PAS DE RATURES S’IL VOUS PLAÎT

Pas de ratures s’il vous plaît

C’est la consigne pour ce nouveau carnet

qui nécessitera une préparation mentale

ou tout au contraire de foncer plume déployée

à la manière de l’écriture des champs magnétiques

Ainsi vont le corps et la pensée

Unis comme mari et femme

une image énigmatique lue dans les Essais

Pas de littérature s’il vous plaît

CE BEL AUJOURD’HUI

Une dernière page à noircir sur ce carnet plein comme un œuf

Mais réflexion faite je vais la laisser quasi vierge

En espérant que mes bonnes lectrices profitent ainsi du bel aujourd’hui

Martigues 4 février 2025

jj dorio hypnographies ce bel aujourd’hui 04/02/2025

L’encre fortement diluée que les peintres chinois préféraient à l’encre épaisse trop voyante et vulgaire ne viserait peut-être pas d’abord à représenter la force de l’artiste ; elle serait plutôt faite pour se conformer à la pudeur du monde, que seuls la pâleur, l’ombre et le chuchotement ne risquent pas d’effaroucher. François Roustang

ÉCRIRE SANS MOTIF


Écrire sans motif
Sur le motif

Écrire sans modèle
Un court instant
Un texte toile d'araignée
Mis sur le métier

Écrire (sans image
dans la tête)
des broderies
sorties du chaos

Écrire sans y penser
En lisant le livre
de l'Intranquillité

Les yeux fermés

Titre original : Livro do Desassosego por Bernardo Soares (un hétéronyme de Fernando Pessoa)

MOI QUI SUIS POÈTE

Moi qui suis poète

Tu lis ça dans ton lit

En moquant cette prétention

galéjade forfanterie

Il est vrai que le poète en question

s’en tient à une définition modeste

Il sait les lettres leur maniement

Ce qui  lui vaut (soit dit en passant)

la reconnaissance d’un Gallimard

peu enclin pourtant à publier

livres de poèmes bien alignés

Le poète en question allant quitter l’affaire   (il approche de la fin) fait à ce propos preuve d’humour témoin friable de son propre corps :

Ne vous méprenez pas je ne vous demande pas de croire en moi

C’est déjà bien que j’y croie moi-même

Ce sont croyances d’office qui me semblent déficientes

L’union précaire de moi avec moi-même m’en fait douter*

*Jacques Darras Je m’approche de la fin

DES MOTS DES CHOSES ET DE L’ÂGE DU CAPITAINE

Compte tenu des mots

De la réalité des choses

Et de l’âge du capitaine

Des illusions des chercheurs d’or

Pour tout ce qui brille au fond de la bassine

Compte tenu des choses

De la réalité des mots

Et de la résistance

À tous ceux qui nous appellent

À disparaître en silence