PERDU POUR PERDU

Je me suis bien des fois perdu en des pages qui semblaient être écrites pour mendormir. Fasciné par des mots troublants 1, javais traversé une fois de plus, le miroir des mémoires où un être nouveau mattendait à chaque carrefour : un enfant sans paroles, une fée qui me transformait en hibou, une naine blanche compagne de Sirius B, un chanteur turlutant, narquois comme un Québécois 2, un contrôleur pointilleux, poinçonnant à tout va, de Pantin aux Lilas. Et je ne parle pas de ces oiseaux de nuit voletant sur ma page, à la lueur dun petit livre de simple rêverie : le moineau soulcie, la bergeronnette hoche-queue, le roitelet petit monsieur et le fénix, flamme fleurissante.

Ainsi perdu pour perdu, je me retrouve, à la fin des fins, sur les lèvres innocentes qui effacent, un à un, mais en beauté, les poèmes de toute une vie  

1 Dehors c’est la neige et le gel Les rafales de la tempête Mais dedans un feu substantiel A mis ton jeune cœur en fête Fascinée par les mots troublants Tu mépriseras l’ouragan (De l’autre côté du miroir)  Lewis Carroll 2 Felix Leclerc (Le Québéquois) 3 Gaston Bachelard La flamme d’une chandelle

https://www.leseditionsdunet.com/livre/un-dictionnaire-part-moi

PAR HASARD OBJECTIF

voix




Par hasard objectif je rencontre l’ardoise

Qui tombe du toit et m’invite

A écrire un poème

Une femme s’y mire

Comme dans un miroir secret





Par hasard objectif

Je l’appelle Nadja et aussi Fortuna

Demandez-vous pourquoi





Le poème m’éprouve et me secoue les puces :

Ce monde qui paraît mort

À toute nouvelle révélation

Par hasard (objectif)

Monsieur le Poète

Pourriez-vous le réenchanter ?





28/01/2021

JE ME PERDS DANS BORGES

JE ME PERDS DANS BORGES

La vérité est un miroir tombé de la main de Dieu et qui s’est brisé. Chacun en ramasse un fragment et dit que toute la vérité s’y trouve.

Rûmi

*

Je me perds dans Borges

la nuit des dons – noche de los dones –

brise le miroir et le masque

el espejo y la máscara –

Je me perds dans les mille morceaux de cette œuvre dont chacun semble contredire le précédent et le suivant

Miroir brisé par le poing d’un dieu jaloux qui ne laisse aux lecteurs que les fragments d’une allure de vérité

Je me perds à l’angle de la rue Bernardo de Irigoyen et de la rue des Bergeronnettes de celles qui suivaient mon père laboureur

Je me perds dans les prologues qui mènent immanquablement au jardin des sentiers qui bifurquent et qui font pièce à des ouvrages hétérogènes d’écrivains improbables

Je me perds dans les visions simultanées de l’Univers que le langage ne peut traduire que successivement :

la neige coiffant la statue d’un soldat de 14 sur une place des Hautes Pyrénées

les grains de sable du Sahara coulant dans le cadre d’un artiste marocain vivant à Aix en Provence

la voie lactée où marchent sans cesse les indiens morts de la Goajira*

-Tu as bien vu tout en couleur ? demande Borges.

-Comme dans ce livre d’enfant où toutes les lettres pendant la nuit se mélangent et nous offrent au matin un chant nouveau.

*

*Le chemin des indiens morts Michel Perrin (1976)