L’INÉPUISABLE DU MURMURE

L’INÉPUISABLE DU MURMURE Entouré de livres comme un animal de gluant, de sec, de velours herbeux Comme un chaman de petites âmes rôdeuses de tabac liquide et de malades à réenchanter Entouré d’êtres chers qui dorment entre les pages On peut aussi lire à l’envers, à contre-sens des yeux d’un lecteur qui ne veut pas mal tourner Ou bien perdre le fil On peut lire à contre-courant, en amont de celui qui cherche l’inépuisable du murmure andré breton

J’ÉCRIS opus 5

J’écris primo d’un murmure, secundo de lectures, tertio de figures, quarto d’une collection imprimée sur un papier de faible grammage.

J’écris sans mentir, ni ramage, ni plumage, ni vieillesse ennemie.

J’écris excentré mais non excentrique, loin des centres culturels où le commerce de ses consommateurs tel sur le papier qu’à la bouche, n’a plus ce parler simple et naïf, succulent et nerveux, court et serré, qu’affectionnait Montaigne.

J’écris sur les feuilles des arbres, le tronc de mes amandiers, les papiers timbrés de mes amendes, les pistes criardes suscitées dans le ciel d’été par les martinets.

J’écris la brume sur l’étang où nous péchions des carpes argentées, hypophthalmichthys molitrix.

J’écris toujours Merci pour la langouste des Pieds Nickelés et les bons crus font les bonnes cuites de Pierre Dac.

Je n’écris pas dac, ok, d’accord, pigé.

Au cours préparatoire je recopie inlassablement des lignes d’écriture sur le pape Pipu, l’abbé Bécasse et le curé Raimu.

J’écris au carrefour du déploiement des langues à travers l’opération poétique qui les pense. (Yannick Haenel)





 

UN JOURNAL DE CINQUIÈME SAISON

manuscrit avec hypnographies (03/01/2021)




Un journal de jours nuls jours lus

depuis les mots de la tribu

de l’attribut qui fait défaut

au dictionnaire à part soi-même





Un journal cinquième saison

Le murmure de ce qui reste

Après l’incendie de l’automne

de la vie de celle qu’on aime





Un journal d’un jour bien rempli

Aidé des bœufs poussant l’araire

aux champs de Naouzos un lieu-dit

Un chant d’oiseau qui veille et dort





Un journal qui laissait de l’encre
Sur les doigts de l’enfant des lettres

Transfiguré –il va de soi-

en abeille des jours heureux