QUE SE PASSE-T-IL QUAND ON RÉFLÉCHIT À LA POÉSIE ?





Que se passe-t-il quand on réfléchit à la poésie?
Celle qu'on lit - au lit chaque nuit -
Celle que l'on écrit - en la lisant -
Depuis belle lurette ( me souffle un joyeux luron)

La poésie ? Vous voulez rire !
Disons plutôt la lecture et l'écriture
D'un petit bout de texte que l'on appelle
un poème - verticalement c'est la forme que je préfère -

Mais on peut aussi inspiré par les petits poèmes en prose
proser à l'horizontale son rameau poétique
Depuis le début - la fatale première ligne-
Il s'en est passé des choses et des pensées
Ne trouvez-vous pas ? Ne trouves-tu pas
lecteur qui est aussi ma lectrice (et vice versa)



LIRE CE N’EST PAS RIEN





Lire ce n’est pas rien

Relever, en douce, ce que d’autres ont écrit,

mots, phrases ou vers,

qui soudain résonnent étrangement

et fortement en nous :





témoin ce mammifère égaré

dans la prairie des syllogismes

et le pâturage des contradictions





témoin ce corps de songes provoqués par

un air très vieux languissant et funèbre





Lectures pour moi seul

Confrontation avec cette manière

Dont la poésie s’accomplit

Sous la forme d’un poème

Une musique qui me possède

et m’entraîne cette nuit

(et cette nuit seule)

dans un château des siècles passés

où une dame, blonde aux yeux noirs,

sublime, apparaît





Car elle m’apparaît

au-delà de la page

cette femme que j’ai fréquentée

dans une autre existence

et dont je me souviens





avec par ordre de citations R Queneau P. Verlaine et G. de Nerval


	

À QUOI ÇA SERT un poème ?





À QUOI ÇA SERT

À quoi ça sert un poème ?





Ça sert à desserrer l’étau

L’étau des souffrances humaines

L’étau des contraintes et des sottises produites par la langue ordinaire

Un poème lu me rend tout œil et toute oreille

Me fait établir des Correspondances auxquelles je n’avais jamais pensé

Un poème écrit – sans cesse se faisant et défaisant – se perd souvent et fait le saut par la fenêtre

Ou bien réalise ce petit miracle : le plaisir d’un texte aux lignes réglées, servant, cinq siècles après,

au dérèglement jouissif de tous les sens :





Or donné par don

Ordonne pardon

A cil (celui) qui le donne

Et très bien guerdonne (récompense)

Tout mortel preud’hom (sage et preux)

Or donné par don





François Rabelais

(INSCRIPTION MISE SUR LA GRANDE PORTE DE THÉLÈME)


	

FINIR la ronde des infinitifs

FINIR

la ronde des infinitifs par des verbes défectifs ou disparus de nos conversations

ADIRER APPAROIR ARDER AVÉRER BÉER BRUIRE CHALOIR CHOIR COURRE FAILLIR FÉRIR FOUTRE FRIRE GÉSIR INTRURE ISSIR OCCIRE OUÏR PUER QUÉRIR RAIRE RAVOIR SOURDRE TISTRE TRANSIR 

Finir enfin cette ronde des infinitifs par des verbes défectifs ou disparus de nos conversations Adirer c’était perdre, égarer J’ai adiré mes papiers d’identité Apparoir : évident, manifeste ainsi qu’il appert de mes phrases boiteuses sur mon cahier d’ex-écolier Arder brûler J’ai ardé mes vaisseaux et mes questions fétiches devenues sans objet  (d’où viens-je qui suis-je où vais-je ?) Avérer de voir et s’avérer (se montrer, se révéler, se manifester) la tâche de faire disparaître mes taches d’encre s’avérait difficile « Béer aux lointains bleuâtres » magnifique expression de Chateaubriand qui l’emploie à propos des mouettes qu’il voit passer enfant à Saint Malo (J’en braie d’admiration) Bruire que l’on trouve sous deux formes (merci Maurice Grévisse) Ma tête bruyait comme la mer (Mac Orlan) Les jeunes filles bruissaient et bavardaient comme des fauvettes échappées (Hugo)  Chaloir avec l’idée de chaleur pour une chose, une cause, s’échauffer, la désirer ou au contraire Peu me chaut dit le manchot Choir n’a pas tout à fait disparu (combien d’amis m’ont laissé choir ?) mais chez Colette c’est savoureux : et me voilà chue, assise sur le dallage et dans le conte d’enfance du petit chaperon rouge : tire la chevillette et la bobinette cherra De Choir à Éclore de Perrault à Ronsard Mignonne allons voir si la rose Qui ce matin avait déclose sa robe de pourpre au soleil (poésie en 6 octosyllabes de 3 strophes que je connais par cœur depuis le cours moyen de mon école élémentaire) Courre le cerf ou le cotillon (toute honte bue sur les pas de François Villon chez Brassens) Il s’ensuit (de s’ensuivre) encore une chanson de maître Georges aux petits oignons) Faillir en pensant à toi, ma disparue, le cœur me faut Férir on se souvient de l’expression sans coup férir, mais plus rarement de son participe passé : elle est férue de jazz manouche Parfaire nous nous y employons dans le désir d’améliorer notre prose (du monde) Foutre mot très bas (sic) pour le grammairien du “bon usage” mais foutu pour foutu c’est jamais complètement fichu Frire j’ai toujours en tête les vers de Jean Tardieu (dont j’ai fait une chanson) Dépêche-toi de rire Il en est encor temps Bientôt la poêle à frire Et Adieu le beau temps ! Gésir gisants ci-gît Dorio alias JJ (je laisse imaginer la suite de l’épitaphe à mes ayants droit) Recluse une araignée brune que l’on dit aussi violoniste et dont Fred Vargas fit un polar Intrure introduire sans droit, employé comme nom tous les élèves ont eu des exercices où il s’agissait de chasser les intrus Issir J’suis issu de gens Qui étaient pas du gen- Re sobre On conte que j’eus La tétée au jus D’octobre (fantaisies brassensensibles) Occire encore Brassens Convaincue de m’avoir occis   La voilà qui se radoucit  Oindre l’oint du Seigneur loin de ses impératifs : oins, oignons, oignez Ouïr Oyez Oyez bonnes gens ou bien  ce précieux alexandrin du poète d’Alcools : Ouïs du chœur des vents les cadences plagales (seuls les musiciens pratiquent ce passage à la fin d’une pièce de l’accord parfait de sous-dominante à l’accord parfait de tonique) Partir cette fameuse maille “à partager” que la gent querelleuse a tourné en son contraire une dispute ne valant ni sous ni maille Poindre quand le jour se lève l’aube point dans un sens plus agressif poindre se trouve dans ce proverbe mémorable Oignez vilain, il vous poindra Poignez vilain, il vous oindra Puer (autrefois puir) tu pues du q (oh!) Quérir “Elle alla quérir son coquin Qui avait l’appât du gain” (Brassens : l’assassinat) Raire bramer chez le cerf ou chez les gens qui pleurent aux enterrements comme des veaux Ravoir un jour ou l’autre une oiselle de mauvais augure nous avertit que nous r’aurions la guerre Seoir pour siéger ma maison d’enfance était sise à La Bastide de Besplas en Ariège ou bien pour convenir ce chapeau de comédien te sied à merveille Sourdre ça coule de source Partout où sourdait une fontaine croissait un figuier Chateaubriand Tistre (non “triste”) forme ancienne de tisser Le texte on devrait le savoir est “tissu” témoins ces vers alexandrins que j’ai de mes mains tissus Moudre les vaches disait mon père au lieu de “traire” L’été il les laissait paître jusqu’à la nuit et rentrée à l’étable il les mousait Portraire ou Pourtraire faire au crayon, à la plume, au fusain le portrait de madame X ou de monsieur Y Finissons notre ronde par Transir transi de froid transi de crainte passer de vie à trépas Je sentis tout mon corps et transir et brûler (Racine) Je sentis mon esprit tel Phœnix s’élever





FAIRE et laisser dire

Écrire, c'est faire grandir les mots. Aller  à l'inconnu, éclairs nouveaux, étincelles des assonances. Rythmes, sensations, images. L'Écrire, c'est voix-pas-claire. On peut.  Patrick Chamoiseau

On peut...pour tâcher d'y voir clair. JJ Dorio

Faire …et laisser dire Faire une analyse…de la situation Faire une partie où l’on invite le lecteur (de soi-même) à dévoiler le dessous de ses cartes Faire connaissance de Nadja parce qu’en russe c’est le commencement du mot espérance et le commencement seulement Faire ce questionnement sur qui je suis qui me hante quel fantôme de l’avenir ? Faire une entourloupe sur sa carte d’identité pour laisser penser que l’on est né un jour avant sa naissance Faire la guerre aux faux souvenirs Faire la guerre de 14 comme élève infirmier à Nantes Faire des enquêtes pour la revue Littérature Faire un interrogatoire serré sur ses rêves de nuit Faire un saut de Breton à Leiris Faire du langage un tangage entre le jazz et la tauromachie Faire une œuvre ouverte en y serrant ses gloses Faire une phrase à cor et à cri oui mais dans l’inachèvement obligatoire de notre existence Faire une analyse (une vraie cette fois dans le cabinet d’un psy) Faire parler Œdipe même si comme Dieu il n’existe pas Faire des notes sur des fiches cartonnées devant tout ce qui nous passe sous les yeux en se disant ça peut toujours servir Faire de ses brouillons et broutilles des Exercices de Style Faire ainsi après Breton et Leiris du Queneau (Raymond) Faire quelques alexandrins au coin d’un pont Celui qui enjambait ma rivière Arize Faire le temps d’un espace une remise à zéro  Une optimisation poétique Faire bâtons de chiffres et de lettres Faire feu de tout bois et de toute brindille trempée dans l’encrier Faire du hasard allié au savoir un poème préhistorique Faire d’un facteur mathématique cent mille milliards de poèmes Faire de sa chambre noyée par la fumée des fumigations le lieu de la recherche effrénée des mots perdus  et du bien que ça procure de les retrouver Faire de  la peinture de caractères sortis de soleils avec des tentacules et d’une lune qui fait aboyer les petits chiens abandonnés par leurs dames dansant la sardane Faire ce que Miró appelait la couleur de mes rêves Faire (tant qu’on y est) des pictogrammes de peaux-rouges et des sonnets d’amours jaunes Faire des reparties qui font jaillir les geysers des quatre vérités Faire de Fragilité une suite de paroles folles cachées dans un puits de solitude Faire de Vulnérabilité un soin de caire que j’orthographie ainsi repensant à mes fautes de care qui me faisaient exploser dans la poudreuse quand je faisais du ski Faire une recension  du roman un pauvre type le 17 mars 1945 une semaine exactement avant que je ne sorte de la mer intérieure de ma mère pour (dit-on) pousser mon premier cri Faire d’Osiris ou la fuite en Egypte un poème signé Prévert écrit dans le musée du Louvre l’été de la guerre Faire enfin et pour dire stop à mes grands écarts de langage un dernier pied de nez en toute modestie