QUELLE EST CETTE ÉCRITURE ?

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CI-DESSOUS
Quelle est cette écriture ?
Je ne sais je ne sais
et pourtant c’est ma main
qui l’a tracée
ce dix mai
à « une heure » précisément
à l’horloge de ma chambre
en moins d’une minute
qui l’a tracée
au cœur de la nuit
comme dans un rêve
une main qui rêve et se lance
sans retenue
à la recherche d’une écriture
qu’elle a nommé
-faute de mieux-
HYPNOGRAPHIES
un mot maison
entré une nuit intime
nuit en moi nuit en dehors
je connais par cœur
cette ligne de Supervielle
qui m’émerveille
comme un bestiaire
dont chaque animal est un signe
qui représente une part de moi-même
de ce dictionnaire à part moi
que je m’efforce de fabriquer
j’ai relu hier les quatrains
ou les quintils
du Bestiaire
ou Cortège d’Orphée
d’Apollinaire
illustrés des bois de Dufy
mentalement puis en les chantant
sur mon piano
et maintenant c’est comme si
chacun de mes glyphes
composés cette nuit
était un œuf en chocolat
trouvé sous les étoiles





POST 8 MAI 2020

Je rêve de Puerto Colombia
Où je gavais les pélicans
Des écrits de Feu Lautréamont

PUERTO COLOMBIA

28 09 1969

Un tout petit coin où je suis hébergé par un Uruguayen et sa femme Vénèze.

Ils avaient un beau berger allemand, une chienne qu’ils appelaient Mata.

Je relis mes notes d’un cahier que je vais jeter.

J’y ai passé une petite semaine de vacances, avant de reprendre mes cours de français à Caracas.

J’ai admiré des heures durant messieurs et dames Pélicans, qui plongeaient à la verticale de leur bec,

et mettaient le poisson dans leur poche.

Je retrouve la liste des livres emportés, Balzac Les Paysans, que je ne me souviens pas avoir lu, du Char en poésie, le manifeste de Breton et Spectacles de Prévert.

De mes griffonnages, il reste un poème écrit le 23 octobre à 23heures. « Furor ».

Je l’ai publié tel quel dans mon recueil chez Oswald, en 1975. Et Claude Brugeilles en a fait un « graphisme » », une nuit au moulin de Jézeau, que j’habitais alors, près d’un torrent et de sa roue à aubes.

Claude Brugeilles
Moulin de Jézeau
une nuit du printemps
1975
in ITINÉRAIRES
Jean Jacques Dorio
(PJ Oswald)

CECI N’EST PAS UN MESSAGE AUTOMATIQUE





Je m’éveille d’un rêve sombre, qui sombre aussitôt sous ma plume.

Ceci n’est pas un message automatique.

Pourquoi le public a-t-il refermé la parole vitale venue d’hypnose

du fond de nos nuits ?

Parce qu’il préfère la monnaie de singe de la littérature.

Mais il y a d’autres hypothèses.

À toi dernière lectrice fondue dans l’empire des signes,

d’en faire le tri.

Le lecteur est tricheur désormais, tirant les fausses cartes de sa manche.

Je m’éveille d’un rêve lumineux qui aussitôt prolifère sous ma plume.





lundi 30 mars 2020

JE RÊVE DONC JE SUIS





La nuit venue

Je ne dors plus

Ou bien si peu





Mon dormeur d’antan

Est devenu soupe au lait





Il ne dort que d’un œil

L’autre tourne en des mondes

Traversés d’étranges pensées





Je rêve donc je suis

Cet autre inconnu

L’étranger de soi-même

Qui pousse le blasphème

Jusqu’à perdre toute identité





Mais la perte est légère

Un bien être passager





Dormeurs des deux oreilles

Vous devriez essayer

JE T’RÊVE





Je rêve de mon ami Felix

Et de sa voix psalmodiant

Masa de son compatriote

         Cesar Vallejo

No mueras te amo tanto !





Je rêve des tristes tropiques

Des trois tristes tigres

Des tragédies grecques

Dont la masse a disparu

Et du rire des dieux





Je rêve et je ne sais plus

Qui du Rêveur ou de l’Éveillé

Tourne les feuillets noirs et blancs

De ma fragile et fabuleuse

                      vie









poème publié

titre du recueil : JE T’RÊVE





éditions Rafael de Surtis

2011

(variations du 26/01/2020)

couverture
peinture de maria dolores cano