LES YEUX

 
comme un ange qui se dévoile
tu me regardais dans ma nuit
avec ton beau regard d'étoile
qui m'éblouit

Victor Hugo

*


les yeux au bord
des lèvres blêmes
 
les yeux de peur
de lâcher prise
 
les yeux de sel
et de poussière
 
les yeux des nuits
de corrida
 
les yeux du cheval
de Guernica
 
les yeux du cri
du cristal en miettes
 
les yeux de l’amour
mon amour
 
à jamais
silencieux
 
 
AMOUR AMOUR
sur un poème de Victor Hugo
voix et musique Jean Jacques Dorio
accompagnement piano Léo Cotten



cd 20 plages
titres ci-dessus
enregistré été 2019
au studio du Petit Mas
aux Martigues

produit exclusivement par l’auteur
Jean Jacques Dorio
9 rue de la Bergeronnette
13500 Martigues

envoyé en échange de 15 euros
Merci

CHEMIN MOT MAGIQUE

 
Caminante no hay camino
el camino se hace al andar
Antonio Machado
Il n’y a pas de chemin
Mon frère
Le chemin se fait en marchant
jjd
 
Chemin
Mot magique
Il n’y a pas plus de chemin
Qu’il n’y a de paradis
 
Il y a le premier pas
Qui ouvre le chemin
de l’arrière-pays
ou de l’avant-scène
 
Seule la marche le dira
Le corps joyeux
Ou appuyé sur ton dernier
bâton de noisetier
 
Le corps transfiguré
Pas à pas pied à pied
Ce n’est pas toi
Qui connaîtra la fin
Du chemin

IL FAUT SE MÉFIER DES MOTS

Il faut se méfier des mots. Ils sont toujours trop beaux, trop rutilants et leur rythme vous entraîne, prêt à vous faire prendre un murmure pour une pensée.

Jean Tardieu





IL FAUT DE MÉFIER des beaux parleurs

surtout s’ils s’autoproclament « poètes »

Mais on peut se fier à celles et ceux qui donnent sans compter

leur petite musique avant toute chose

Il faut se méfier des grandes œuvres et des prix

de l'industrie littéraire

Mais on peut se fier au moindre moi à mi-voix

autour de minuit hors du monde qui bruit

Il faut se méfier de la french theory

de ce moment d’histoire

où chaque déconstructeur brandissait sa petite hache

Mais on peut se fier aux livres que l’on aime et que l’on lit et relie

aux Essais à La métaphore vive au Fleuve caché des poésies

Il faut se méfier des poèmes éteints dans les pages sans voix

Mais on peut souffler sur les cendres pour raviver les braises de Phénix

Il faut laisser les hommes querelleurs s’opposer et se disputer sans fin

Et dans le réel en apparence démonté*

Il faut prendre soin de bien assembler

les mots les images et nos pensées…

pour tâcher d’y voir clair





*Jean Tardieu  

SUIVRE L’ABSENTE





SUIVRE L’ABSENTE on ne sait qu’ajouter

Suivre l’absente mais on peut le répéter on ne sait jamais

Suivre l’absente une forme présente à épuiser une fleur à tes lèvres

Suivre l’absente dans l’écume naissante la mer la mer toujours renouvelée

Suivre l’absente comme si elle n’avait jamais existé

Suivre l’absente une construction à partir de différentes traces de nos mémoires

Suivre l’absence des jjjd

Suivre l’absente les yeux fermés

Suivre l’absente sans se retourner


*

italique et titre Michel Lac

vient de paraître voir ci-dessous





montage
couverture Suivre l’absente
texte Michel Lac
encres Valérie Ghévart
photographiée sur l’album Chansons de quatre sous
dessin Jean Jacques Dorio



CHÈRE AMIE AMOUR ABSURDE

CHÈRE AMIE AMOUR ABSURDE ma disparue ma nostalgie présente et à venir Chère amie amour absurde ma main donnée à tout ce qui a été entre nous et que personne ne peut effacer Chère amie amour absurde ma destinée ma rose au bois la moindre herbe de mon jardin imparfait Chère amie amour absurde ma décédée ma passerelle au-dessus du gouffre de nos douleurs consenties Chère amie amour absurde ma main qui te l’écrit entre cris et rires pour un bon mot chassant nos maux une comptine un conte à dormir assis sur ton pupitre d’écolière ravie Ma chère amie mon amour absurde réinventé entre deux résonances contradictoires la vie la mort l’éphémère éternité Ma chère amie mon amour absurde ma révoltée ma confiance mon oxymore morte vivante qui irrigue mon viatique ma vitalité

inscription sur la façade de l’immeuble
où vécut Vladimir Jankélévitch
à Paris Quai aux Fleurs