AMAS DE RIMES

J’ai le goût de l’invention et de la rareté
Celui du bol où infusent mes rares thés

J’ai le goût d’étrenner nuit à nuit mes vers
Et celui d’écouter mille discours divers

J’ai le goût d’écrire plus ou moins des ballades
Celui d’accompagner Montaigne 
Qui sur son petit cheval se balade

J’ai le goût de chanter Brassens à domicile
Celui d’ouïr chansons gaillardes et indociles

J’ai le goût de semer à tout vent buissonnier
Mes petites fleurs bleues de vrai saulnier

J'ai le goût de la mise en suspens
De l'ego devant le texte 
Qui va et vient et nous métamorphose
j’ai le goût de confier mon texte à une voix sans personne

MES LECTEURS

Ils ne seraient pas, selon moi, mes lecteurs, mais les propres lecteurs d’eux-mêmes.

Marcel Proust


Oui, mais comment, chère lectrice, cher lecteur, lire en toi-même, 
si ce n’est en lisant ton « livre de signes inconnus », 
si ce n’est en écrivant  pour toi-même, à ta manière, 
après avoir été stimulé par le poème sous tes yeux,
dont tu t’évades pour t’adonner à « la vie enfin découverte et éclaircie, 
la seule vie par conséquent réellement vécue, (celle de) la littérature ».

guillemets Marcel Proust (Le Temps retrouvé)

Cette vie qui en un sens, habite à chaque instant chez tous les hommes aussi bien que chez « l’artiste ».
Mais ils ne la voient pas, parce qu’ils ne cherchent pas à l’éclaircir.
M.P.


NOS MÉTAPHORES VIVES

L’énigme du discours métaphorique c’est, semble-t-il, qu’il invente au double sens du mot : 
Ce qu’il crée, il le découvre
Et ce qu’il trouve, il l’invente.

Paul Ricœur (La métaphore vive)


Ça s’coue la vie
La vie, ça s’coud
Par tous les bouts
Portant le joug 
Des peines quotidiennes
Ou bien pis 
De supplices de l’estrapade
En Enfer des camps
Où l’on extermine
À tout va

Ça secoue la vie 
La vie ça se coud
D’un texte à l’autre
C’est le fil rouge
D’une main qui refuse
De vivre pour rin
Marionnette vide
De la Môme Néant 1
Qui quoi qu’elle dise
Fasse et pense
A’xiste pas

Mais cependant
Face à ce qui se dérobe 2
Un texte poétique
Amorce l’ouverture
De notre sac de peau
D’où gicle la forme
D’associations libres
L’ébranlement salutaire
De nos métaphores vives


1 Jean Tardieu 2 Henri Michaux

SUR LE COURS MIRABEAU

J'ai souvent écrit sur le cours Mirabeau
Mais jamais à califourchon dans les platanes 1

J’ai écrit sur des ronds de bière
Et sur l’écorce des mêmes arbres

(et au retour dans l’atelier sur des planches
où j’avais passé préalablement le rabot)

J’ai écrit au célèbre café des 2 G
Mais jamais à mes chers G.Perec et G.Perros

J’ai écrit en haut du Cours au Roy René
Pour l’informer que les pigeons
Ornaient sa couronne de déjections

Mais il n’a pas compris 
Mon langage (trop) fleuri

Sous le pont Mirabeau coule la Seine
Sur le cours Mirabeau roulez poèmes


1	Pierre Lartigue (1936-2008)

voix jj dorio 7 juin 2022 4h00

FLAMBÉE BAROQUE

Je regardais une flambée brûler d’un seul coup un roman que j’avais mis des millions de minutes à écrire.

Marcel Proust


Baroque sérieux et parodique
J’ajoute ici ma part modique
Celle d’un pauvre extravagant
Foufou toctoc éternel errant

Dans son petit canton imparfait
Chaque matin il retire les cendres
(de la précédente journée)
Dresse une brassée de petit bois mort
Et met à jour ses flammes poémiques

Un peu de miel issue de cendres
Un amour follet traduit à mort (d’amor)
Et pensées plus légères que violons ailés 1

1	Luis de Góngora

une voix sans personne soutenue par Miles Davis