POUR APAISER VOS MAUX FAITES LIGNES DE MOTS

manuscrit
09/04/2020
il est cinq heures
Poème fait joujou
Avec la tendinite
Qui la nuit se réveille
Et agite sa serpette
(la suite dans un instant
mais lisez le brouillon
en attendant)




Poème fait joujou

Avec la tendinite

Qui la nuit se réveille

Et agite sa serpette





Pour mater la douleur

On s’invente des formes

Stylo entre les doigts

On creuse son chemin

Une ligne chasse l’autre

Et le sous-épineux

Va déjà un peu mieux





Comme il faut faire durer

Autant que faire se peut

son exercice

On lit au lit aussi

Quelques vers insolites

De confrères de consœurs

Passé.e.s depuis belle lurette

De  l’autre côté de la page





Une dernière strophe

Douleur s’est apaisée

On regarde sa montre

Il est cinq heures

Paris s’éveille





On finit là sa veille

On range son papier

LE TRAVERSEUR DES VOIES PÉRILLEUSES





Sous l’histoire la mémoire et l’oubli

Sous la mémoire et l’oubli

la vie

Mais écrire sa vie est une autre histoire

Inachèvement

Paul Ricœur

(avec ma mise en espace

et une modification)





J’écris avec des mots

des images un stylo





J’écris à l’aveuglette

sans réfléchir sans infléchir

le projet de remplir

mes papiers d’identité





J’écris avec les données éparpillées

d’une vie de mémoires pillées

-la mienne et celle des gens de rencontre

croisés dans les livres,

les films, les musiques, les tableaux –

et en réalité





J’écris avec mes proches

mes deux filles qui me tiennent éveillé





J’écris avec celle qui s’est dérobée

mais qui demeure

mon art premier





J’écris avec ma femme

que j’appelais pour plaisanter

mon épouse préférée

avec sa joie de vivre

nos lettres d’amoureux





J’écris avec ses maux derniers

atroces cruels injustifiés





J’écris avec son absence

hors du temps

dans le lit solitaire

 des mille et une nuits





J’écris avec des cris

et des outils

que j’essaie au mieux de maîtriser

pour comprendre cette histoire

au présent d’une vie

que « nul fil d’or

ne relie »*





*Jean Vilar

Chronique romanesque

(un livre qu’il avait « sur le métier »

quand une crise au cœur

l’a terrassé)





nb le titre fait référence

à la formule du poète Jean Bouchet (1476-1557)

qui se désignait comme

« LE TRAVERSEUR DES VOIES PÉRILLEUSES »


	

JE VOIS DES MOTS

Je vois des mots

La nuit sans plume

et sans papier

Puis je les perds

C’est la loi quand on dort





Je vois des morts

leur corps sans lèvres

et sans aurores

J’entends leurs voix

C’est la loi quand on rêve





Je vois des fleurs

Des roses et des immortelles

Belles très belles

Mon cœur soupire

Ce ne sont que fleurs de rhétorique









figure de sable
Fos sur Mer
11/03/2020


VOILÀ TOUT EST DIT





J’ai beau les retenir les mots m’échappent

Je connais leur danger leur manque de réalité

Mais je suis dans l’arène

Le dictionnaire est lâché

Je le cite et m’adonne à sa versatilité





J’ai beau les retenir les mots m’échappent

Vaniteux mesquins égocentriques

Intrigants facétieux

 – Passez au large leur dis-je

Laissez-moi à ma guise robinsonner





Mais  ils ne m’écoutent pas

Ils s’écoulent sans cesse

Fleuves intranquilles

Qui sortent de leur lit

Sans raisons et sans rimes





Ils passent d’un lieu à l’autre

D’un livre terminé à un livre recommencé

Jusqu’au jour –cette nuit –

Où les mots enfin reposent

au fond du sablier :





Y con eso quedo dicho todo !*

Voilà…tout est dit !





*derniers mots de Bartleby y compañia

Enrique Vila-Matas (2000)

LES MOTS SE PRESSENT AU PORTILLON





Les mots anciens se pressent au portillon

Monsieur mon passé laissez-moi passer ¹





Les mots se pressent au portillon

Jusqu’au dernier jour

Où avant de caler

Quelqu’un écrit :

Il faut se quitter déjà ?

Ne me secouez pas

Je suis plein de larmes ²





Les mots d’humour se pressent au portillon

De sorte qu’en fin de compte, il ne reste, en dernière analyse,

comme cause d’emmerdement, que l’amour de soi-même.³





Les mots se pressent au portillon

Des notes bas de page

Comme pisser dans un violon 4





Les poèmes se pressent au portillon

Il faut apprendre à écarter

Les plus mauvais

Les poèmes pleins d’exaltation et de rhétorique 5





Les mots se pressent au portillon

Moi c’est une image que je poursuis

Rien de plus 7





Les mots se pressent au portillon

Les fredains du grand-père enfant

Me font tout un album de chansons





Les mots se pressent au portillon

La muse mue

Des Mages romantiques à l’École du désenchantement 8





Les comptines se pressent au portillon

Passez pompom les carillons

Les portes sont ouvertes 9





Les morts se pressent au portillon

Des ptis trous des ptis trous

Encor des ptits trous 10









1 Léo Ferré 2 Henri Calet 3 Jean Paul de Dadelsen 4 Goethe ? 5 ? 6 Tabucchi (un rêve de Maïakovski) 7 Nerval 8 Paul Bénichou 9 Comptine de ma cour de récréation 10 Gainsbourg (Le poinçonneur des Lilas)