SOUFFRE UN MOMENT ENCOR TOUT N’EST QUE CHANGEMENT













Souffre un moment encor; tout n’est que changement,

L’axe tourne, mon cœur, souffre encore un moment.





Quel bonheur que de lire ces soubresauts du cœur

Élégies chéniéristes composées par André ;

Mots écrits sur la lyre d’un homme condamné,

Jetant ses derniers vers, délicats et précieux,

Anticipant Verlaine, énergie galvanique

d’un être d’exception qui n’a plus rien à perdre.





Avec André Chénier le monde souffle et souffre,

L’alexandrin assume son désordre intérieur,

Tracé à la lueur de la glaçante geôle.

La Sainte Égalité s’est changée en Terreur,

Têtes dans la sciure avec leur rire affreux.





Souffle un moment encor ; tout n’est que changement.

Cette voix singulière jusqu’au bout a porté,

Le doux nom des vertus et de la liberté.





Italiques André Chénier (1762 1794 7 Thermidor An II)

cet hommage à André Chénier est né de l'étude de Massimilliano Arravecchia
Désordres élégiaques au XVIIIè siècle qui vient d'être publié dans le recueil collectif
ci-dessous 

UNE BÊTE NOMMÉE ÉCRITURE





C’est ça la bête nommée écriture…qui démarre en flashback et se retrouve à My-Ly ou à Oradour…égorgée, fusillée, cramée à vif…par la gent militaire…

La gent trotte-menu ces souris inventées par le bon La Fontaine…

D’un côté la grosse bête Barbarie…de l’autre la vie comme des Fables…dédiées à Madame de Montespan…une belle marquise dit-on…

Non pas celle moquée par le penseur-poète Valéry…la marquise sortit à cinq heures…

A los cinco de la tarde…à cinq heures du soir…quand le maestro cueilli par le bicho– la bête à cornes- dans l’arène sanglante agonise…

Le ciel est par-dessus le toit…écrit Verlaine bon prisonnier…poésie apprise jadis naguère…par un petit paysan de l’Ariège…encore un flache baque..

Si je désire une eau d’Europe…c’est la flache…petit bain rimbaldien d’un enfant accroupi qui lance son bâteau frêle…né de la dernière pluie

Bâteau ivre Bâteau livre…et tout le reste est littérature





hypnographies série 8/8

SUR LE CHEMIN DE LONGUE ÉTUDE









avec Christine de Pizan et Raphaëlle Décloître





Ne vous privez pas du plaisir d’écrire des pages d’un seul tenant où plusieurs phrases s’enchaînent pour mieux délier votre imagination et où il faut attendre le dernier mot pour voir le point final et encore on peut par trois points laisser le lecteur imaginer qu’après tout ce bataclan la page se termine dans l’inachèvement qu’une lectrice inspirée va reprendre ailleurs sur une feuille blanche ou quadrillée faisant de son stylo le porteur de fantaisie ludique qui certes n’est pas donnée sans ce travail acharné sur le papier ou dans sa tête qui écoute le corps parler se plaindre ou rebiquer en ce Chemin de longue étude parcouru par cette première grande dame qui de lectrice universelle fait son miel poétique politique nous incitant nous tous et toutes qui sommes au bas de la Roue de Fortune de lui donner l’impulsion nécessaire pour la remettre en mouvement ce mouvement scriptural qui nous met en état ne serait-ce que le temps de son élaboration de pallier au désordre ambiant…





Christine de Pizan Chemin de longue estude (vers 1402)

Rapahaëlle Decloître Conquérir l’ordre du monde par le savoir dans le Chemin de longue estude…(Université de Laval) 2021 vient de paraître ouvrage collectif « Désordres Modernes » Editions Hermann

TEMPS PERDU ET RETROUVÉ





Perdu puis retrouvé

Une question de Temps

chez Marcel Proust

qui déploie nuit après nuit

cette âme humaine dont une des lois,

 fortifiée par les afflux inopinés de souvenirs différents,

 est l’intermittence…





Question d’annonce dans le journal

ou le quartier :

Chien perdu sans collier

Appelez le 06 00 00 00

Si vous l’avez retrouvé





Pain perdu et dont le goût redoré

par un mélange d’œufs et de lait

Nous fait remémorer

ces quatre vers appris sur un coin de table

Alors que Mère nous régalait

de ce mets goûteux :





Elle est retrouvée

Quoi ? L’éternité

C’est la mer allée

Avec le soleil





A.Rimbaud

hypnographies Dorio 6/8

VERS À REBOURS soumis aux aléas

à rebours




À rebours… mes vers boustrophédonnent

ce va et vient que trace mon stylo

et qui met à jour le vert du vocabulaire

que quelques oiseaux bergeronnettes

– encore nommés hochequeues –

viennent picorer





À rebours…ce roman dont le héros

déballe sa bibliothèque à l’esthétique

décadente…Amours jaunes

de Jean des Esseintes…reclus

à Fontenay-aux-Roses





À rebours…n’en jetons plus

Reprenons joyeux rires de la vie

Amarcord…io mi ricordo..

Je me souviens de Magali Noël

tenant le rôle de la Gradisca…

en Rouge et noir

soumise aux aléas





À rebours…de ce charabia

Je me promène en ce lieu rare

Où les fleurs de ma rhétorique

Sont neiges de printemps..

Flocons d’argent d’Apollinaire

Et que n’ai-je son gai savoir…





hypnographies 5/8