IL Y A L’HOMME





il y a l’homme industrieux

il y a l’homme diplodocus

il y a l’homme qui a des puces

il y a l’homme de Marennes et d’Oléron

il y a l’homme du Devon et du Connemara

il y a l’homme de Prévert qui déconne à plein tube*

il y a l’homme polymorphe pervers

il y a l’homme d’Ajar Gary qui se suicide

il y a l’homme scorpion « comme le scorpion mon frère »**

il y a l’homme tigre du Bengale qui se prend pour Borges

il y a l’homme mère des jeux de l’enfance et des arts

il y a l’homme squelette qui joue de l’hélicon

il y a l’homme Boris Vian avec sa trompinette

il y a l’homme qui conduit sa loco comme une bête

il y a l’homme Charlot sa canne et son chapeau

et la petite Paulette Goddard avec qui i s’barre***





* « Quand je serai mort, ils n’ont pas fini de déconner. Ils me connaîtront mieux que moi-même. »

Jacques Prévert

** « Comme le scorpion mon frère Tu es comme le scorpion » 

Nazim Hikmet

*** « C’est la dernière image du film Les Temps Modernes Charlie Chaplin Avec la p’tit’ Paulette Goddard
Main dans la main Ils se barrent Le vagabond, sa vagabonde Leur amour pour conquérir le monde »

Claude Nougaro

LE CORONA DU CORPS HONNI





Le corona pour moi

Ça change rien de rien

Il y a longtemps que j’vis

Ma retraite en retrait

Depuis que le cancer

A tué ma moitié





Le corona pour moi

C’est du pipi de chat

Sur du rhododendron

Un caillou sans cervelle

Du boudin sans son sang

La charrue de mon père

Tranchant les courtilières





Le corona du corps honni

J’m’en lave les mains
Même si je meurs demain

J’aurai bien ri

Du corona

Du corps honni


	

QUE SÇAI-JE ?





écrit Montaigne

ondoyant et divers

sous cette forme

badine et baladine





Que sais-je ?

une collection

des P.U.F.

un autre Michel

que j’eus l’heur

d’avoir pour ami

publia

Le Chamanisme*





Je ne sais pas

Je sais

Je cherche

Suspendant mon jugement

et mes fausses idées





Ce que je sais

c’est ce précieux

pharmakon

pharmacopée du doute

et de l’étonnement





car ton esprit par deçà

de travailler soixante ans

ne cessa**









*Michel Perrin

**Clément Marot

épitaphe à son père Jean

« le grand rhétoriqueur »





P.U.F.
Presse Universitaire de France

ABECQUER





Abecquer ses oiseaux de nuit

avec ces quelques mots rares

aux sens le plus souvent inconnus





La vie si courte soit-elle

devrait permettre à chacun

de prendre ses aises en tous sens

avec ce dictionnaire à part moi

qu’affectionnait Montaigne





Gérard Genette un autre montaignien

admirait son père

cordonnier amateur

qui sur son établi

utilisait une bigorne

petite enclume allongée

qu’il appelait « pied de fer »





Mon père à moi

les sabots dans la glaise

poussait ses bœufs

tirant droit ses sillons

de gauche à droite

et de droite à gauche

à la manière ancienne d’écrire

de ligne en ligne

ses boustrophédons





Ainsi l’amour d’amour fait son chef d’œuvre

zèle de et pitié de rempli Amour

Marguerite de Navarre


	

LIRE EN LEVANT LES YEUX





Grâce à mon livre

à la mi-temps de la nuit

j’entre dans « un havre de grâce » :

-un titre à double entrée

de Raymond Queneau-





Et Montaigne

en ses Essais

qui sont ma petite bible portative

fait de « grâces »

qui coulent sous la naïveté

et la simplicité

« une beauté délicate et bien cachée »





Les lecteurs grincheux

qui ne jurent que par « déconstruction »

et négativité »

me prendront pour un Candide attardé





Mais je leur ris au nez

Un balai un balai chassant leurs poussières





Et merci à Voltaire

Raymond la Science

&

Michel de Montaigne