QUAND LES MOTS RÉVERBÈRENT





Les mots réverbèrent entre eux,

ce sont matière et manière

d’une écriture.





Nerval se pend au réverbère.

Personne ne sait pourquoi.

Ce qu’il nous dit, parce qu’il l’écrivit,

c’est que le rêve était pour lui

une seconde vie.





Les mots réverbèrent et divaguent entre eux.

Mallarmé s’y complait :

« Rien cette écume, vierge vers

À ne désigner que la coupe. »

Écume des jours, coupe qu’on lève,

« pour des lèvres que l’air du vierge azur affame ».





Les mots réverbèrent et font l’amour

sur les murs de Mai 68,

Jouissez sans entrave,

Sous les pavés la page.





Les mots réverbèrent chez Verlaine, Paul-Marie,

en vers impair, son préféré :

« Sans rien en lui qui pèse ou qui pose ».





Les mots réverbèrent sur « la mourre,

jeu du nombre illusoire des doigts ».

« Et la girande tourne Ô nuit ô belle nuit ! »

(Apollinaire)





quand les mots réverbèrent

entame musicale « Astronomy Domine » Pink Floyd

L’ÉCRITURE OPIUM DES NUITS





Les mots c’est de la poudre blanche*

Les mots écrits à la plume

au stylo fin sur ma planche.

Comme Nerval, clinique Blanche,

Imagine ses filles de feu,

Sur des cahiers à l’encre bleue.

Les mots c’est mon opium des nuits,

Je sors leur atout de mes manches,

Le Fou, le Bateleur, le Pendu.

C’est l’histoire d’une vie,

Qui invente ses Figures,

Entre mémoire et oubli.





*italiques Emanuele Coccia

Libération 6/11/2020

mots en voix

POÈME TU VAS VERS QUI VERS QUOI ?





Les mots c’est nous      les mots sans nous

 tout aussi bien

                       1

Un feu d’herbes sèches

un visage à peine un ciel léger





la chaleur qui vient à trembler

au bord de l’autre rive





à tenter le signe

à soustraire l’ombre de la nuit

aux confins de ma pensée





2

Ce matin à tirer la ficelle du temps

à répandre le jour par un ciel gris





à dire d’une voix étouffée

toute la neige à venir





comme l’air dans sa pauvreté

une étoffe mal seyante





et l’apparence du dire

à heurter quoi

au fond de quelques mots

perdus

avant d’être prononcés

3

Poème tu vas vers qui vers quoi

peu importe ici je m’arrête





je ne puis plus rien pour toi

ta liberté se donne par ma solitude

ce que l’on dira de toi ne me délivrera de rien

que ta chaleur soit comme l’obole des morts





une page blanche

à jamais





Jean-Marie Corbusier





Mille mercis de m'avoir envoyé  cette belle page de poésie 
J.M. Corbusier conclue ainsi l'éditorial du dernier Journal des Poètes (89° année)
"Le Journal des poètes est un grand voyage, car voyager, 
comme le suggérait Proust, c'est changer de regard."

« un feu d’herbes sèches voix » piano JJ Dorio
« la ficelle du temps voix » piano JJ Dorio
« poème tu vas vers qui vers quoi » en chanson JJD