C’ÉTAIT LA NUIT





C’était la nuit

L’honneur des poètes

Que personne plus ne lit





C’était la nuit

Spirale d’un Nerval

« engloutissant les Mondes

et les jours ! »





C’était la nuit

Celle qui donnait le souffle

« aux enfants du limon »           





C’était la nuit

Sous la grotte Sibylle

Bredouillait ses énigmes





C’était la nuit

La nuit désenchantée

L’esprit de poésie

D’un poème oublié





14/11/2020

c’était la nuit

CREDO





Rien ne me paraît plus négligeable que le poète réduit au poète.

Paul Valéry





Je ne crois pas en la poésie

Mais au mouvement sans cesse recommencé

Qui me porte vers un poème.





Ceux que je connais par cœur

et que je me récite

Quand le temps ne passe pas

Ceux que je découvre

Et qui toujours résistent





Ils m’obligent à faire l’Essai

De rassembler

Tout ce qui au fil du temps

S’est morcelé :

Le poème et ses exigences

Le poème et ses lignes d’horizon

Qui semblent faire se rejoindre

Le ciel et la terre

Le ciel et la mer

Le ciel et le néant





Le poème comme expérience

Et la distance à maintenir avec son risque mortel

Celui de se prendre, chemin faisant,

pour un « poète ».





lecture




CONTRE-POÈME




Poète ?

Je veux bien

Mais alors

Caméléon

Une couleur

Pour chaque

Passe :

Amour et désamour

Jubilation et disparition

Quiétude et inquiétude

Sol y sombra

Cris et rires

Écriture





Liberté sur paroles

Camées et caméléons

Bibelots abolis

Du faiseur de poèmes qui regarde le monde

Au-delà du bout de son nez






	

ODE AUX POÈTES DES ÉPÎTRES





Parfois c’est court la forme casse l’esprit bavard

Bah ! Personne n’entre ici s’il n’est un peu poète





Poète ? Tu veux rire le poste est déserté

Entre le poème et toi il y a le monde qui te broie

Brouhaha brou de noix gaulée sur le noyer





Le noyé c’est bien toi qui nages dans l’obscur

D’une nuit blanche

Sous la neige

D’une « plume en absence »





« Poète dépourvu »

De lecteurs et de reconnaissance

Mais que main tient

Et sans art-gens

Écrits et cris
Rage admise

Par les seuls amis





nuit du 24/09/2020

« La plume en l’absence »
Pauline Dorio
(vient de paraître)

À MA BONNE AMOUR ET LÉAL AMIE





ICI OÙ JE ME TIENS









Oiseau tranquille au vol inverse oiseau

Qui nidifie en l’air

Guillaume Apollinaire





Perdu dans mes pensées

Je laisse aller sans m’y arrêter

les idées qui viennent

et puis qui passent





Ici où je me tiens

Loin du monde saturé de bruit

et d’interminables querelles





Avec cette confiance

venue d’enfance

et de la longue fréquentation

des grands chants

de bone amour et  de leal amie





Ouvert à la littéralité

aux multiples sens posés

qui douent ainsi d’authenticité

notre humaine et si fragile condition

ESQUISSES D’UN HOMMAGE





Le réel qui importe Se contente de l’esquisse De l’ébauche souriante

                                    André Ughetto





1

SON CORPS DE MOTS





Le poète a mis tout son cœur son corps de mots

épars sur les schistes Les doigts poisseux du bois

de pin L’aveu du sang La page d’une vierge

que l’on feuillette par hasard dans un recueil

dépenaillé Le poète ce fils de rien

les doigts encrés sur la présence agissante

de Phœnix fauve noir des poèmes premiers*





*var. derniers





Martigues 9 juin (ardente lyre) 2020





2





QUI SAIGNE SIGNE

le titre d’un livre d’André Ughetto

(Sud-Poésie Marseille 1990)





Qui signe saigne

C’est le signe du sens

et du non-sens

C’est le passage du Mat

sur la roselière

de nos rivières

La tienne la Sorgue

La mienne l’Arize

Qui saigne signe

Nos étranges morts

Phœnix en filigrane

Sur le papier qui frise…





(la suite manque)

Martigues 9 juin 2020





3





UNE VIE SOUS LE DON DE L’AMITIÉ





Le plus court chemin de soi à soi passe par autrui.

                              Paul Ricœur





Écrites à nos mains, comment distinguer

dans nos écrits sur soi,

ce par quoi nous sommes faits

et ce qui nous défait ?





Le rouge est mis sur nos biographies

Toi André tu les dédies à Daniel, Yves,

Jean-Jacques (c’est un autre)

Marie-Christine (pas celle de Nougaro),

Anne-Marie, Christiane, et jusqu’à cette Sybille

qui finit cigale à Cumes.





Que de passes, passages peints,

comme écrivait Michel de Montaigne,

le seul ami que nous avons en commun.





Tes instants de vie bien à toi,

passent dans les fleurs, qui s’arrondissent en fruits

sur une toile de Madame Jaccottet.

Devant le tableau d’un autre,

tu fais état d’une joie « d’inconnaissance pure ».

Ce qu’un autre, en présence du jaillissement

des maîtres poètes-calligraphes de la Chine ancienne,

nomme « éloge de la confusion ».





Tu nais et renais, des images glanées dans un aéroport,

sur des ailes de papillons, mosaïques et jardins imparfaits.

Tu nais dans l’orchestra d’un théâtre antique,

arpentant les gradins, les travées d’une « une foule jeune »,

une folle messe de rôles échangés,

sur les scènes plantées à l’Isle sur la Sorgue,

ou à Ludlow, Shronshire.





(Ça je le recopie d’une de tes pages, bêtement,

comme si j’étais l’idiot de Shakespeare,

sans qui le Roi n’existe pas.)





Assembleur, assembler depuis les « pupilles du crime »,

jusqu’au « rapt de Proserpine »,

des chars du sinistre occupant, fuyant Charleval,

au vélo de Tati tournant ces « Jours de Fête ».

Assembleur, assembler « quercis suber » avec « Kether »

au sommet de « l’arbre séphirotique ».





J’en dis pas plus et je m’efface, invitant tout lecteur

et lectrice qui t’ignorent encore, à plonger sans retenue,

dans l’ouvrage qui vient de paraître,

« de temps en temps bien admirer est hygiénique ».





Martigues 10/06/2020 3 poèmes « en cours »





*André Ughetto (Le Nouvel ATHANOR)

Collection « POÈTES TROP EFFACÉS »

 » le luxe c’est d’avoir quelquefois sur l’épaule un perroquet »