PLAISIR D’ÉCRIRE : un dictionnaire à part moi

PLAISIR

Plaisir d’écrire. Même pour raconter des fadaises, même pour ne parler qu’au papier de Montaigne. Mes premiers textes publiés, dans un cahier créé par quatre écrivants, s’intitulaient Papiers Hygiéniques (sic) Tout un programme. Je les avais publiés disposés « à l’italienne ».Plaisir d’entretenir sa santé par cette écriture à la main, puis, s’il me semble que ça vaut la peine, par le passage à l’épreuve du clavier. C’est un autre plaisir. Sur ma machine à écrire, tôt achetée, une Olivetti rouge, ça faisait du bruit, tac tac tac, et puis quand on fautait, c’était tout un pataquès et des débats sans fin avec le machiniste, je corrige tout de suite ? je rature ? je laisse tomber ? j’enlève la feuille et je recommence ? À la fin, je profitais des erreurs involontaires pour suivre les chemins qui ainsi, par un heureux hasard, bifurquaient. Mais ce matin, 29 mai 2020, c’est le plaisir d’écrire sur le carnet, planté dans le jardin, sous l’abricotier, assis sur la chaise basse, les pieds sur la petite table branlante. Un papillon blanc m’accompagne, puis un autre qui vient l’embêter ou s’amuser. Mes lecteurs, quand j’en ai, connaissent ce plaisir des papillons qui vont de fleurs en fleurs, de tourbillons en perte heureuse d’identité.

UN DICTIONNAIRE À PART MOI

Jean Jacques Dorio

Les Editions du Net

222  « entrées » 189 pages 16 €

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Merci mille et une fois

JJD

AU VENT LÉGER DU BEL OUBLI





Il se pourrait évidemment que de ces quelques accords jour après jour composés en silence aucune ligne ne subsiste

Aucune lumière particulière venant révéler ces quelques formes jetées sur le papier et nageant ensuite dans le bac de l’œuvre au noir

 Mais cette idée de non-reconnaissance qui m’effleure ce matin rend encore plus évidente la nécessité de cette page

     feuille d’azur qui s’en va au vent léger du bel oubli

AU JOUR D’HUI





Aujourd’hui

Ce mot posé sur ma feuille

Comme la main remuant les cendres

 Pour souffler sur la braise de ce jour hésitant





Aujourd’hui

Sans hésiter

Refusant de prime abord les bruits du monde

le journal des penseurs orgueilleux

et les radios des amuseurs de pauvres gens





Aujourd’hui

Commençant pas à pas

le chemin inconnu de ce poème

que je lis en l’écrivant

plus lentement que n’allait Prévert

à l’enterrement de ses feuilles mortes





 Aujourd’hui

Ce jour 
du lundi
21 septembre 2020




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AIMER L’UTOPIE

Jean Jacques Dorio

(réécriture été automne 2020)

(une première version

a été publiée par Encres Vives

en octobre 2011)

UN PEU DE BLEU SUR UNE FEUILLE BLEUE





1

Ce moutard était là avec un air idiot à jouer…devinez ? du bilboquet ! Ah ! il avait enfilé dix-neuf fois la boule ! et il continuait en comptant : vingt, vingt-cinq, trente…ça ramassait le monde…

Charles Cros

Maintenant aussi il faut bien se persuader de l’inutilité de cet exercice : un peu de bleu sur une feuille bleue

C’est comme le monologue du bilboquet paru en 1877 dans la Renaissance littéraire et artistique

Un texte à pleurer de rire

Mais totalement inutile

Sauf qu’en le lisant à plusieurs

Un verre de vin à la main

On reste sur le cul

Comme écrivait crûment un autre animal littéraire

à propos d’un autre jeu littéraire plus métaphorique et mélancolique

Ma jeunesse est partie

Ma jeunesse est finie

Ce qu’il y a de bon avec les exercices d’inutilité faits avec un peu de bleu sur une feuille bleue

c’est qu’il est inutile de chercher une conclusion

la chute vient d’elle-même

et la boule d’ivoire n’a toujours pas rencontrée

le mince bâtonnet


	

L’ÉCRIVAIN ET LA FEUILLE DE VIGNE





Le Petit Robert ignore le sens

mais non le Robert Historique





On lit sur le dictionnaire des mots rares et précieux

cette définition d’un écrivain :

nom vulgaire d’un insecte coléoptère

du genre eumolpe

Il s’attaque aux filtres à café

et y dessine des sortes de caractères

(voir la photo de l’original ci-dessous)





Mais les filtres à café sont en réalité des feuilles de vigne

Les écrivains si l’on en croit un des plus prolixes de la profession

Boivent des tonnes de café pour noircir leurs feuilles de signes





Quant à la feuille de vigne

Celui qui écrit cette phrase

Ne la tient ni d’Eve ni d’Adam

Mais d’un chanteur poète facétieux

qui en recouvrit la belle enfant

qui se baignait toute nue

et qu’une saute de vent soudaine

avait privé de ses habits





caractères
d’un écrivain
sur feuilles
destinées
à filtrer
le café