peut y avoir dans un poème, la mort et la vie, l’envers et l’endroit.
Georges Perros

L’art du poème
L’art de transmettre
L’amour des mots
À tout vivant
Trop préoccupé à composer
Son bouquet de maux

L’art du ni trop
Ni peu 1
Ni trop de larmes
Ni peu d’émotion

L’art de l’énergie
Du (dés)espoir
Quand sur mon poème
La mort n’y mord 2


1 et 2 Devises de Jean et de son fils Clément Marot


SOS COVID


SOS Covid
SOS se vident
Le stade et l’arène
Le forum
La fête foraine

SOS Covid
SOS on peine
à reprendre la main
en parlant dans un masque
pour sonner le tocsin
Persona per sonare

SOS Covid
Personne pour guérir
La vie des Trépassés
L’amour des traits passés
Sur un bristol de deuil
Sur les feuilles de nuit
Écrites au galop
Comme un malade

SOS Covid
SOS Maladeta
Sur les chemins de pierre
Où les cœurs essoufflés
Se ferment et se bronzent

SOS Covid
Trop d’egos
Trop de vide
Dans les paroles 
Des gens de télé
Et des spécialistes

SOS Covid
Le vide et l’énergie
Le lâcher prise
Le savoir de ne pas savoir
Le retrait
L’indicible

FINISSEUR





Loin de la tête de course, ma vie durant, n’ayant jamais fait le forcing pour obtenir le premier poste, me voilà, vers la fin, athlète inconnu, mobilisant comme, jamais, mes ressources d’expression et d’énergie, pour terminer, au mieux, et de manière inespérée, « la compétition ». (un terme qui n’a jamais appartenu à mon vocabulaire).

Mais pour le reste, je ne crois pas, que vous vous me voyiez sur la photo d’arrivée.

Quand on a fait l’expérience du malheur, nul besoin de croire aux miracles.

(Un dictionnaire à part moi) 
recueil en cours