UN PEU DE POUDRE AUX YEUX

L'écriture est une sorte de malédiction :
elle sépare la poésie de son auteur.

Je laisse sur la page un peu de poudre aux yeux
Des mots habité d'un monde qui se faisant
se défait C'est le lot de tous mes rêves

Mais il est un poème que je n'écris pas
et qui est l'essentiel Je l'imagine l'apprends
mot à mot vers à vers - une démarche ancienne
qui permettait ainsi que personne ne vole
les feuillets écrits pour usurper un nom

C'est une pratique lente exigeante secrète
Elle s'interdit de montrer les ponts et les étais
Qui permettent au conte poétique d'exister

hypnographies
(calligraphies rêvées)
Dorio
19/05/2020
04h27

QUELLE EST CETTE ÉCRITURE ?

LIRE LE TEXTE
CI-DESSOUS
Quelle est cette écriture ?
Je ne sais je ne sais
et pourtant c’est ma main
qui l’a tracée
ce dix mai
à « une heure » précisément
à l’horloge de ma chambre
en moins d’une minute
qui l’a tracée
au cœur de la nuit
comme dans un rêve
une main qui rêve et se lance
sans retenue
à la recherche d’une écriture
qu’elle a nommé
-faute de mieux-
HYPNOGRAPHIES
un mot maison
entré une nuit intime
nuit en moi nuit en dehors
je connais par cœur
cette ligne de Supervielle
qui m’émerveille
comme un bestiaire
dont chaque animal est un signe
qui représente une part de moi-même
de ce dictionnaire à part moi
que je m’efforce de fabriquer
j’ai relu hier les quatrains
ou les quintils
du Bestiaire
ou Cortège d’Orphée
d’Apollinaire
illustrés des bois de Dufy
mentalement puis en les chantant
sur mon piano
et maintenant c’est comme si
chacun de mes glyphes
composés cette nuit
était un œuf en chocolat
trouvé sous les étoiles





LE POÈTE ET LA MÉTHODE COUÉ

UN DICTIONNAIRE À PART SOI (suite)


POÈTE

Au moins ma totale absence de présence, si je puis dire, en ces lieux de promotions littéraires, salons, librairies, signatures, m’aura évité « le ridicule d’être poète ». -Mais assez parlé de moi, parlons un peu de vous, comment avez-vous aimé mon dernier recueil de poèmes ? (ceci est un pastiche)

COUÉ

Beaucoup connaissent sa méthode et la joyeuse bande de Ray Ventura la promeut : Qu’est-ce qu’on attend pour être heureux !

On attend un certain Alfred Capus, qui jette un froid : Dans la vie tout s’arrange, mais mal. »

INVERSIONS

Les chiens passent la caravane aboie

(à compléter)

ÉCRITURE

La mienne procède plus d’une attention que d’une intention. (je reprends à mon compte cette formule que je viens de découvrir 24/04/2020). Mais il y a un troisième terme, mis en jeu, c’est l’impulsion. Ce qui pousse soudain en soi, à prendre la plume et à commencer. Un mot, une ligne. On se jette à l’eau. Il arrive que l’on atteigne la rive opposée ou que l’on se noie en route. Mais ceci est une autre histoire.

SE CONTREDIRE

Une fois, une seule, je ne sais pas bien en quelles circonstances, mais en nos années de feu « autour de Mai68 », ça avait avoir forcément avec la politique, je me souviens d’un participant qui nous donnait ses conseils en tant qu’avocat. Il m’avait dit après une de mes prises de parole, parfois c’était long puisqu’il était interdit de couper la chique au parleur, c’est fascinant ta manière d’affirmer une chose au début et, par petites touches, presque son contraire à la fin. Presque ?

LA TERRE

(à suivre)

ÉCRITURE BLANCHE





ÉCRITURE BLANCHE

au-delà des mots

je hais les dimanches

les anges les sots





écriture blanche

personne ne sait

écrire en silence

sans papier ni encre





écriture blanche

j’aime les nuits blanches

où les rêves enjambent

croyances et doutes





écriture blanche

tu traces la route

rêveuse la ligne

va-et-vient maligne





écriture blanche

oreille attentive

pour le calligraphe

qui entend des yeux





écriture blanche

aujourd’hui dimanche

la pointe du jour

noire sur la page





hypnographies :
calligraphies imaginaires
jean jacques dorio
10/02/2020
03h58

VERS INUTILES DE PURE POÉSIE





-J’ai besoin d’une feuille noire.

Pourquoi donc ô poète

Quelqu’un t’a-t-il maudit ?





-J’ai besoin d’écrire ce dialogue impossible.

Espèce de poisson ondoyant de sommeil.





-J’ai besoin d’une page blanche.

Le temps d’un flux sur la grève.





-J’ai besoin de ce blog où l’écriture

ne sait sur quel pied danser.

-Comme les masques blêmes du néant ?





J’ai besoin que ces lignes me déplacent.

Mets sous la clef ce poème

Et n’en parle à personne.





-J’ai besoin de dire et de contredire

ces phrases d’un monstre sacré

qui ont glissé sur la page de ma nuit blanche.

Songe effaré Tout se lève

Tout retombe Tout a flotté.









25/01/2020

23h25





en italique le lecteur aura reconnu ces « vers inutiles de pure poésie »

nommés ainsi dans la préface des Orientales





« Inutile signifie ici : n’ayant de valeur qu’en eux-mêmes,

et par rapport à rien d’autre,

et d’autant plus chargé de prix ».





Paul Bénichou

Le sacre de l’écrivain

page noire et page blanche
dans l’espace ondoyant
d’une nuit