CETTE ACTIVITÉ NE M’A JAMAIS DÉÇU





« Ne  te soucie pas de ta trace Tu es le seul à ne pouvoir l’effacer »





L’encre petit filet de sang noir

Une trace dont je ne me soucie

Cette activité ne m’a jamais déçu





La voilà à nouveau qui prend forme

Maladroite sur le papier

Et qui risque d’échouer





Un esquif une barque

Remontant le courant couci-couça*





Éprouvé durement par la vie

Je poursuis vaille que vaille
La réalisation de mes rêves éveillés





Ces nuits dont la main est un cerf-volant**

Textes et poèmes écrits





En temps d’insouciance

-société qui se donne en spectacle

et qui applaudit les bouffons

et les capitaines d’industrie-





Ou en temps de catastrophe

-quand les gribouilles disparaissent

et que les gens du sens commun

se raccrochent à ceux qui cherchent

et pratiquent les soins

seuls capables de réparer-





Cette activité

Dont aucune trace ne restera

Ne m’a jamais déçu





*Francis Ponge La barque

**André Breton Poisson soluble

UN TITRE OUBLIÉ





Les mots en guise de titres

je les choisis après coup





Après que de coups de dés

en coups de dés

les mots abolissent ma page





Elle est bleue ce matin

Et j’y fais des sauts de carpe





Je m’y prélasse aussi

Quand le poisson doré

prend la forme d’un oiseau lyre





Celui d’un poème de paroles

que l’on avait composé

avec nos petits caractères en plomb

sur la presse de l’instituteur Freinet





Son titre tintinnabulant

Nous avait excités

Mais je l’ai oublié





31 mars 2020

écrit à la main
et sans raturer
les lecteurs bénévoles
(bienveillants dans la langue de Montaigne)
ne manqueront pas de noter les variations
présentes sur la page ci-dessus
et -on peut rêver –
d’en faire le miel
d’une écriture bien à eux

	

UN PEU DE MER





5





Un peu de mer ma bonne mère

Un peu de mer serpent de mer

Un peu de mer d’herbe marine

Un peu de mer posidonies





Un peu de mer tout est réel

Un peu de mer avec ma mie

Un peu de mer à Fos sur Mer

Un peu de mer où l’on nageait





Un peu de mer tout nus aux Lecques

Un peu de mer dans les Calanques

Un peu de mer soupe de poissons

Un peu de mer à Sugiteon





Un peu de mer imaginaire

Un peu de mer dans l’encrier

Un peu de mer de l’Odyssée

La mer la mer toujours recommencée !









les lecteurs de poésie qui hélas se raréfient

auront reconnu le dernier vers du Cimetière marin   

28/03/2020

05h25

LETTRE PRENANT LE CHEMIN SÛR DEVERS LE BON CLÉMENT MON FRÈRE





Lettre mal faite et mal écrite

Vole de par cet écrivant

Vers le plus noble Clément

Qui cinq siècles après est vivant





Pour Clément Marot

Et Pauline Dorio

dont le livre

« La plume en l’absence »

« Le devenir familier

de l’épître en vers »

Paraîtra

Quand Seigneur Corona

Le permettra





Tu es né à la fin du XV°

et moi à la mitan du siècle XX

Ça nous fait une belle trotte de différence

Et pourtant me voilà t’écrivant d’accointance

Toi le non pareil des mieux disant en vers

Moi que l’époque ou peut-être le non talent

A relégué aux portes de la N.R.*





Mais ami Marot tu ne peux pas savoir

Comment seul dans ma couche

Je suis heureux

De lâcher ainsi la bride à ma plume

Allant me répétant :





Tu es le seul vivant asteure

À tenir la gageure

de t’adresser à Maître Clément





Ainsi s’avance cette épître écrite sans trop d’égard

Aux règles que tu inventas peu à peu

Passant du courtisan aux lettres familières

« Au Roy des François pour le délivrer de prison »

« Aux dames de Paris » « À ton ami Lyon »





Je t’écris de Provence

Pays béni des troubadours

Où le cœur en ballade

D’un mot l’on fait cent**





J’avance sur ma nef fragile et je rame

Étonné amusé libre de toute demande

Aux princes de ce temps

Qui règnent sur les Lettres

Prises dans les glaces de l’unique roman

Poèmes et poésie ils s’en fichent les bougres

Toi ce fut au contraire des demandes sans fin

« Faute de pécune » mais jamais au grand jamais

Tu ne te permis de quémander

En tordant le bâton du déshonneur





Ton père il est vrai t’initia aux subtilités

Du bon rhétoricien qui savait composer

C’était son ars nova dont tu feras tremplin

Pour t’en aller créant tes nouveautés

Sonnets églogues épigrammes

Et tes épîtres que ma fille Pauline

Connaît sur le bout de ses dix doigts









Mais foin du catalogue sérieux que tu connais

Ce qui me plaît encor et qui n’a pas bougé

Ce sont tes engouements badinages étrennes

De mots plaisants gaillards facétieux

Tout ce qui hérissait cagots et sorbonnagres

Qui te le firent durement payé





Tu mourus en exil pour n’être pas brûlé

Mais le cœur mis à nu tu sus tenir le cap

Le cap que dis-le le timon

Ta main ouverte sur Amour

Ton guide sûr

dans la fête ou la défaite

Et en tes batailles exaltées

pour Justice et pour Paix









J’arrête là ma louange

Pardonne- moi pour cette trop longue  laisse

Pleine de prose et de maladresses

Mais avant que je ne te perde

Je vais encor te citer

Bien écrirai encor autre chose

Mais mieux me vaut rendre ma lettre close

Close peut-être mais toujours à réinventer





Ainsi merci

Et mille fois te remercie

D’avoir permis à Dorio

Humble facteur ès lettres et mots

De poursuivre à sa manière

Rimailles et ce blason éternel du bon Marot

            La mort n’y mord





L’amour y garde son mystère   

Voilà pourquoi cet écrit je t’adresse









*Non Reconnaissance

** « Eu m’o escount en rizen

E’n deman per un mot cent »

Peire Vidal

Je t’écoute en riant

Et d’un mot j’en fais cent

JJ Dorio dont la maman naquit Vidal





Martigues 30 mars 2020

CECI N’EST PAS UN MESSAGE AUTOMATIQUE





Je m’éveille d’un rêve sombre, qui sombre aussitôt sous ma plume.

Ceci n’est pas un message automatique.

Pourquoi le public a-t-il refermé la parole vitale venue d’hypnose

du fond de nos nuits ?

Parce qu’il préfère la monnaie de singe de la littérature.

Mais il y a d’autres hypothèses.

À toi dernière lectrice fondue dans l’empire des signes,

d’en faire le tri.

Le lecteur est tricheur désormais, tirant les fausses cartes de sa manche.

Je m’éveille d’un rêve lumineux qui aussitôt prolifère sous ma plume.





lundi 30 mars 2020