DES PLUMES D’ÉCOLIER

DES PLUMES

On n’écrit pas sans y laisser des plumes, plumes gauloises ou sergent major, que l’on mouillait sur son poignet avant de suivre la ligne où l’on traçait avec application ses pleins et ses déliés. Ainsi l’on s’imagine sur son banc d’écolier recopiant avec soin la Morale du jour :  il faut s’appliquer et persévérer. On n’écrit pas sans y laisser ses plumes de jeune oiseau piailleur puis de vieil animal gouailleur qui s’amuse à déconstruire la fable du monde. On n’écrit pas sans ses rêves d’enfant, désormais aux cheveux blancs, oiseau de vie qui nous picore, oiseau de mort qui disparaît avec notre corps. (Astoria dans le quartier du Queens New York 14 mai 2018 pour le premier jet, Martigues 17 septembre 2024 pour cette version)

CENTON & MISCELLANÉES 51 à 55

CENTON Pièce faite de fragments d’étoffes rapiécés, si l’on veut. Ou bien l’étoffe se transforme en textes divers puisés dans nos livres et que l’on « colle » l’un après l’autre. Des ajoutages lit-on dans les notes accompagnant les paragraphes mis bout à bout, d’une œuvre qui n’en finit pas d’être rafistolée. Ou bien des miscellanées, du latin « miscellanea » : choses mêlées.

J’invite lectrices et lecteurs au gré de leurs lectures d’apporter à leur tour leurs petites pièces, leurs petits bouquets de citations.

JJ Dorio auteur du blog Poésie mode d’emploi

les citations, greffes capricieuses en apparence, impriment une magnifique éloquence au discours : les citations résidus culturels, s’incorporent de façon prodigieuse dans la structure car, au lieu de s’ajouter tranquillement au reste du texte, elles font en sorte que tous les deux s’entrechoquent, prennent une puissance imprévue et se transforment en un nouveau chapitre du livre.

Enrique Vila-Matas Paris no se acaba nunca Paris ne finit jamais

51

La poésie met le langage en état d’émergence.
La vie s’y désigne par sa vivacité.

52

Le mot OISEAU : il contient toutes les voyelles. Très bien, j’approuve.
Mais à la place de l’s, comme seule consonne, j’aurais préféré l’l de l’aile : OILEAU,
ou le v du bréchet, le v des ailés déployées, le v d’avis : OIVEAU.


53

Comme un couteau dans un fruit
Amène un glissant ravage
La mélodie au doux bruit
Fend le cœur et le partage
Et tendrement le détruit.


54

Ainsi se dessine l’utopie, la visée de ce blog intitulé,
un peu par provocation, un peu par dérision,
poésie mode d’emploi.
Ni modèle d’écriture toujours en mouvement,
ni, encore moins, modèle de vie,
mais, sans se bercer d’illusions,
incitation aux « extensions du domaine du don »,
sur les sentiers solitaires et solidaires
de la création.


55

Je veux rendre grâce au divin
Labyrinthe des effets et des causes
Pour la diversité des créatures
Qui composent le singulier univers
Pour Verlaine innocent comme les oiseaux
Pour le fait que le poème est inépuisable
Qu’il se confond avec la source des créations
Qu’il ne parviendra jamais au dernier vers.


51 Gaston Bachelard (27 juin 1884-30 avril 1962) 52 Francis Ponge (27 mars 1899-6 août 1983)
53 Anna de Noailles (15 novembre 1876-30 avril 1933) 54 Jean Jacques Dorio (24 mars 1945- ) 55 Jorge Luis Borges (24 août 1899-14 juin 1986)



LES POÈMES QUE L’ON RÉCITAIT À L’ÉCOLE PRIMAIRE

FIGURES QUI BOUGENT (encore) UN PEU, c’est le beau titre d’un recueil de poèmes de James Sacré, né à Cougou (Vendée) en 1939, dit la notice. Il reste dans l’obscurité de nos contemporains lecteurs, qui en suivant, hélas, le tapage des industriels du livre relayés par leurs plumitifs, ne savent pas qu’il se publie encore des centaines de livres de poésie, bon an, mal an. La Figure 10 évoque les poèmes un peu mièvre qu’on récitait à l’école primaire… Et cependant dans la neige qui tombe il y a toujours le thème de l’oiseau mort. Ça devait être une récitation de François Coppée ajoute Sacré. Moi, dont le nom est encore plus méconnu dans la galaxie noire de la poésie contemporaine, je me souviens alors, du sujet d’une « composition française »donnée au cours complémentaire de Montesquieu Volvestre. Je devais développer la phrase suivante : les sveltes peupliers qui se mirent dans l’eau. Ce n’est que cette nuit, un demi-siècle après, que j’en compte les douze pieds, comme nous disions alors. On ne m’avait pas dit que c’était un alexandrin de ce satané François Coppée. Merci Sacré !

https://www.leseditionsdunet.com/livre/un-dictionnaire-part-moi

JE N’AI JAMAIS VU PHÈDRE

Je n’ai jamais vu Phèdre




Je n’ai jamais vu Phèdre de Jean Racine mais j’en ai lu les 1654 alexandrins

Je n’ai jamais dit Crénom de dieu mais je l’écris ce soir et j’ajoute de mémoire :

Ceux qui disent Cré Nom, ceux qui disent macache…écrit par cet ado insolent

qui visait ainsi les Soldats…débris d’empire…retraités (sic)

Je n’ai jamais au grand jamais mis un képi sur ma caboche

Mais j’ai souvent donné Quartier libre à mes petits collégiens

Qui laissant le képi dans la cage laissaient un oiseau des îles gazouiller sur leur tête

Je n’ai jamais bu une absinthe au Moulin de la Galette avec Amedeo Modigliani,

mais j’ai souvent vu affiché la reproduction de son Grand nu

dans les turnes des copains de fac de Toulouse

Je n’ai jamais eu de petit âne gris ni d’étable pleine de brebis et d’agneaux,

mais j’ai souvent chanté m’accompagnant sur ma guitare cette histoire qu’on m’a racontée

Je n’ai jamais été capable de faire un travail au crochet, mais ma mère si,

Elle y excellait et me fit un béret mauve et une pièce patchwork bariolée

Je n’ai jamais croisé le fer avec un représentant du Roi ou de Dieu mais le faire ne m’aurait pas déplu

Je n’ai jamais…





Avec Racine, Rimbaud, Prévert, Modigliani, Hugues Auffray…et ma maman.