LA FABRIQUE D’UN POÈME





Laissez-moi voyager incognito

Inconnu de moi-même

Dans les séismes du monde 





l’avenue B de New York

où ma fille masquée

va à la pharmacie

chercher du lait





un parc est à côté

où poussent les tulipes

et les premières jonquilles

comme chantait Auffray





Il court il court le furet

Les images s’agitent

Portées à bout d’écrans magiques





Je fabrique des poèmes

-ai-je lu hier-

qui sautent à l’élastique

ça je l’ai ajouté





Je bricole des voyages

que j’offre aux inconnu.e.s

Qui comme moi fabriquent

des rêves incognito

pour sortir de leurs Bastilles





04/05/2020

QUENEAU NOUVEAU DOCTEUR CONTRE LE CORONA





Le roi Raymond Queneau écrivit dix sonnets

Dont chaque alexandrin fut par lui séparé

Sur quatorze languettes de papier découpé

10 puissance 14 vous zavez ka compter*





Moi je les ai classés dans ma verte chemise

Je les apprends par cœur chantant leur Oulipo

Je conseille le remède à ceux que traumatise

Le virus du covid qui leur vide la peau





Le poète inspiré c’était bon pour Homère

L’aède de l’Iliade exaltant les Héros

Les Grecs s’écrabouillaient faisant pleurer les mères





Les poètes oulipiens c’est plus terlintintin

Des dieux ils ont soupé ils préfèrent les lutins

Qui nous délivrent du mal mais non des chocs verbaux





 *Cent mille milliards de poèmes

Raymond Queneau

dimanche 03/05/2020

ROBERT

UN DICTIONNAIRE À PART MOI

J’utilise le petit chaque jour. J’en ai besoin quand je reprends ces textes écrits la nuit, comme celui-ci, et que je les recopie, non sans quelques modifications, sur world. J’ai acheté le premier dans une librairie de la place du Capitole, dès sa sortie, en 1966. Michel Cournot dans le récent Nouvel Observateur, nous demandait de l’acquérir tout affaire cessante, même si pour le voler, pratique courante à l’époque, on devait prévoir un grand imper, façon inspecteur Colombo. J’ai remplacé cet exemplaire premier, trop fatigué, par « l’édition des 50 ans », un demi-siècle, dix lustres après, dans lequel Alain Rey, le seul père spirituel encore vivant, et bien vivant, a fait appel à l’artiste Fabienne Verdier, pour « illuminer » de 22 tableaux le tout. Notre Roi, oui c’est la traduction de Rey, n’a pas caché sa joie devant les projections de l’artiste. Il a accompagné chacune d’un bref article mettant en jeu deux termes saisis au vol « transformant en langage humain le chant de la Terre ». De Arborescence/Allégorie à Voix/Vortex. « La voix humaine convoquera d’autres voix, jusqu’aux voix du silence. »

TABLEAU DE FABIENNE VERDIER
pour l’édition des 50 ans

UNE PIROGUE DES PONTS ET DU JAZZ

UN DICTIONNAIRE À PART MOI
EN DÉSORDRE ALPHABÉTIQUE






DIPLÔME

Je me souviens qu’il a fallu que je m’y prenne à deux fois pour obtenir les épreuves pratiques du professorat d’enseignement général des collèges. La première j’avais choisi le sonnet des Aveugles de Baudelaire : Contemple-les mon âme ils sont vraiment affreux et pour la seconde ce texte glaçant de La Bruyère : l’on voit certains animaux farouches, des mâles et des femelles, répandus par la campagne…Finalement j’aurais pu faire un mixte des deux, mais je crois que je serais à attendre encore l’obtention de mon diplôme.

NORMALOS JAZZ

Je me souviens de notre formation musicale les normalos jazz ; j’étais aux drums, réduits à une caisse claire, grosse caisse boum boum et cymbale, mon copain D. au saxo, De N. à la guitare d’accompagnement et j’ai oublié les noms du guitariste solo et du pianiste.

PIROGUE

Taillée dans un tronc d’arbre deux indiens « panarés » à la rame, elle vint nous chercher de l’autre côté de la rivière Túriba, pour nous amener à leur lieu de vie, une case commune la churuata, une aire en surplomb de la rivière et derrière ils avaient leur petit conuco, jardin de bananes plantin, de yuca, (manioc) et autres fruits que je n’ai plus en tête.

Je ne me souviens plus qui était mon compagnon d’Odyssée ce jour-là, mais cette traversée unique est devenue un mythe qui me poursuivra, jusqu’à ma dernière passe, vers le fleuve de l’oubli.

PONTS

Du modeste pont de mon village qui enjambe la rivière Arize et aboutit à la chapelle du Bout du Pont, au pont de Brooklyn franchissant l’East River, c’est d’un même pas que je les ai enjambés. L’un, à pied, en vélo, en auto, l’autre en m’arrêtant souvent pour observer, photographier, méditer, écrire « sur le motif ».