ONIROCRIS





Sur le papier froissé

Je jette mes poèmes

                                                                  Fantaisies pièce à pièce





De quoi me réparer

De la prose du monde

Qui le jour me déchire





Un cheval entre en scène

Il traverse le fleuve

De Mémoire et d’Oubli





Mon papier à présent

Fait boule de neige

Traverse cette Cour





De comédiens inventifs

Faisant passer l’horreur

Des guerres hypertrophiques





Dans leurs Onirocris

14/01/2020
01h00




Onirocri

d’Antoine Bourseiller

Cour d’Honneur du palais des Papes

Avignon été 1973


	

ÉTINCELLES DE POÈMES ÉPARPILLÉES PAR MISTRAL

un poème n’est jamais seul un poème peut en cacher un autre un poème popo aime clément marot la mort n’y mord





  un poème est toujours inédit un poème d’attaque comme un solo de Trane un poème guilleret est un poème de belle lurette





  un poème naît d’un étonnement et meurt sans royauté aucune aussi indigent qu’un fossoyeur*   *Hubert Haddad





  un poème sans poésie se perd dans la prose du monde un poème en forme de cœur est une marque déposée par un certain Kostrowitzky   un poème au grand cœur quand il a fait sa vie dort son sommeil sous une humble pelouse*   *Baudelaire





  un poème pour les médias c’est rien de rien de rien de rien c’est comme Pluton la planète oubliée c’est (pardonnez ma langue verte) le trou du cul du système solaire*   *Joachim Montessino  





un poème à la fin des fins se retourne comme un gant sur l’inconnu





      MISTRAL





    C’est Mistral – le vent pas le bonhomme – Qui écrit ce soir Mon poème





  Pas un nuage – ni amoureux ni en pantalon Pas un langage – qui prendrait feu –  





Mais sur vélin Pur chiffon d’Arches Cette pelote de mots  





Elle va de ci de là Sur la pelouse de poussière Balandrín Balandran





Frêle chant Ciel de cendres Balandran Balandrín





Pour nos morts Et pour les Égarés    

     


	

DANS LA NUIT INDÉCISE JE CHERCHE LA SORTIE

  Je ne cherche pas je trouve
aurait dit Picasso
je cherche l’or du temps
orne la tombe d’André Breton
je cherche après Titine
Titine o ma Titine*
 
*une chanson de cafconç en 1917
auteurs Bertal-Maubon compositeur Léo Darniderff
 
 
je cherche sans chercher
sans l’intention de trouver quoi que ce soit
même si on ne sait jamais
 
je cherche à travers les formes
ce que sans elles
je ne saurais dire
 
 
je cherche rien de plus
je cherche rien de moins
tenue correcte exigée
pour descendre à la cave
où l’on dit des poèmes
avec des fleurs au bout des dents
 
je cherche dans toutes les gares
fermées depuis longtemps
Monnet à Saint Lazare
et Guillaume au Départ
 
je cherche les mains ouvertes
qui accueillent mes joies et mes pertes
je cherche un mur pour pleurer
ah ah ah ah*
 
*Anne Sylvestre
 
je cherche ce que seule peut dire
une métaphore vive
salive de spettri*
d’un renga
crachée par le poète Sanguineti
 
*salive de spectre
 
je cherche en traçant
ce cercle de craie
dont je ne connais pas
la sortie
 
 

POÈME ÉCRIT À RECULONS

 

des lignes manquent
tu ne sais plus lesquelles
tu as perdu leurs mots
les simples vocables
et leurs précieux sésames
ceux qu’aucun sms
n’affiche
 
des lignes manquent
si on te demande pourquoi
tu donneras le change
la pluie sur les feuillets
les phrases écrites par un mauvais crayon
sur du papier cigarette
 
 
des lignes manquent
emportées par les serres
d’un éditeur rapace
rayées d’un trait de plume
dans une crise de vers*
 
*Mallarmé
 
des lignes manquent
la liste est longue :
leçons de choses
pisses de chats
poèmes écrits à reculons
entre deux sonnets
deux canons
 
des lignes manquent
des eaux dormantes
des fils de trames
des drames oubliés
 
des lignes manquent
des noms de dédicataires
effacés sur leurs tombes
au cimetière
 
des lignes manquent
les plus belles assurément
de ce poème finissant
ces mots de rien
d’un ruminant
 
 *
 lignes de forces...et de faiblesses...
ruminations d'un questionnement...
il faudrait qu'un.e autre poursuive et développe...
tout ça...