AMOUR ET PAIX JAMAIS DE TROP

 
Quand diminue la lumière de l’humain
tout comme une bougie haletante en sa fin
Noël en s’épaulant de souvenirs d’enfance
nous remet à l’abri dans l’enclos de ses joies.
Il porte à résister aux ténèbres cyniques
Dont notre époque appuie le triomphe multiple.
 
De l’année à venir Noël en bon berger
veille à son estuaire. De sa hotte remplie
on peut tirer les vœux que l’on se donne
Nous n’abuserons d’illusions personne,
si nous allons au frais matin armés des mots
« amour » et « paix », jamais de trop.

André Ughetto Noël 2022

Nous n'abuserons d'illusions personne
Mais personne ne nous empêchera
contre Douleur
D'ordonner Grâce et Douceur

André Ughetto a écrit et m’a envoyé ce poème pour Noël 2022 N’hésitez pas chers et chères amies qui tenez encore à ce que peut provoquer l’écriture unique en son genre de la poésie, d’écrire et de composer le vôtre. Personnellement j’ajouterai le mien, qui aura naturellement une tonalité semblable et différente. C’est ainsi que l’on compose un bouquet de fleurs, bien ou mal liées ou séparées, c’est selon.

doriojeanjacques@gmail.com

NOËL 2022

À l’enfant ukrainien qui est né cette nuit, sombre, ensanglantée par l’ogre poutinien,
À la petite fille de ce pays d’Iran où les vieux religieux font régner l’enfer au nom du coran,
À mes petits enfants qui connaissent la paix, la grâce d’être nés dans nos démocraties :
Jusqu’à quand ?

Jadis naguère Noël nous faisait rêver
Présents, joujoux, cadeaux, jour bourré de magie.
Avec papa maman nos mages bienveillants.
Une année nous eûmes à notre tour des enfants,
La fable reprenait, réel transfiguré.
Puis les enfants s’en vont, ils vont vivre leurs vies.
On moque ceux qui croient encor au pernoël
Et aux contes enchantés de la mère l’Oye.
C’est la loi et pourtant ce matin des étrennes
La lèvre affriandée, en se frottent les yeux, 1
Je le donne à l’enfant qui sort de la bouche d’ombre
L’espoir dans l’or du temps perdu et retrouvé.

1 Arthur Rimbaud

JJ Dorio dimanche de Noël 2022

MATIN DE NOËL dimanche 25 décembre 2022 Je « promène » sur les hauteurs du plateau de Castillon, ville de Port de Bouc, surplombant vers l’ouest le golfe de Fos sur Mer. Je m’arrête sous un pin d’Alep, en bordure d’une vieille vigne et grâce à la magie des écoutes en podcast et de mes oreilles devenues magiques (prothèses auditives qui permettent une « connectivité Bluetooth à mon smartphone » sic), je commence l’écoute de la cantate BWV 63, composée par le divin Bach et jouée à Leipzig, le jour de Noël 1723. Je me dis alors que ce que Jean Sébastien n’avait pas prévu, c’est qu’un quidam écouterait ainsi sa cantate écrite pour des paroissiens enthousiastes, 299 ans après sa création, seul, devant un paysage maritime et industriel, mêlant la forme d’une baie méditerranéenne, ses bateaux coloriés chargés de matières inflammables, ses usines à cheminées noires et ses grues dressées comme des girafes. Après le premier mouvement, Christen, ätzet diesen Tag, (Chrétiens, gravez ce jour), trompettes et timbales avec chœur flamboyant, je reprends la marche, contournant les vignes et remontant vers la direction opposée. Et là, soudain, à l’est au-delà de l’étang de Berre, c’est le choc que je m’empresse, la première émotion passée, de transcrire ainsi sur mon petit écran : ce dimanche de Noël 2022, autour de midi, j’ai vu la Sainte Victoire comme Cézanne ne l’a jamais représentée Un nuage blanc couvrait son flanc sud la faisant ressembler à une estampe du Mont Fuji.

page dont il n’existe qu’un unique exemplaire

c’est mon cadeau à l’enfant de nulle part

qui est né ce dimanche de Noël 2022

Cher Jean-Jacques,

Merci pour ces poèmes qui appellent à l’amour et à la paix bien mal en point à cette époque. Heureusement que de temps en temps, nous pouvons regarder en arrière même avec l’œil de l’innocence qui nous projette dans un futur encore acceptable. Ecrire le poème est garder une distance, se tenir à l’écart pour mieux observer et accepter ce qui nous préoccupe. Il est vrai que grâce et douceur deviennent rares dans un monde excité et apathique à la fois, un monde où l’on finira par chercher l’humain.

Je te présente tous mes meilleurs vœux pour l’année future.

Jean-Marie Corbusier

Bonjour Jean-Jacques,

Un grand merci pour ce partage. Cela m’a fait du bien de lire ces deux poèmes en écho.

J’ai dernièrement participé à un atelier d’écriture organisé par une amie, je me suis pris au jeu et j’ai pensé à toi. J’ai goûté furtivement au plaisir des premiers jets productifs, moi qui avance habituellement comme une tortue quand j’écris.

Je te souhaite de très belles fêtes en compagnie de tes deux filles.

Amitiés,

Rémi Vartéressian

Merci, Jean jacques pour ces beaux poèmes où l’humain retrouve sa vraie dimension

Un doux et chaleureux Noël à toi Noémie et Mathis

Lumière de printemps sur Hibarette, la neige a fondu, voici

La parfaite douceur est figurée au loin

à la limite entre les montagnes et l’air Jaccottet

Jacqueline Saint-Jean

Petitement

Elle s’attarde

Encore un peu

La flamme du petit feu

Dans les yeux humides

Des petits vieux

À peine réchauffés

Sous le manteau

De la cheminée

Claude Brugeilles

MON PÈRE NOËL

enregistré au studio du Petit Mas aux Martigues

accompagnement guitares Philippe Bruguière voix JJ Dorio

MON PÈRE NOËL

Paroles et musique JJ Dorio

J’ai perdu mon père Noël Mon père Noël mon père Noël
J’ai perdu mon père Noël Qui m’apportera mes jouets

Il est parti dans son sapin Dans son sapin dans son sapin
Il est parti pour Sainte Barbe Funeste erreur de calendrier

Il est parti sans mes joujoux Il est parti sans mes jouets
Le père Noël on y croyait Mon père Noël il m’avait fait

Adieu papa adieu pépé La blague avait assez duré
Ton vieux cœur d’homme Était usé il a cassé il a cassé

Si vous voulez le retrouver Mon père Noël mon père aimé
Frères humains et vous mes sœurs Appelez Noël vos bébés (bis)






enregistrement maison samedi 24 décembre 2022 19h00

L’ABÉCÉDAIRE DORIO

Une lecture foutraque et attachante de un dictionnaire à part moi

Lui-même évoque son œuvre comme un palimpseste chaque jour retouché. Jean Jacques Dorio en propose aujourd’hui un abrégé sous la forme d’Un Dictionnaire à part moi (Aux Éditions du Net) et fait la Une sur le Magnum : www.dechargelarevue.com . Foutraque et attachant, selon mes premières appréciations.

ma réponse à Claude Vercey

« Celui qui donne ne se prive pas de ce qu’il donne.

Donner et recevoir deviennent une même chose. »

Jorge Luis Borges

Mille et un mercis Claude, pour ce beau cadeau de Noël (le nom de mon papa).

En vous lisant, j’ai la certitude, l’espace d’un instant, que mes textes participent 

au vœu de notre cher Montaigne, qui « parlant au papier », ajoutait cette antienne :

« un parler ouvert ouvre un autre parler et le tire hors, comme le fait le vin et l’amour ».

En ces temps noirs, à tous égards, poursuivre l’écriture de nos fragments, 

qui parlent parfois en poèmes,  à proximité des lieux naturels ou culturels

diffusant une certaine harmonie, nous apparaît la moindre des choses. 

Peut-être irréalisable désormais, mais nous aurons essayé.

Les lecteurs et lectrices de Décharge, revue trimestrielle de poésie, 

qui sont aussi leurs auteurs et autrices, sont témoins de ces essais :

l’appel des vivants perpétuels inclut les absents (Jean-Louis Rambour) 

Sur ce bonnes fêtes et longue vie.

JJD

ANAPHORISANT

Mettons que je n’ai rien dit

Mettons que cet exercice de chevet à l’article « Anaphorisant, m’évite la prise d’anxiolytiques

Mettons que je traverse ainsi mes intimes altérités, croisant personnes et personnages,

lieux, paysages époques, pensées perdues et retrouvées

Mettons qu’à la différence de l’écriture d’une poésie qui requiert un temps infini

de retouches en variations, ce dictionnaire s’écrit d’une traite et joyeusement

à part moi

Mettons, en effet, que je n’ai rien dit.

SILENCE SUR LA PAGE

page originale écrite tel quel

SILENCE SUR LA PAGE
Les mots viennent de toute part
Mais je les laisse passer
Ou bien je les regarde
Je les isole un à un en chambre de décontamination
En attendant le retour de leur présence bruissante
pleine d'un sens nouveau
Silence sur la page

Écrit le 12 juin 2015 à 08h07 à Paris 3 rue de Suez
Où habitait ma fille Pauline

SILENCE SUR LA PAGE

Les mots viennent de toute part
Mais je les laisse passer
Ou bien je les isole un à un en chambre de décontamination
(Antan nous appelions cela
« Nettoyer les outils »)
En attendant le retour hypothétique
De leurs fragments d’harmonie
Silence sur la page

Essai de réécriture ce 22 décembre 2020 
Dans ma maison des Martigues
9 rue de la Bergeronnette
Autour de minuit




MAINTENIR EN VIE MADAME POÉSIE (malgré tout)

MALGRÉ TOUT, malgré l’écart abyssal entre les recherches d’un Descartes ou d’un Pascal, parmi les premiers à introduire le « moi » dans leur vocabulaire, et la recherche de l’anéantissement du peuple ukrainien par PoutinHitler Malgré toute « la mort, la mort, toujours recommencée » versus « la vie, la vie, un.e enfant nous est né.e ! » Malgré tout, la poésie nous maintient, m’écrivit un jour le poète Jaccottet, en réponse au recueil Aimer l’Utopie, que je lui avais envoyé à Grignan, rue de la Glacière Continuer Maintenir un rayon de soleil (même glacé) Sans se dissoudre en pleurs Sans se déconforter 1 Malgré le rideau de scène qui tombe lentement sur nos années perdues le désespoir assis sur un banc 2  « Banc public banc public » les amoureux qui s’bécottent comme des piafs la Môme chantant ses rengaines dans les cours pour deux sous d’rêves merveilleux Demain toujours ça irait mieux Malgré tout cet horizon de sang de fausses nouvelles et de lettres mortifiées Mañana la otra voz siempre viva La voix autre de Paz -le bien nommé- 3 L’autre voix qui n’est à vendre sur aucun marché Les voies de plénitude et vide, envol et chute, enthousiasme et mélancolie : malgré tout, maintenir la lueur ténue de Madame Poésie

1 Philippe Desportes 1545-1606 Complaintes 2 Prévert 1900-1977  3 Octavio Paz 1914-1998

carte postale de Philippe Jaccottet

Grignan 15.XII.2011

Cher Jean Jacques Dorio

C’est de plus en plus ardu

d’«Aimer l’Utopie » aujourd’hui,

mais peut-être d’autant plus nécessaire.

Merci, quoi qu’il en soit, de me confier

vos « pages de résistance »

et de ne pas démériter !

Avec mes vœux amicaux

Philippe Jaccottet