CE SONT DE GRANDES FLAMMES NOIRES

composition
texte et « hypnographies »
30/05/2020

CE SONT DE GRANDES FLAMMES NOIRES





Ce sont

 de grandes flammes

 noires

nées

d’une plume

offertes

aux ailes

des lecteurs

qui lisent

comme les facteurs

de la littérature

qui décachettent

les lettres

adressées

par Mme de Sévigné

au poète

Philippe Jaccottet

qui vit

rue de la Glacière

à Grignan

et qui aime tant

les paysages

sans figures

empreints d’une poésie

rare et inespérée


	

POÈME À DIRE ABSOLUMENT

POÈME DIT



Bouche ouverte et bouche fermée

Poème à dire mentalement

Comme un exercice de pensée





Poème à écrire comme à présent

Dans le bruit de ce pentel stylo

Qui accroche les grains du papier kraft





Poème à faire et à penser

Dans la nuit noire le matin blanc





Poème à rêver et à susurrer

Comme poète de sept ans

Dans la paille blonde et le blé noir





Poème perdu et retrouvé

Dans les livres d’école

Que personne ne lit plus





Poème de Personne

Du masque de Sophocle

Et de Pessoa





Poème intranquille

De la sérénité





Poème publié dans le recueil d'Encres vives
La Nostalgie du Présent 

si vous n’avez rien à me dire
un poème de Victor Hugo
voix et musique
JJ Dorio

L’AUBE GRISE L’AUBE BLEUE













un poème écrit
à l’aube de ce jour
29 mai 2020
en vers trisyllabiques
dit par son auteur


L’aube grise
l’aube bleue
la méprise
Lao-Tseu

La douleur
retenue
la douceur
ingénue

Le travail
d’écriture
Hokusaï
la Nature

La souffrance
le remords
le silence
de nos morts

L’aube rouge
le vin noir
à Montrouge
chez Nadar

La pitié
la manière
psalmodier
Baudelaire

Le passage
d’un poème
dans la marge
où l’on aime
le langage
des promesses

(trisyllabes du mois de mai 2020)








mis en chanson
jj dorio

SILLONS TRISYLLABIQUES

année 2020

dite des devins

indication :

lire des yeux puis de la voix  ces textes écrits en trisyllabes

le lecteur idéal laisse le texte capter tout son présent          

n’oubliez pas les diérèses.

Janvier

PAROLES SANS ROMANCES TRACÉES À LA POINTE FINE

Il ne sert  à rien  d’expliquer  Dorio  dans le texte  Dorio  n’exist’pas  mais il trace  des sillons  en passant une araire  pointe fine  va et vient  de paroles  sans romances  Il ne sert  à rien  sur la page  des fragments qui se perdent  roue errante  d’une main  du tressage  sans dressage La sibylle  peut bien rire les idylles  et rondeaux  s’en aller  Je persiste  et je signe

Février

SOLITAIRES SOLIDAIRES DES RAISONS ET DES RIMES

Février  découpé  en vingt neuf  vers sans rimes  à jets d’encre  sur la page  puis clavier  pour l’écran Février  cette année  apporta corona  un virus  une grippe  pas d’Espagne  mais de Chine  Tchin tchin tchin Qu’opposer  à la mort  si ce n’est  la richesse  d’exister  avec et pour  nos semblables  solitaires  solidaires des raisons  et des rimes chuchotées

Mars

POÈMES DE COVID EN RÉA POÉTIQUE

Tout oublier phrases cul par-dessus gentillesse tout ouvrir à ton bic laissé seul sur la page Mon hôtesse tout futur enjambant passerelle au-dessus de l’abîme Tout connaître du regard des mourant.e.s à la douane du grand soir Tout écrire en réa poétique des poèmes de covid des patient.e.s aimables qui sourient avant de trépasser Tout ainsi qui passa

Avril

FANTAISIES D’INSOMNIES

Connerie c’est la guerre tragédie c’est Corneille Tu l’as dit c’est Bouffi comédie c’est Molière c’est parti mon kiki ouistitis c’est au zoo ou c’est pour la photo ‘piphanie dans le gâteau des rois hélianthes tournesols du Midi Tout ceci je l’écris dans mon lit d’insomnie que la vie est amère dit ma mère qui s’endort Bonne nuit

LA MAISON D’ÉCOLE

UN DICTIONNAIRE À PART MOI
(enfance...suite)

la maison d’école

l’école était au centre du village grande bâtisse imposante dont je ne me suis jamais demandé qui l’avait faite construire par qui et pour qui – regrets tardifs – maison d’école réservée aux couple d’instituteurs qui occupaient les pièces du premier et aux élèves dans les salles du bas – petites classes à gauche dirigées par la maîtresse Madame G. ou Madame D. et grandes classes à droite mais salles séparées où officiait son époux Monsieur – c’étaient des maîtres quasi sacrés des « régents » en occitan réjints – pour la prononciation –  quand je les rencontrais enfant je n’étais pas tranquille – disons – je levais mon béret, je formulais distinctement bonjour monsieur – plus prosaïquement nos instits étaient gavés de victuailles venues des tueries de cochon du vin des vendanges des lapins poulets pour mes parents et des produits du jardin bien que nos régents issus eux aussi de parents paysans savaient cultiver le leur – un jardin leur était attribué –

comment j’appris ou je n’appris pas à lire

l’école était la priorité des priorités le lieu d’où sortait le savoir le vrai mis à part le bran rabelaisien que j’ai plus haut évoqué (pas ici) j’y entrai pour des raisons plus nobles comme un phénomène – déjà je savais lire avant de commencer ! –  en réalité j’avais appris par cœur un petit livre où je m’assimilais à un ours tournant les pages au moment opportun mon grand-père Vidal me l’avait peut-être enseigné un de mes premiers souvenirs d’enfance est celui de sauter sur ses genoux entraîné par ce cheval imaginaire – ahi ! coco ! – qui me faisait passer du pas au trot et du trot au galop au galop et tout ça avec le bruit des sabots en bois avec des lanières de caoutchouc – quant te coustéron les esclops quand eron naous – combien t’ont coûté tes sabots quand ils étaient neufs

LA BRANCHE DONT JE SUIS ISSU

la branche dont je suis issu

Ma vie comme dit l’autre il a bien fallu qu’elle commence De l’intra-utérine rien ne dirai bien des frères de plume s’y sont risqués mais leur traité m’ont toujours ennuyé car pour parler de nos parents et des parents de nos parents point n’est besoin de commencer par l’œuf de Colomb ou la ficelle du père Adam Je naquis donc une nuit de mars à 5 heures du mat si j’en crois le livret un vingt-quatre 45 jours avant l’armistice du 8 mai c’est le docteur du village voisin qui vint ma mère délivrer dans la chambre de notre maison donnant sur la place de l’église de La Bastide de Besplas Ariège ma mère Suzanne avait 31 ans mon père Noël 33 Il s’était évadé d’une ferme allemande en 42-43 (faut que je vérifie j’ai enregistré son récit) Noël Dorio avait été élevé par ses grands-parents -la guerre de 14 ayant décimé ses père et oncles et par « ricochet » sa mère – dans une ferme propriété d’un maître débonnaire d’ailleurs et qui prit soin à la promotion du petit orphelin En épousant Suzanne tous deux devinrent propriétaires de quelques hectares de terre qu’ils firent vaillamment fructifier avec une paire de bœufs pour labourer quelques vaches pour les veaux et le lait vendu aux habitants du village cochons poules canards et la petite vigne pour la piquette de l’année le blé donné au boulanger en échange des « marques » qui désignaient un petit bout de carton que l’on échangeait contre un gros pain de campagne – comme il se doit –  bref si vous avez tout lu vous avez songé à la liste de Perrette et du pot à lait

UN DICTIONNAIRE À PART MOI
Patchwork in progress
Une autre manière de l'écrire en octosyllabes

L'ART DU BOUSTROPHÉDON

Où je suis né on me l'a dit*
Mais ceux-là même sont partis
depuis longtemps hélas. Mon père,
ma mère, essentiellement. 
 
Dans une maison de village,
face à l'église qui sonnait
mâtines, midi, l'angélus.
Personne ne s'agenouillait.  
 
Ma rue - je ne sais plus son nom -
Traversait alors la commune,
Je la quittai bientôt pour une
autre, dite du pré de long . 
 
C'est là que j'appris à courir,
Mes genoux portaient la couronne,
Petit Poucet rieur offrant
Miettes d'enfance au royaume.  
 
Mes parents étaient paysans.
Pas un sou mais quelle richesse :
Lait veau vache cochons couvées
Blé maïs et pommes de terre.
 
Quelquefois je guidais les bœufs,
Mon père faisait ses sillons,
Qui aurait dit qu'il me montrait
Ainsi l'art du boustrophédon : 
 
C'est tourner d'une ligne à l'autre
Le sillon égale le vers.
Lui semait le blé dur, l'épeautre,
Mon champ est plus imaginaire. 
 
Je le sais mais je persévère.
 
*Georges Perros (Une vie ordinaire)
après les boustrophédons
origine du « vers »
qui s’écrit de gauche à droite
puis verse de droite à gauche
l’écriture de caractères
que je pratique
de haut en bas
un exercice de
calligraphies sans clé
sinon l’alpha du feu et du refus
Une des phrases de Jacqueline Saint Jean
Poète avec laquelle nous fîmes un livre
Brasier des ombres