UN PEU D’ALEXANDRINS

 

un peu d’alexandrins ça repose des brumes
des bruits de la cité des querelles intestines
du fracas des télés que les pauvres allument
pour écouter Machin pour la pub de Titine
 
un peu d’alexandrins on peut casser la rime
ainsi fait ce poème indigne du désir
très pur qui le dicta* mais enfin il existe
je l’atteste je l’affirme dans le petit matin
la lumière et l’exil de celui qui écrit
sur l’ardoise du temps ce peu d’alexandrins
 
*Léon Gabriel Gros
 

UN LONG REGARD SUR LE CALME DES DIEUX


manuscrit premier jet
sur fond de toile aux encres et acryliques
titre :
il n’y a pas de mots dans mes figures
Dorio





 
UN LONG REGARD SUR LE CALME DES DIEUX
 
Activité :
dans l’esprit de ces lettres qui vont composer peu à peu le corps de mon texte,
j’agis, je déplie l’éventail de mes capacités, en conscience.
Conscience, claire et confuse, ou plutôt, la confusion m’est naturelle,
mais je cherche par essais successifs, à y voir plus clair.
Mes maux proviennent des souffrances réelles d’une vie fléchée
par les dieux malins et cruels, et par les mots pour le dire qui, à la diable, s’entrechoquent, à tort et à travers.

Je cède alors, comme dit le Poëte, l’initiative aux mots.
Mais céder n’est pas concéder :
Aussi bien, en tant qu’il a des idées claires et distinctes,
qu’en tant qu’il a des idées confuses,
l’Esprit s’efforce de persévérer dans son être pour une durée indéfinie
et il est conscient de son effort.
C.Q.F.D.

 Ma boucle pour l’heure semble se refermer, mais c’est pour mieux,
tant que je vivrai, toujours toujours recommencer :

Espérance après une pensée qu’un long regard sur le calme des dieux.

*
 
merci à Spinoza et à Paul Valéry
moi humble troubadour
sur eux je renchéris
selon Brassens
 


 
 
 
 

INFIME CONTRIBUTION À UNE CONVERSATION SANS FIN

« Nous survenons en quelque sorte, au beau milieu d’une conversation qui est déjà commencée et dans laquelle nous essayons de nous orienter afin de pouvoir à notre tour y apporter notre contribution. »

Paul Ricœur

*

Impro du soir À l’heure où l’oiseau de Minerve prend son vol nous voilà peuplant notre solitude d’écritures folles en profitant de l’énergie donnée par la chaîne musicale Mezzo Après le concert pour violon de Beethoven que l’on écoute sans le regarder tant le soliste fait de mimiques Nous plongeons dans la rediffusion d’un concert de djazz où les notes et les oreilles se libèrent des semelles de plomb On voit alors et l’on écoute tout ouïe le pianiste Léo Genovese barbe d’un rabbin exégète  cheveux frisés et mains qui se croisent Esperanza Spalding la contrebassiste qui joue comme en extase  – Esperanza Esperanza yo no puedo bailar tchatchatcha – Jack De Johnette à la batterie que tous les fervents de Keith Jarret connaissent et Joe Lovano soufflant dans son sax comme souffle souffle la baleine blanche de Melville Impro du soir aux couleurs des confins d’un monde inédit où l’on jouit des musiciens grâce au cercle ouvert par les nouvelles technologies – l’écran plat du salon et l’écran de cet écrit où se joue notre texte bri-collé comme une partition – tout en dégustant une dorade cuite sur la plancha à la sal gorda et qu’un pêcheur de l’étang de Berre a sorti ce matin devant nous de ses filets On dirait On dirait On en dirait tant On dirait le temps en suspens Ô lac On dirait Ulysse rentrant à Ithaque et ne sachant pas que Pénélope est morte On dirait Orphée revenant des Enfers qui donne sur sa lyre une dernière ode aux  heureux mortels Accrochez-vous au poitrail à la gorge pourpre et aux ailes d’or de l’oiseau Phénix mourant et renaissant et Prenez soin des livres des disparu.e.s qui  dorment dans vos bibliothèques et qui attendent d’être réveillé.e.s et réinterprêtés par les musiciens d’un soir et les aèdes aveugles qui ne sachant plus trop sur quel pied danser sans voir donnent les noms et sans marcher progressent comme disent deux vers traduits de Lao-Tseu…nous n’irons pas plus loin