RÊVER à l’endroit à l’envers





RÊVER

Écrire sur du papier

À la main

À la belle encre…

On croit rêver !





RÊVER

Rêver à l’endroit à l’envers Rêver d’être un pauvre hère Rêver à l’envers à l’endroit Rêver d’être des cons le Roi Rêver du Petit Chose et de la Grande Sophie Rêver de ce notaire pendu à ses breloques à chiffes Rêver de pérorer en pleurant comme une madeleine Rêver d’Apollinaire de Kostrowitzky Rêver du Prince d’Aquitaine à la tour abolie Rêver de ce vers long brisé à l’hémistiche Rêver de ce non da ! et de cet oui ouiche ! Rêver de l’albatros souvent pour s’amuser Rêver du sommeil noir sans baiser de l’aimée Rêver de l’Araignée qui étend sur l’écran sa toile Rêver de ma sœur Anne Ne vois-tu rien venir Rêver de Cupidon troublant les rêves du beau sexe Rêver de cette fête où l’on dit adieu le 24 mai 68 au général Castagnette Rêver de ma tentative d’épuiser sur  deux pages de mon cahier quadrillé les images folles d’une insomnie Rêver de ne plus rêver de romans sur la vie Rêver de la mandoline d’un concerto de Vivaldi Rêver de l’écouter en te contant fleurette Rêver de Jean de Meung qui le premier fit de la Rose un roman Rêver de se rêver à la place d’un.e autre à Venise à Dublin au-dessous d’un volcan symbolique et fortuit…


















	

GUETTER nos rêves sans sommeil





J’aimerais que ma vie ne laissât après elle d’autre murmure que celui d’une chanson de guetteur, d’une chanson pour tromper l’attente. Indépendamment de ce qui arrive, n’arrive pas. C’est l’attente qui est magnifique.

André Breton

GUETTER




Guetter les souris du grenier. Guetter le moment propice. Guetter les perdrix rouge sang. Guetter l’arrivée de monsieur le ministre. Guetter sa chérie sous la brise. Guetter la chanteuse des rues et des places publiques. Guetter la rabouilleuse de l’étang de Berre. Guetter le monstre du Loch Ness. Guetter nos rêves sans sommeil. Guetter le Fol Lunatique et le Fol Sympathique. Guetter Méphistophélès. Guetter la lune romantique. Guetter le gazouillis de l’oisillon. Guetter le bug informatique. Guetter Louis XIV sans sa perruque. Guetter l’appel du Général. Guetter les lavandières du Portugal. Guetter Diogène dans sa barrique. Guetter l’allumeur de réverbères. Guetter l’instant où nos joies se transforment en peine. Guetter Guillaume sous le pont Apollinaire. Guetter l’araignée du soir. Guetter le lézard des murailles. Guetter le zèbre qui se cabre. Guetter la poule aux œufs d’or. Guetter le dernier des Mohicans. Guetter le vendeur de mouron. Guetter les nymphéas éclos à Giverny. Guetter les loustics et les aigrefins. Guetter Aristophane sur la scène d’Épidaure. Guetter la cantatrice chauve. Guetter Gavroche sur la barricade de la rue de la Chanvrerie. Guetter les punaises de sacristie. Guetter le métèque de Moustaki. Guetter l’homme ayant les défauts de ses qualités. Guetter les porteurs de mélancolie. Guetter la femme bleue d’Henri Matisse. Guetter la dernière flèche empennée de nos lèvres bien-aimées.


	

JOUER sa vie en la contant





JOUER





Jouer de la clarinette. Jouer à qui perd gagne. Jouer du luth à la tzigane. Jouer avec les mots du judo. Jouer ippon et ko-soto-gari. Jouer avec Marie au petit mari. Jouer de Molière les Fourberies. Jouer aux cartes en fumant la pipe d’écume de Magritte. Jouer aux barres et au ballon prisonnier. Jouer au hasard avec Baltazar. Jouer au con. (pardon) Jouer à faire l’imbécile. Jouer à colin-maillard. Jouer au chat perché. Jouer les yeux fermés à la marelle avec Adèle. Jouer sans peur et sans reproche. Jouer 89 à la Bastoche. Jouer au bilboquet avec Carole Bouquet. Jouer aux dames tout feu tout flamme. Jouer à l’intello au café de Flore avec Choderlos de Laclos. Jouer de ses relations. Jouer au libertin en cueillant un bouquet de thym fleuri à la Du Barry. Jouer de l’orgue de barbarie. Jouer une comédie musicale à Brooklyn. Jouer la partition pour flûte de Paris s’éveille. Jouer Alice au pays des Merveilles. Jouer du violon quand le jour décline. Jouer aux osselets avec le tarse et l’astragale d’un jeune mouton. Jouer à la main chaude et au toque-manotte. Jouer à Don Quichotte sans son Pança. Jouer jusqu’à plus soif. Jouer l’hymne à l’amour de la môme Piaf. Jouer cette ritournelle à la déesse Sibylle qui à la fin se retourne et dit : Jouer sa vie c’est la conter.


	

AIMER son jardin imparfait

L’amour aussi bien que le feu ne peut subsister sans un mouvement continuel ; et il cesse de vivre dès qu’il cesse d’espérer ou de craindre. 

François de la Rochefoucauld

AIMER




Aimer Aimée. Aimer mémé poussée dans les orties. Aimer les ortolans. Aimer les longs moments où je vous regarde. Aimer la jeune garde. Aimer Titi. Aimer Merleau-Ponty. Aimer la nuit. Aimer la clocharde céleste. Aimer Shakespeare. Aimer l’oiseau-lyre. Aimer Marbeuf et Rutebeuf. Aimer la chanson des Amours de Cassandre. Aimer la pensée sauvage. Aimer le miel et les cendres. Aimer l’art brut. Aimer le conatus. Aimer persévérer. Aimer l’alouette avec son tire-lire. Aimer l’arc et la lyre. Aimer le doux zéphir. Aimer la môme Néant. Aimer l’ache et le serpolet. Aimer improviser. Aimer le temps des cerises. Aimer sa première chemise. Aimer ses taches de rousseur. Aimer Stéphane Mallarmé. Aimer ses lèvres et ses livres. Aimer sa main dextre et sa main senestre. Aimer les devinettes. Aimer les anagrammes et les androgynes. Aimer les chanterelles. Aimer les petits cris des hirondelles. Aimer Anne Sylvestre. Aimer les Symbolistes. Aimer faire des listes. Aimer ses bas et ses hauts. Aimer sans coup férir. Aimer les quatre cent coups. Aimer les exercices de style. Aimer le bon grain et l’ivraie. Aimer l’imprévisible. Aimer Mozart ma non troppo. Aimer les rimes de Germain Nouveau. Aimer Pierrot sous la lune. Aimer pour de semblant et pour de vrai. Aimer son jardin imparfait.





MAI 68 À LA RECHERCHE DU TEMPS PAS PERDU





Il y avait il y avait la Sinfonia composée en 68

par Luciano Bério avec des citations parlées, murmurées,

criées, paroles d’amérindiens extraites du Cru et du Cuit,

extraits de l’Innommable de Sam Beckett, de slogans de Mai

et du nom en boucle de Martin Luther King assassiné le 4 avril,

le  jour même où Daniel Cohn Bendit dit Dany le Rouge faisait ses 23 ans.





Il y avait Belle du Seigneur, Le Vol d’Icare et l’Œuvre au noir,

qui venaient de paraître.





Il y avait ces camarades communistes qui avaient programmé

leur Révolution qui ne pouvaient être menée que par leurs prolétaires

et qui me disaient en pestant :

avec vos conneries vous nous faites perdre dix ans (texto)





Il n’y avait pas que le slogan obscène CRS SS

Il y avait aussi CRS DESSEREZ LES FESSES





Il y avait l’humour toujours l’humour

Mai 68 À la recherche du Temps pas perdu





Il y avait l’amour toujours l’amour

FAITES L’AMOUR PAS LA GUERRE

Make love not war

Siempre el amor Jamás la Guerra

L’orgasme apaisera le futur (anagramme)





Il y avait mon père qui avait connu 36

Côté paysan (une rareté)

Et qui était toujours en Mai 68

La souche que je m’efforçais de prolonger

En usant du fameux rhizome deleuzien





Il y avait ma mère qui me faisait toujours

mes chaussettes mes bonnets au crochet

et naturellement les bocaux de pâté

et les terrines de foie d’oie ou de canard

gavés au maïs maison





Il y avait le métalangage des graffiti

Et toutes les choses désacralisées

Qui redonnaient du mordant

À notre fièvre de compréhension





Il y avait cette qualité suprême

Qui tournait sans cesse dans ma tête

LA F R A T E R N I S A T I O N

Un mot une vertu qu’ont perdu

Tous ses ex-soixante-huit-tards

Devenus par leurs positions de Gagnants

Des Louis-Phippards





Il y avait Il y a une fois une seule

Cette page définitivement tournée

Mais que personne ne sera capable

Tant que vivray     De récupérer !