ÉCRIRE UN POÈME MANGÉ PAR LES VERS

Écrire un poème à deux heures du matin
C’est vous l’aviez remarqué un alexandrin

Écrire un poème à la main
Mais pas toujours à sa main
Il se peut qu’il nous échappe
Qu’il se perde dans le noir

Écrire un poème dans sa tête
Puis l’oublier
C’est la loi de Mémoire
Qui comme la mer
A des reflets changeants

Écrire un poème au tableau
Pour les enfants du C.P.
Qui goûtent à la joie
Des rimes et des résonnements

Écrire un poème sur sa tablette
Entre deux stations de métro
Place des Fêtes Raymond Queneau

Écrire un poème sur les Murs de Mai
Les murs ont la parole 
68 fois multiplié par 68
Aux Editions Tchou Blanc

Écrire un poème en urgence
Bouteille d’encre projetée
Dans sa bibliothèque en feu

Écrire un poème de guerre lasse
Louve Basse mordant la tête
Du sadique blondinet
Criminel de haute intensité
À la tête du vieil empire russe fantasmé
Qu’il ne faudrait montrer à la télé
Qu’affublé d’une tête de mort

Une sale tête de mort mangée par les vers
D’un poème écrit en urgence
À deux heures du matin


une voix lit le poème sur une voix chantant du jazz

RAMES DE PAPIER DANS LE MÉTRO DU CŒUR





J’ai encore quelques rames de papier

Rames de papier dans le métro du cœur

Le métro du cœur où j’use mes souliers

J’use mes souliers et je compte mes pieds

Je compte mes pieds sur l’bon ou l’mal heur

Le bon ou l’mal heur C’est le pied ou le guêpier

Le pied ou le guêpier mon enfant ma sœur

Mon enfant ma sœur je t’invite au voyage

Je t’invite au voyage de la cave au grenier

De la cave au grenier de la Kabbale au Zohar





Kabbale au Zohar Esprits des voix inaudibles

Voix inaudibles au profane mais non à l’érudit

Non à l’érudit qui ne sait que faire de Dieu

Dieu aussi absent que le métro pour Zazie

Le métro pour Zazie les rames pour Mézigue

Mézigue Bibi Ma Pomme C’est Moi quoi

Moi quoi qu’a pondu ce texte pas possible


	

JE FAIS LE SAUT PAR LA FENÊTRE





Faute de mieux, mes vers tournant

en rond,

Je fais le saut par la fenêtre.

Sur le pavé je rebondis,

comme le singe grammairien

dont on se moquait dans les revues textuelles,

naguère.





Faute de mieux, je fais le sot,

l’idiot inutile de la vieille métrique,

Métro, boulot dodo,

le dernier empaillé peut se voir dans une vitrine

du Museum d’Oxford (je crois).





Je crois en l’autre, je crois sans croix

et sans manière.

Je regarde par la fenêtre,

cet homme coupé en deux,

qu’affectionnait Breton.





Il aurait dû signer André.e.