



Jean Jacques Dorio Un poème inédit par jour




Les mots réverbèrent entre eux,
ce sont matière et manière
d’une écriture.
Nerval se pend au réverbère.
Personne ne sait pourquoi.
Ce qu’il nous dit, parce qu’il l’écrivit,
c’est que le rêve était pour lui
une seconde vie.
Les mots réverbèrent et divaguent entre eux.
Mallarmé s’y complait :
« Rien cette écume, vierge vers
À ne désigner que la coupe. »
Écume des jours, coupe qu’on lève,
« pour des lèvres que l’air du vierge azur affame ».
Les mots réverbèrent et font l’amour
sur les murs de Mai 68,
Jouissez sans entrave,
Sous les pavés la page.
Les mots réverbèrent chez Verlaine, Paul-Marie,
en vers impair, son préféré :
« Sans rien en lui qui pèse ou qui pose ».
Les mots réverbèrent sur « la mourre,
jeu du nombre illusoire des doigts ».
« Et la girande tourne Ô nuit ô belle nuit ! »
(Apollinaire)
entame musicale « Astronomy Domine » Pink Floyd
Les mots c’est de la poudre blanche*
Les mots écrits à la plume
au stylo fin sur ma planche.
Comme Nerval, clinique Blanche,
Imagine ses filles de feu,
Sur des cahiers à l’encre bleue.
Les mots c’est mon opium des nuits,
Je sors leur atout de mes manches,
Le Fou, le Bateleur, le Pendu.
C’est l’histoire d’une vie,
Qui invente ses Figures,
Entre mémoire et oubli.
*italiques Emanuele Coccia
Libération 6/11/2020
mots en voix
Les mots c’est nous les mots sans nous
tout aussi bien
1
Un feu d’herbes sèches
un visage à peine un ciel léger
la chaleur qui vient à trembler
au bord de l’autre rive
à tenter le signe
à soustraire l’ombre de la nuit
aux confins de ma pensée
2
Ce matin à tirer la ficelle du temps
à répandre le jour par un ciel gris
à dire d’une voix étouffée
toute la neige à venir
comme l’air dans sa pauvreté
une étoffe mal seyante
et l’apparence du dire
à heurter quoi
au fond de quelques mots
perdus
avant d’être prononcés
3
Poème tu vas vers qui vers quoi
peu importe ici je m’arrête
je ne puis plus rien pour toi
ta liberté se donne par ma solitude
ce que l’on dira de toi ne me délivrera de rien
que ta chaleur soit comme l’obole des morts
une page blanche
à jamais
Jean-Marie Corbusier
Mille mercis de m'avoir envoyé cette belle page de poésie J.M. Corbusier conclue ainsi l'éditorial du dernier Journal des Poètes (89° année)
"Le Journal des poètes est un grand voyage, car voyager, comme le suggérait Proust, c'est changer de regard."
Mots de poètes qu’on ne lit plus :
les frondaisons
l’ache
les philtres d’amour
l’épilobe en fleurs
le serpolet
Quant au bonheur :
Il a filé !*
* Paul Fort
Le prince des Poètes