
cette écorce de mots sous le pinceau des nuits sous les secousses du pinceau noir "avec dans un coin de soi-même des morceaux de monde réel" antonin artaud
Jean Jacques Dorio Un poème inédit par jour

cette écorce de mots sous le pinceau des nuits sous les secousses du pinceau noir "avec dans un coin de soi-même des morceaux de monde réel" antonin artaud

Le livre-monde est fait pour qu’on tourne la feuille Citation en aveugle pour lancer la machine Parfait alexandrin sorti d’un portefeuille Où le poète évoque de mystérieuses Feuillantines Magnitudo parvi parbleu c’est du latin Grandeur d’un petit livre où l’on tourne la page Étonné et baba de trouver en Chinois Cinq caractères évoquant notre Grand Lutin VI (l’éloigné) KE (triomphant) TO (qui marche avec gravité) RHU (disant de grandes choses) GO (inflexibles) Ce que c’est tout de même que l’existence Sous le regard de l’idée qu’elle commence et finit Dans un livre Où l’on monde les mots les noms Libérant leur essence * éclairage : cette traduction en caractères chinois de Victor Hugo qui possède la grâce de sa fantaisie est due à Judith Gautier (1845-1913). Fille de Théophile, elle était toquée d’orientalisme : Je serai toute mon existence une sorte d’extrême-orientale Détachée des choses, de son temps et de son milieu.
Je me souviens des crayons rouges de charpentier dont on mouillait la mine avec notre salive
Je me souviens des marionnettes avec de la ficelle et du papier
Je me souviens de l’an 40
Je me souviens du déluge
Je me souviens des courses en luge dans la vallée de Luz Ardiden
Je me souviens des vocalises
Je me souviens de la valise ou le cercueil
Je me souviens des aèdes et des funambules
Je me souviens des barricades mystérieuses en si bémol majeur
Je me souviens des Frères mineurs
Je me souviens de Jean Mineur et de Balzac 001
Je me souviens des Illusions perdues
Je me souviens des textes libres de l’école Freinet
Je me souviens de Sophie Desmarets de Charles Trénet et de Pierre Fresnay
Je me souviens de l’amour fou et du hasard objectif
Je me souviens d’Objectif lune
Je me souviens d’el Desdichado
Je me souviens du Soleil noir de la mélancolie
Je me souviens que ma mère disait qu’elle avait le cafard
Je me souviens des cucarachas dorées
Je me souviens du père Dorio
Je me souviens de Marie-Jeanne Guillaume qui s’est jetée du pont de la Garonne
Je me souviens du val d’Aran
Je me souviens des pastilles Valda
Je me souviens de Jean Valjean
Je me souviens des Misérables
Je me souviens que le cantonnier du village s’appuyait sur sa pelle pour faire un brin de causette
Je me souviens des fauvettes de mai
Je me souviens des chers corbeaux délicieux
Je me souviens enfant d’avoir déniché des petites pies
Je me souviens du dépit de l’homme à l’oreille coupée
Je me souviens des Alyscamps et de Paul-Jean Toulet
Je me souviens de Tous les garçons et les filles de mon âge
Je me souviens de Mona Lisa Gherardini épouse de Francesco del Giocondo
Je me souviens de Franco la Muerte
Je me souviens des arènes de Nîmes, de Madrid et de celles du Nuevo Circo à Caracas
Je me souviens des bidonvilles où les enfants disputaient la nourriture aux buitres, zamuros, oiseaux charognards
Je me souviens du faucon hagard
Je me souviens de Léthé fleuve de l’Oubli
Je me souviens d’estate chanson italienne devenue un de mes standards de jazz préféré
Je me souviens de Je hais les dimanches
Je me souviens qu’il faut savoir finir une grève
La grève de faire des listes sans fin de Je me souviens
11/09/2021
Complément 1
Les mots en guise de titres je les choisis après coup Après que de coups de dés en coups de non-dits les mots abolissent ma page Elle est bleue ce matin et j’y fais des sauts de carpes Et je m’y prélasse aussi quand le poisson doré prend la forme d’un oiseau-lyre Celui d’un poème de paroles que l’on avait composé sur la presse à doigts de l’instituteur Célestin Freinet Et son titre tintinnabulant qui nous avait tant excités je l’ai oublié
Complément 2
Quand Vincent la veille de Noël 1888 se coupe non l’oreille mais le lobe (côté droit) on l’enferme en état de surexcitation dans une cellule de l’hôtel-Dieu d’Arles Puis c’est le retour progressif au calme entouré de ses êtres chers : son frère Théo, le docteur Rey, le pasteur Salles, le facteur Roulin et son épouse. « Écoutez, leur dit-il, laissez-moi tranquillement continuer mon travail ; si c’est celui d’un fou, ma foi tant pis. Je n’y peux rien alors. »
Complément 3 Dans Arle, où sont les Aliscams, Quand l’ombre est rouge, sous les roses, Et clair le temps, Prends garde à la douceur des choses. Lorsque tu sens battre sans cause Ton cœur trop lourd ; Et que se taisent les colombes : Parle tout bas, si c’est d’amour, Au bord des tombes. Paul-Jean Toulet, Romances sans musique, 1915
Complément 4
CUCARACHAS
Au Venezuela elles étaient dorées. Une nuit dans le llano, une petite vieille nous servit le plat typique, arroz con carne y plátano frito, le riz, les boulettes de bœufs avec banane frite ; nous mangions à la lueur d’une bouteille alimentée par du kérosène. Je ne sais ce que faisait là mon compagnon de repas, un Grec, que je ne devais jamais revoir. Moi, je venais de Caracas, avec un sac plein de médicaments, pour mon ami Felix, docteur d’une vaste zone, et cette nuit-là, on me logeait dans un dispensaire, à une demi-journée du lieu-dit où je devais le rejoindre le lendemain. Eh ! bien les cucarachas dorées? Elles grouillèrent, sous peu, autour de nous…mais nous continuâmes notre repas, devisant de je ne sais quoi, comme si de rien n’était.
« Un dictionnaire à part moi » à paraître
S’il vous arrive de vous prendre parfois au sérieux Lisez Tristan Corbière Artiste sans art à l’envers Philosophe à tort et à travers Sérieux à vous rendre malade Raclant vos vers sur une lyre imaginaire Avec votre pouce transformé en plectre Avec la folle du logis qui vous balade Faisant de votre savoir-mourir Odes et ballades S’il vous arrive de vous prendre la tête Pour entrer dans la top-liste Des poètes de printemps Chantez loin de leur gnian-gnian Avec Corbière Tristan
enregistrement original ce vendredi 10/09/2021
sur cd la chanson figure sur un album enregistré au Petit Mas à Martigues en 2017
« C’est la vie » 15 titres que l’on peut encore se procurer
doriojeanjacques@gmail.com

