RITUEL D’OUBLI

Retour aux poèmes que plus personne ne lit
Exceptés les prisonniers et leurs geôliers
Ceci dit sous forme de boutade chagrine
D’un auteur du passé qui écrivit Art poétique et Green


Retour aux livres de funestes augures
Encore non écrits -une gageure-
Ouverts par la main de l’ange de l’Apocalypse
Et mangé-littéralement- par le narrateur
De cette fable à mourir de rire

Retour à cette douce habitude
Du plus léger des cultes
Cette nuit du 3 septembre 2022
Ma pauvre main a encore prosé
Ces quelques vers…jusqu’à l’oubli

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QUE RESTE-T-IL DE NOS POÉSIES ?

En retrait et en tension

Au seuil de cette écriture

Aussi maladroite soit-elle

Il y a longtemps que je n’en ai pas fait, sous la lampe 1 comme il se doit (taratata). Je vais la dédier au peuple ukrainien, à la sale guerre qu’ils subissent, à leurs enfants et bébés morts pour rien. Sous la lampe des anciens préposés à affronter page blanche, soleil noir, sort atroce des poètes du spleen et du guignon. Mon poème voilà, il a le goût d’un quignon baudelairien, loin du prestige des artistes qui s’épanchent à la télévision. Je le ronge, je le mâche, je cache ses déchets sous une métaphore, fleur absente de tout bouquet. Il y a longtemps que je n’en avais pas écrit, agité l’éventail des poètes maudits qui écrivaient, en connaissance de cause, pantoums (négligés) et élégies, envols de Phœnix rebelles… et fuyant l’incendie.

1 « Le lait de la lampe s’évade dans les cendres, il écrit, s’arcboute… » Jean Louis Rambour L’éphémère capture

Martigues 21/08/2022

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LA PORTE DE MA MAISON D’ENFANCE

Cette rue qui longeait la rivière 
Je ne l’emprunterai plus
Et la porte de ma maison d’enfance
Que nécessité me força à mettre en vente
N’est plus qu'un panneau de bois dur
Fermé pour moi à jamais
 
Mais je laisse là les souvenirs sans suite

J’ouvre la fenêtre et laisse entrer quelques instants
la fraîcheur sur la passe maritime 
d’une première nuit de septembre
 
Un poème nouveau m’attend
dans la discontinuité essentielle
et son essai de recomposition
 
L'éclair d’un geste 
Qui ouvre sans le vouloir
La porte de ce poème
Comme un éventail



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LA POÉSIE N’A PAS DE PRIX

CINQ POÈMES

Les poèmes ci-dessous sont destinés tant aux amoureux des livres de poésie qu’aux praticiens d’un nouveau savoir-lire, sur les écrans de la grande conversion numérique. Dans un monde régi par la logique du marché, où l’individu doit être rentable ou périr, la poésie n’a pas de prix : innocente, dérangeante, pauvre et sans valeur marchande, elle est toujours l'humaine mesure, au carrefour des rêves et des réalités, un cami compartit, « un chemin partagé », qui relie maille après maille ses lecteurs dispersés, joie et douleur mêlées dans un simple poème, qui ne fait que passer…

1

JE DÉTESTE L’ART POUR L’ART
Dit-il en heptasyllabes
Las ramas del vendaval
« Les branches du vent d’aval »

Je déteste l’art vendu
Au marché de poésie
El gallo abre el día
« Le cri d’un coq dans l’aurore »

Le droit d’aimer sans mesure
Dit Camus à Tipasa
La llum ensalobrada
« La lumière sel et poivre »

Il dit Je tourne la page
J’ai jeté toutes mes clefs
Mais c’est pure rhétorique

Elle se souvient de tous
Ceux qui ont chanté cet air
Voce ‘e notte ‘e te
Quanta malancunia*

Dans le théâtre de rue
Les soirs d’été sur la chaise
Mélancolie prend le frais

Les poèmes sont des pierres
Des feuilles des cris du feu
Des voix qui viennent du sable
Des lettres de tous les âges
Adressées aux trépassés
Aux noms gravés dans l’oubli

Les poèmes se parcourent
En tous sens Espace et sauts
Gambades de nos vies

*Chanson de Napoli que l'on peut traduire ainsi : « Voix dans la nuit Loin de toi, quelle mélancolie ! ». Les autres citations en castillan et en catalan que j’ai traduites avec fantaisie paraissent apocryphes.

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CE QU’ENGENDRE LA POÉSIE

Ce qu’engendre la poésie
C’est toujours un poème
Qui va se faisant

Comme un sac de voyage
Que l’on fait à la hâte
Pour une destination inconnue

On le fait léger
Comme la touche de l’archet
Répétant Einstein on the beach


D’autres disent que ce qu’engendre la poésie
C’est l’étrange défaite de l’intelligence
Noyée dans des sensations
Qui nous obligent à réécrire la fable du Temps




CE QU’ENGENDRE LA POÉSIE récitation sur le solo de violon d’Einstein on the beach musique de Phil Glass