SEUL.E.S INCLUSIVEMENT





Le plus court chemin de soi à soi passe par autrui

Paul Ricœur




Seul.e.s assurément

donnant le change

par cette danse tremblée

des lettres sur nos pages





Seul.e.s naturellement

dans cette attention flottante

réservée aux praticiens de l’hypnose

et aux pupilles de la nation des poètes

mort.e.s au front des métaphores vives





Seul.e.s dans les champs de tournesol

nos amours jaunes

et les matières immatérielles

que voient les aveugles

dans les musées





Seul.e.s et dialoguant

avec les portes les fenêtres

les graffiti de charbon

sur les murs des églises romanes





Seul.e.s dilaté.e.s

arpentant les mille et un livres

de notre bibliothèque unique

léguée aux dieux de la dispersion





                                                                                    Seul.e.s à la proue             

mon beau navire

ô ma mémoire*

naviguant divaguant

au cœur des poèmes

sans testaments





*Apollinaire





Seul.e.s terriblement

de ce qui en nous

est dur compassé et frigide*





*Odile Caradec





Seul.e.s vaillamment

Gall amant de la reine*

« el viento galán de torres

la prende por la cintura »**





*Marc Monnier ** Federico García Lorca





Seul.e.s obscurément 

à la lueur d’une chandelle

à la santé des serpes et des serpents





                                                                             Seul.e.s vocabulairement          

écriture inclusive dans la voix des passant.e.s

de nos instants secrets


	

CHEMIN MOT MAGIQUE

 
Caminante no hay camino
el camino se hace al andar
Antonio Machado
Il n’y a pas de chemin
Mon frère
Le chemin se fait en marchant
jjd
 
Chemin
Mot magique
Il n’y a pas plus de chemin
Qu’il n’y a de paradis
 
Il y a le premier pas
Qui ouvre le chemin
de l’arrière-pays
ou de l’avant-scène
 
Seule la marche le dira
Le corps joyeux
Ou appuyé sur ton dernier
bâton de noisetier
 
Le corps transfiguré
Pas à pas pied à pied
Ce n’est pas toi
Qui connaîtra la fin
Du chemin

LA POÉSIE N’A PAS DE PRIX





En ce monde étiré, parcouru en tous sens, volubile et affairiste,

la poésie survit, langue de sable, déploration surannée, etc.

Gaston Puel





I

La poésie n’a pas de prix

Elle se donne pour rien

hors des marchands

des cuistres et des théoriciens

qui se font mousser

avec les mots des insurgés

II

La poésie n’a pas de prix

C’est un peu d’air qui est passé

sur cette colline sur cette rue

ce ru de figures invisibles

qui bouillonnent

moitié  pierre moitié écume

III

La poésie n’a pas de prix

Trésor caché des nuits

Elle lève ses barricades mystérieuses

au carrefour des rêves

et des réalités

IV

La poésie n’a pas de prix

inadaptée à ses marchés

où ceux qui inscrivent « poète »

sur leur carte d’identité plastifiée

troquent l’or du temps

pour leur petite monnaie de signes

V

Innocente dérangeante pauvre et sans prix

Poésie n’est pas un nom facile à porter

Elle est pourtant – toujours – l’humaine mesure

Un cami compartit Un chemin partagé

Qui relie maille après maille ses lecteurs dispersés

Joie et douleur mêlées dans un simple poème

Qui ne fait que passer

LE CHEMIN DES ÉCOLIERS





LE CHEMIN DES ÉCOLIERS





Le garçon que j’étais m’interroge encore sur le chemin des écoliers.

Incessantes questions sur la voie de nos métamorphoses.

Soixante-dix ans après je n’ai pas de réponse.

*




Le chemin des écoliers

Le chemin des escaliers

D’où descend mon institutrice

La belle mariée





Les surprises du rideau de scène

Côté cour à la récré

Côté jardin de l’Éden





Le chemin de l’écailler

Les bulots les couteaux

Ouvrant les élèves fermés

Comme des huîtres





Il faut lire entre les lignes

Cette materia prima

Du chemin des écoliers





Oiseaux tombés du nid

Qui vont prendre leur envol

Ou qu’un ogre va croquer