JE RÊVE DONC JE SUIS





La nuit venue

Je ne dors plus

Ou bien si peu





Mon dormeur d’antan

Est devenu soupe au lait





Il ne dort que d’un œil

L’autre tourne en des mondes

Traversés d’étranges pensées





Je rêve donc je suis

Cet autre inconnu

L’étranger de soi-même

Qui pousse le blasphème

Jusqu’à perdre toute identité





Mais la perte est légère

Un bien être passager





Dormeurs des deux oreilles

Vous devriez essayer

SILLONS TRISYLLABIQUES





année 2020

dite des devins





indication :

lire des yeux puis de la voix ces textes écrits en trisyllabes

le lecteur idéal laisse le texte capter tout son présent     

n’oubliez pas les diérèses.





Janvier

il ne sert  à rien  d’expliquer  Dorio  dans le texte  Dorio  a’xist’pas  mais il trace  des sillons  en passant une araire  pointe fine  va et vient  de paroles  sans romances  il ne sert  à rien  sur la page  des fragments qui se perdent  roue errante  d’une main  du tressage  sans dressage la sibylle  peut bien rire les idylles  et rondeaux  s’en aller  je persiste  et je signe





Février

février  découpé  en vingt neuf  vers sans rimes  à jets d’encre  sur la page  puis clavier  pour l’écran février  cette année  apporta corona  un virus  une grippe  pas d’Espagne  mais de Chine  tchin tchin tchin qu’opposer  à la mort  si ce n’est  la richesse  d’exister  avec et pour  nos semblables  solitaires  solidaires des raisons  et des rimes   chuchotées     





manuscrit
trisyllabes
ornées d’hypnographies

	

À TOUS CEUX À TOUTES CELLES

manuscrit
orné d’hypnographies
28/02/2020




à mon petit-fils Mathis

qui fait 4 ans

aujourd’hui





« Are such stuff

As dreams are made on”

À tous ceux qui sont de l’étoffe

Dont on fait les rêves*





À toutes celles

Qui font de la poésie

la « matière ardente »**

des Mille et Une nuits





À tous À toutes

Qui écrivent dans le noir
des histoires lumineuses

Qui nous tiennent en suspens         





À toutes celles

Qui sont mortes avant l’heure

déchirées d’un cancer





À tous ceux qui sont de l’étoffe

d’un livre

dans lequel on entre

par un coup de dés





Fascination de la chose écrite

Qui rencontre la diversité

De toutes les formes vivantes





Entrecroisant les fils

des métaphores vives

Dans un monde anxiogène

d’influences malignes





À tous ceux À toutes celles

Qui « en temps de débâcle »***

Sont de l’étoffe

Qui permet le rêve en commun

de vies dignes d’être vécues









*William Shakespeare (dramaturge)

 **Jacqueline Saint-Jean (poète)

***Isabelle Stengers (philosophe)