TENTATIVE POUR APLATIR LES EXPONENTIELLES DU CORONA VIRUS





TENTATIVE POUR APLATIR LES EXPONENTIELLES DU CORONA VIRUS

1 Corona

2 Corona cornaline

4 Corona cornaline architecture frontalière

8 Corona cornaline architecture frontalière pour aplatir les exponentielles

16 Corona cornaline architecture frontalière pour aplatir les exponentielles là où ce dimanche du vingt-neuf mars

32 Corona cornaline architecture frontalière pour aplatir les exponentielles là où ce dimanche du vingt-neuf mars la première guêpe du printemps vint me dire à l’oreille le blé pousse et la

64 Corona cornaline architecture frontalière pour aplatir les exponentielles là où ce dimanche du vingt-neuf mars la première guêpe du printemps vint me dire à l’oreille le blé pousse et la capucine danse dans les prés des personnages légendaires Peau d’âne Madame de Pompadour L’Enfant de la Haute Mer Le père DGoriot Monsieur le Même et Madame Même Pas Peur la

128 Corona cornaline architecture frontalière pour aplatir les exponentielles là où ce dimanche du vingt-neuf mars la première guêpe du printemps vint me dire à l’oreille le blé pousse et la capucine danse dans les prés des personnages légendaires Peau d’âne Madame de Pompadour L’Enfant de la Haute Mer Le père DGorio Monsieur le Même et Madame Même Pas Peur la guêpe qui se transforme en ce bourdon pestilentiel des fileuses de mémoire et des Poissons solubles Corona cornaline architecture frontalière pour aplatir les exponentielles le rire débridé de celle qui a perdu le contrôle de son cortex préfrontal et qui rit et rit comme une pestiférée entre la source de Nadja et la nage de ma morte femme aux bras levés continuant à tenir 

256 Corona cornaline architecture frontalière pour aplatir les exponentielles là où ce dimanche du vingt-neuf mars la première guêpe du printemps vint me dire à l’oreille le blé pousse et la capucine danse dans les prés des personnages légendaires Peau d’âne Madame de Pompadour L’Enfant de la Haute Mer Le père DGorio Monsieur le Même et Madame Même Pas Peur la guêpe qui se transforme en ce bourdon pestilentiel des fileuses de mémoire et des Poissons solubles Corona cornaline architecture frontalière pour aplatir les exponentielles le rire débridé de celle qui a perdu le contrôle de son cortex préfrontal et qui rit et rit comme une pestiférée entre la source de Nadja et la nage de ma morte femme aux bras levés continuant à tenir mon ciel  constellé de caractères moitié chinois moitié imaginés disséminés par les embruns sous le sable des pavés dans cet état de non pesanteur tel l’oiseau peint par Braque la force secrète de son « écologie » et puis  courir les rues désertes fendre les flots du grand sommeil souci de soi souci des autres ça va de pair j’écris avec des mots des images un stylo j’écris à l’aveuglette sans réfléchir sans infléchir le projet de remplir mes papiers d’identité j’écris avec les données éparpillées d’une vie de mémoires pillées -la mienne et celle des gens de rencontre croisés dans les livres, les films, les musiques, les tableaux – et en réalité j’écris avec mes proches mes deux filles qui me tiennent éveillé j’écris avec celle qui s’est dérobée mais qui demeure mon art premier j’écris avec ma femme que j’appelais en souriant mon épouse préférée avec sa joie de vivre nos lettres d’amoureux j’écris avec ses maux derniers atroces cruels injustifiés j’écris avec son absence hors du temps dans le lit solitaire des mille et une nuits j’écris avec des cris et des outils que j’essaie au mieux de maîtriser pour comprendre cette histoire au présent d’une vie que « nul fil d’or ne relie »

512 …

IL Y A LEXIE ET ALEXIE





Tu lis la littérature d’un professeur de neurologie qui raconte les histoires vécues par des patients tombés en panne de perceptions à la suite de divers accidents cérébraux.

Parfois on dirait Monsieur Plume de Michaux ou Palomar, moins connu, mais tout aussi savoureux, d’Italo Calvino.

Ce matin, par exemple, tu fais l’expérience de « cécité verbale ».

Tu es dans ton hamac, c’est dimanche de Pâques deux mille 20, tranquille et calme, sous le ciel bleu qui moutonne, entouré de tes arbres et de ta pelouse en fête. Une tendinite tenace t’interdit de faire la première coupe et les herbes, fleurs, boules de pissenlits sèment à tout vent.

Et alors « l’alexie » ? – c’est le nom scientifique que notre neurologue emploie.

Eh bien voilà, si un accident vasculaire provient à l’endroit du cerveau qui nous permet en temps normal de reconnaître les lettres, tu deviens incapable de lire, mais non d’écrire !

Ton système de reconnaissance des lettres est détruit.

Idéal pour confier ce petit texte à des lecteurs bienveillants qui pourront si tu les sollicites te le relire à haute voix,

Résurrection pascale oblige.

NAISSANCE D’UN POÈME

manuscrit
ce 13 avril 2020

écrit de minuit à 1h45

Mes écrits ne connaissent aucune certitude qui me satisfasse à moi-même

Aussi ne fais-je pas profession de savoir la vérité ni d’y atteindre

J’ouvre les choses plus que je ne les découvre

Pierre Bayle (1647-1706)





J’écrirai le mot fin comme arrivé au port

Cette fin n’est autre qu’un recommencement

Raymond Queneau (1903-1976)





Naissance d’un poème

C’est bien prétentieux

Alors disons d’un texte

Un tissu une pièce

Que les mots vont filer





Celui-là déjà marche

On le voit progresser

Une illusion optique

Sur cette horloge blanche

Aux aiguilles arrêtées





Ça reprend par gambades

Hésitations d’un temps

Mouvements sans boussoles

Ça fait un peu ronron

Ponge eût été ronchon





On ne sait qui l’écrit

On ne sait qui le pense

À petits vers comptés

Sans souci de la rime

Ou du sens à donner





C’est une parenthèse

Une lexie banale

Évitant les effets

Les excès nombrilistes…

Le voilà achevé





Non ce n’était qu’un leurre

Achever je ne sais

J’ouvre au hasard mes lignes

Ouvrir passer se perdre

Et ne rien regretter





13/04/2020

commencé à la main autour de minuit

dernière ligne à 01h45

recopié sur le clavier

avec deux mots changés

LA TRAVERSÉE DES NUITS





« Sans une certaine naïveté rien ne verrait le jour. L’artiste, considéré sous cet aspect, est en quelque sorte prisonnier de lui-même. Mais la prison est d’un genre très particulier, car les chaînes y sont aussi des guides, et les boulets peuvent y servir de degrés pour monter vers la lumière. À condition toutefois de les utiliser comme le fait l’artiste, c’est-à-dire en décidant une bonne fois que tous les obstacles peuvent devenir des moyens, si on sait les aborder. »

Olivier Revault d’Allones (La création artistique et les promesses de la liberté)





Cette nuit j’ai pu enfin mettre la main sur le Chateaubriand que j’avais rangé entre Lagarde et Michard dans le rayon la marquise sortit à cinq heures

Cette nuit j’ai pu enfin retrouver le nom de l’enfant de salaud qui s’était fait passer pour un ancien combattant des brigades internationales pour obtenir le titre de secrétaire particulier de Jean Sol Partre dans le fameux roman d’amour de Boris Vian

Cette nuit j’ai pu enfin parler au garçon de café qui servit 7 jours durant ce type qui comptait les autos les bus et les camions les affublant de leurs formes couleurs publicités portatives et qui buvait chaque heure une carafe d’eau de fenouil pendant qu’il exerçait sa marotte

Cette nuit je me suis souvenu que les sanglots longs c’était pas pour les violons mais pour le débarquement

Cette nuit j’ai revu le noir de Cuba qui nous servait des mo’hitos et des blagues que la dictature castriste ignorait (je n’ai pas la place d’expliquer pourquoi)

Cette nuit comme toutes les nuits j’ai nourri le jukebox de Keith Jarret Lester Young Mal Waldron Archie Schepp Mc Coy Tyner Gerry Mulligan Thelonius Monk Dizzy Gillepsie Duke Ellington John Coltrane Miles Davis Michel Portal Beb Guérin Bernard Lubat Errol Garner et les ladies Ella (Fitzgerald) Peggy (Lee) Billie (Holliday) Anita (O’Day) Dinah (Washington)  Marian (Cox) Ruth (Brown) Sarah (Vaughan) Helen (Humes) Mimi (Perrin)

Cette nuit j’ai fait des vœux mais je ne vous dirai pas lesquels pour ne pas les réduire à néant

Cette nuit j’ai écrit en aveugle à celle qui recevant ma lettre va y répondre immédiatement en me disant qu’elle a bien reçu ma dernière lettre et qu’elle s’excuse d’avoir tant tardé à me répondre car quand elle a reçu ma dernière lettre tout son temps de recherche était consacré à la procrastination

Cette nuit j’ai écrit mon dernier roman qui fait l’éloge du désordre je l’ai envoyé illico au professeur Bambino pour qu’il le range dans sa bibliothèque invisible bien que depuis quelque temps il m’avoue que devant l’ampleur de sa tâche il ne dort plus la mine triste et les joues blêmes  

Cette nuit j’ai fait des jeux interdits avec mon copain Raymond la Science qui avait un perroquet sur son épaule gauche répétant Tu causes tu causes comme une vraie piaf qui a perdu son serre dents

Cette nuit j’ai composé 36 poèmes que j’ai confiés à Marie la cantatrice du théâtre de la Huchette crépue comme mer qui moutonne

Cette nuit j’ai écrit dans ma cellule sur le papier qu’on donne aux condamnés pour qu’ils écrivent leurs dernières pensées avant d’avoir à l’aube quand blanchit la campagne la tête tranchée

RESTEZ CHEZ VOUS de A à Z





a

Restez chez vous

Loin des Tropiques

Vous serez moins triste

b

Restez chez vous

Ecrivez des lettres d’amour

à Emma et à Bovary

(plus difficile pour le second)

c

Restez chez vous

En savates et en pantalons

En hauts talons et bottes de cuir

d

Restez chez vous

En faisant de l’hula hoop

Et de l’Oulipo

e

Restez chez vous

 En jouant la pavane                  

pour les défunt.e.s du Corona

f

Restez chez vous

En profitant de l’urinoir portatif

de Marcel Duchamp

g

Restez chez vous

Ouvrez en grand

Vos portes et vos windows

h

Restez chez vous

En attendant Godot

Mais pas trop tout de même

i

Restez chez vous

Rue Fantomas

Où vit

Rrose Sélavy

j

Restez chez vous

En retrouvant vos souvenirs

Que vous croyiez perdus

j

Restez chez vous

En relisant le petit prince

dans le désert de votre appartement

Dessinez-lui un Corona

(sans le virus)

j

Restez chez vous

Zetser zehc suov

Entre le zist et le zest

Dans vos alcôves

k

Restez chez vous

Et couchez-vous de bonne heure

Longtemps longtemps longtemps

Avant que la Recherche n’ait disparu

i

Restez chez vous

Notre père qui êtes aux cieux

Restez-y

Et nous nous resterons sur terre

Avec Zizi

(prière de Roland Petit)

j

Restez chez vous

Téléchargez

 Voyage autour de ma chambre

On vous l’offre avec une paire de pantoufles

j

Restez chez vous

Comme un écureuil en cage dorée

Le travail c’est fini

Glandez !

k

Restez chez vous

Chaumière ou gratte-ciel

Cabane au Canada

Petite maison dans la prairie

Les lieux ne manquent pas

l

Restez chez vous

24 heures sur 24

7 jour sur 7

Et plus de corvée de poubelle

m

Rasta cha va

Marchant à grands pas

Clamant caramba !

Lisant Franz Kafka

n

Rosto cho vo

Mollo mollo

o

Restez chez vous

Mais pas question d’un déjeuner sur l’herbe

avec la fille d’à côté

p

Restez chez vous

Faites des listes de A à Z

d’Antigone à Zigounette

q

Restez chez vous

Si l’on sonne répondez

Allez voir en réa si j’y suis

r

Restez chez vous

Faites des fixations

Une journée à regarder vos chaussures

Une journée à lire Fernand Saussure

L’arbitraire du signe

s

Restez chez vous

3 gargarismes de poésie

Matin midi et soir

Avec une pincée de Ronsard

Et de l’eau de malice

t

Restez chez vous

Et si Milou vous demande de faire

le tour du jardin pour lever la patte

Vous lui répondez Tintin !

u

Restez chez vous

À supposer qu’on vous demande pourquoi

Vous répondrez :

J’écris un roman policier

C’est la séquence chambre close

v

Restez chez vous

Faites des queues

Champs de moutarde

Moutarde au nez

Nez de Cléo

De cinq à sept

w

Restez chez vous

Ceux qui nous soignent

Ont besoin de vous

Pour que vous leur évitiez

Un corps de plus

À intuber retourner

Brancher surveiller

Doter d’un poumon artificiel

x

Restez chez vous

Parlez parlez parlez

Au miroir au téléphone

Au magnétophone

Que vous trainâtes

Sur toutes les barricades

De mai 68

Et dans les cases

Des indiens Yanomami

y

Restez chez vous

Parlez à votre petit chien

Au voisin par-dessus la haie

Aux postillons de Louis XVI

Arrêtés net à Varennes

Parlez à la pie

Qui vous casse les oreilles

Au tigre à la grenouille

À la vipère

z

Mais ne parlez pas au pangolin

C’est lui qui en blessant

Un margoulin

Est cause que vous deviez

Rester chez vous