UNE PIROGUE DES PONTS ET DU JAZZ

UN DICTIONNAIRE À PART MOI
EN DÉSORDRE ALPHABÉTIQUE






DIPLÔME

Je me souviens qu’il a fallu que je m’y prenne à deux fois pour obtenir les épreuves pratiques du professorat d’enseignement général des collèges. La première j’avais choisi le sonnet des Aveugles de Baudelaire : Contemple-les mon âme ils sont vraiment affreux et pour la seconde ce texte glaçant de La Bruyère : l’on voit certains animaux farouches, des mâles et des femelles, répandus par la campagne…Finalement j’aurais pu faire un mixte des deux, mais je crois que je serais à attendre encore l’obtention de mon diplôme.

NORMALOS JAZZ

Je me souviens de notre formation musicale les normalos jazz ; j’étais aux drums, réduits à une caisse claire, grosse caisse boum boum et cymbale, mon copain D. au saxo, De N. à la guitare d’accompagnement et j’ai oublié les noms du guitariste solo et du pianiste.

PIROGUE

Taillée dans un tronc d’arbre deux indiens « panarés » à la rame, elle vint nous chercher de l’autre côté de la rivière Túriba, pour nous amener à leur lieu de vie, une case commune la churuata, une aire en surplomb de la rivière et derrière ils avaient leur petit conuco, jardin de bananes plantin, de yuca, (manioc) et autres fruits que je n’ai plus en tête.

Je ne me souviens plus qui était mon compagnon d’Odyssée ce jour-là, mais cette traversée unique est devenue un mythe qui me poursuivra, jusqu’à ma dernière passe, vers le fleuve de l’oubli.

PONTS

Du modeste pont de mon village qui enjambe la rivière Arize et aboutit à la chapelle du Bout du Pont, au pont de Brooklyn franchissant l’East River, c’est d’un même pas que je les ai enjambés. L’un, à pied, en vélo, en auto, l’autre en m’arrêtant souvent pour observer, photographier, méditer, écrire « sur le motif ».

RAIDI MAIDE

02/05/2020
TEL QUEL
Duchamp, le marchand d'urinoir, n'a pas du tout goûté la page ci-dessus.
La législation m'oblige à publier son courriel, mais, je vais en rajouter une couche,
pour moi ce qu'il dit de ses readymades, c'est comme "pisser dans un violon". 

 

« Je considère le goût –bon ou mauvais- comme le plus grand ennemi de l’art. Dans le cas des readymades, j’ai essayé de rester éloigné du goût personnel et d’être totalement conscient du problème. Le résultat est que, sur une période de presque cinquante ans, je n’ai accepté qu’un petit nombre de readymades. Si j’en avais produit dix par jour, toute l’idée se serait effondrée, le grand nombre produisant immédiatement un goût personnel. » M.D. alias Rrose Sépipi

BIBLIOTHÈQUE EN DÉRANGEMENT

UN DICTIONNAIRE À PART SOI
mais en toujours en désordre alphabétique





BIBLIOTHÈQUE

Je me souviens que j’ai beaucoup de livres dédicacés que j’ai toujours eu envie de rassembler, mais ce n’est pas du goût de ma bibliothèque qui aime être toujours en dérangement.

CRITIQUE

Je me souviens de la nouvelle critique et de critique de la critique que je lisais un jour en salle d’attente je retrouve ce que j’écrivis alors sur une page du livre J’attends chez le docteur Je lis Critique de la Critique Ma fille à mes côtés lit La vie mode d’emploi Je lis l’entretien de TzvetanTodorov avec Paul Bénichou « la littérature comme fait et valeur » Je lis nous lisons Nous portons sur le dos le poids des idéologies d’un autre temps Et puis le docteur vient nous chercher Derrière sa grande baie vitrée nous voyons l’étang de Berre d’un bleu noir qui contraste avec la Sainte Victoire plus blanche qu’un peuple de colombes

GOBER

Je me souviens qu’enfant je gobais les œufs tout chaud fraîchement pondu, je les dénichais sous notre hangar entre les bottes de paille.

TRAVAIL ON NE T’A PAS FAIT LA FÊTE AUJOURD’HUI

DÉFILÉ DU PREMIER MAI
2020

AU PREMIER MAI

C’était le premier mai

pour les ouvriers

les anciens tout rongés de silicose

finissant dans une lente agonie

petit bout de poumon

par petit bout de poumon





C’était le premier mai

pour les patrons

les petits maîtres de droit divin

bénis par l’évêché

polis embaumés

avant l’heure du cercueil





C’était le premier mai

des défilés de la cocarde

et du drapeau

de l’espérance syndicaliste

reflétée dans les yeux des enfants

 qui suivaient le défilé

le muguet et l’Huma de Jaurès dans la poche

même si l’on savait à peine lire





C’était le premier mai

la solidarité le bonheur garanti

à l’horizon du Grand Soir

C’était le premier mai

les mains du premier mai

serrées sur un bouquet de Fleurs d’Utopie


Et aujourd’hui premier mai

je ne sais rien ajouter de plus

Il n’y aurait pas de premier mai pour demain –

ces lendemains qui cruellement déchantèrent !


Et aujourd’hui premier mai si je ne sais que dire

je sais que faire :

la révolte sereine

contre tout homme qui exerce le pouvoir pour sa gloire

et je sais que rechercher :

la bonne vie pour les humbles

dans des institutions laïques et solidaires

Il ne faut point dire aux fils de la terre

 qu’il y a une justice toute-puissante qui rétablira l’ordre*”

…ni au Ciel ni sur Terre !


C’est le premier mai

Le premier mai qu’il ne faut pas laisser s’en aller

Malgré vents et marées

Jamais!





* Alain