JE FAIS DES LISTES

manuscrit « tel quel »




Je fais des rêves qui me font et me défont

Je fais des fièvres des maux de tête des quintes de toux

Je fais des poèmes des mots de rien de doutes et de secrets

Je fais des prières au Grand Manitou et à la déesse Raison

Je fais des délices à goût de réglisse et de calissons

Je fais des bêtises des blagues et des pastiches

Je fais des vers qui se brisent à l’hémistiche

Je fais des listes répétitives sur mon arc musical

Kits de survie ouvertes à tous les sens 














J’AI FAIT CI J’AI FAIT ÇA





J’ai fait ci j’ai fait ça
Mais jamais je ne dirai
J’ai fait Venise ou Caracas

J’ai fait (à ce jour) 5500 poèmes
Postés sur poésie mode d’emploi
Mais jamais je n’écrirai
J’ai fait Bélize ou Madras

J’ai fait bien des bêtises
Et bien d’actes manqués
J’ai fait bien des poèmes
Illisibles et ratés

Mais jamais je ne me vanterai
D’avoir fait la Chine Ushuaïa
Ou je-ne-sais-quoi

LE CRISSEMENT DE LA CRAIE





En lisant, en écrivant    Julien Gracq
Comment lire et témoigner si ce n'est de sa propre présence,
de l'instant que l'on oppose à ce livre esseulé, muet, 
qu'il faudra faire parler.
Jean-Marie Corbusier Témoigner 
 Le Journal des Poètes (dernière livraison)

Le crissement de la craie et la petite éponge pour effacer les résultats
sur cette ardoise qui, dans une autre configuration, devient cette page reverdyenne,
sur laquelle chaque élève de la classe de poésie écrit un poème

Fleuve des souvenirs et des figures littéraires
Des écoliers en blouses grises ou roses pour les jeunes filles en fleurs

Tout un programme d'écriture en construction
Où passent les fantômes de la poésie toujours vive,
Francis Ponge, Pierre Reverdy,
et Marcel Proust, poète de la prose

Je parle d'une voix empruntée à cette communauté
Qui me relie à ce qu'il y a de meilleur en moi,
le soi-même comme un autre, 
lecteur reprenant ses lectures effervescentes...
en les écrivant et les récrivant,
sans compter et sans cesse


COMMENT DEVENIR POÈTE









L’une des méthodes les plus simples est d’écrire des poèmes

Noir sur blanc lentement mot après mot

Ligne après ligne

À la main sur une plage blanche

En s’excluant pour quelques minutes

Du jeu





Il faut répéter infiniment l’exercice

Toujours avec plaisir

Et pour cela choisir

Un papier un carnet un stylo

Qui nous agrée





Ne jamais faire de rature

Et si jamais un mot vient à la place d’un autre

Comme cette plage qui ci-dessus à remplacer page

L’accepter





Le poème est terminé quand il n’y a plus d’espace

On invente alors un titre

Et on laisse reposer





comment devenir poète

JE SUIS INTERDIT DE POÈMES





une fantaisie





Je suis interdit de poèmes…sur le papier

Mais dans ma tête ça n’arrête pas de bourlinguer

Textes Antitextes Expériences de pensées

Cut up Lieux communs percutés

Où la bouche délirante fait dinguer

le concept et la cogitation de nos chers métaphysiciens





Je suis interdit…en arrêt volontaire de machine

à écrire

les fadaises de l’écriture automatique

Mais dans ma tête ça moissonne

Faucille d’or faisant tomber des épis

des « et puis »

des essais sur les Essais exempts de toute farine

que font ces diables de critiques

dans les bénitiers des éditeurs de Saint Germain des Près





Il n’y a plus d’après ni de traction avant (l’antique déesse noire)

Mais un petit vélo présent

Qui fait le tour de cette nuit absente de tout bouquet

Mais non de cette fantaisie générée dans son lit

En bel état d’hypnose et d’insomnie





je suis interdit de poèmes