des lignes manquent
tu ne sais plus lesquelles
tu as perdu leurs mots
les simples vocables
et leurs précieux sésames
ceux qu’aucun sms
n’affiche
des lignes manquent
si on te demande pourquoi
tu donneras le change
la pluie sur les feuillets
les phrases écrites par un mauvais crayon
sur du papier cigarette
des lignes manquent
emportées par les serres
d’un éditeur rapace
rayées d’un trait de plume
dans une crise de vers*
*Mallarmé
des lignes manquent
la liste est longue :
leçons de choses
pisses de chats
poèmes écrits à reculons
entre deux sonnets
deux canons
des lignes manquent
des eaux dormantes
des fils de trames
des drames oubliés
des lignes manquent
des noms de dédicataires
effacés sur leurs tombes
au cimetière
des lignes manquent
les plus belles assurément
de ce poème finissant
ces mots de rien
d’un ruminant
*
lignes de forces...et de faiblesses...
ruminations d'un questionnement...
il faudrait qu'un.e autre poursuive et développe...
tout ça...
LETTRES À LA NUIT NOIRE
Je vais voir ailleurs si j’y suis
C’est le parcours obligé de tout poème
Je vais voir le champ de marguerites
Où repose Suzanne ma mère
Je vais suivre le sillon que mon père
Destine au blé au maïs à la luzerne
Il est tard c’est la nuit noire
C’est ainsi que j’écris le mieux
L’œil distingue parmi mes notes orphelines
Des lettres dont vous n’avez aucune idée
Mais si vous les lisez étonné.e.s
Ailleurs sur le pas de votre porte
Ou à votre fenêtre éclairée
Ne me laissez pas sans nouvelles
CE QUE C’EST TOUT DE MÊME QUE DE NOUS
Suggestion :
pour jouir de ce petit texte et résoudre son énigme
n’utilisez pas le bréviaire de Saint Google svp
Ce que c’est tout de même que de nous
Je recopie au milieu de la nuit le premier décasyllabe
qui me vient en tête
laissant au lecteur le soin d’en retrouver l’auteur
Ce que c’est tout de même qu’enfanter des suites de mots
que l’on couche sans réfléchir sur le papier
Ça vous saisit comme un rêve éveillé
nous dit le premier psychanalyste venu
On laisse aller la main qui écrit
et qui permet à l’esprit de battre la campagne
Notez bien que je n’ai pas écrit « battre la compagne »
Cette comparaison m’aurait valu peut-être les tribunaux
Mais plus assurément "la fessée"
nb vérification faite l'auteur de la chanson a écrit
Mon Dieu ce que c'est tout de même que de nous
"La fessée" en effet se décline en alexandrins
L’HOMME EST D’ARGILE
J’ai eu la bougeotte – qui ne l’a pas eue ? –
manque de jugeote c’est coutumes et us -
Je me suis posé – surtout pas Assis –
une façon d’oser affronter ses chimères
et monstres, chevaux échappés…
Notant leurs méandres les enregistrant
Et ensuite que faire de mes inepties, mes folles manières :
les livrer aux psys ?
Surtout pas sœurette, car tenir sa plume
C’est la tête en fête, la sortie de soi à moindre frais.
C’est tenir ce rôle où s’enregistre sur papier blanc
ce qui nous traverse l’esprit
Chaque jour fabulant inventant nouvelles fantaisies
Pour voir un peu, chemin faisant,
lesquelles il faut suivre et lesquelles écarter
lesquelles croire et lesquelles déprécier.
Et vous lecteurs infidèles c’est ainsi que vous êtes ?
C’est ainsi que vous battez le sable sous le pavé ?
Que vous vous mouvez entre la bouteille et le jambon ?
Un peu d’humour que diable !
Si vous ne voulez pas être l'âne de Buridan au comble de l’irrésolution
le dindon de la fable !
Et vive la diversité et à chacun ses bonnes rencontres
Homme approximatif comme écrivit Dada
Ni charbonnier ni libertin ni bel ara
L’homme est d’argile
Et que souffle la liberté !
* mettre en rôle: expression de la langue judiciaire;
chez Montaigne c’est « écrire », « enrouler » ses pensées
dans leur désordre natif.
L’HOMME EST D’ARGILE : sentence écrite en grec
sur la poutre de « la librairie » de Michel de Montaigne
CHERCHANT LE POÈTE ET NE LE TROUVANT PAS
le temps te dévisage
tu soutiens un temps son regard
puis tu t’éloignes
comme absent de cette histoire
avec sa petite hache
cherchant le poète et ne le trouvant pas
il est allé cueillir des simples
mais la brume est épaisse
je ne peux vous dire où il se trouve au juste*
*Ji Dao (779-843) époque Tang
traduit par J.F. Billeter