J’ÉCRIS À SHÉHÉRAZADE

J’ÉCRIS À SHÉHÉRAZADE croisée à la bibliothèque des Mille et une Nuits J’écris toutes les nuits ces fragments narratifs qui me maintiennent en vie J’écris au-delà de tout contexte historique, les épîtres d’un troubadour du siècle XXI dépourvu de langue occitane J’écris ou plutôt je réécris ces vers virtuels qui eurent leur heure de gloire mais qui se sont perdus J’écris pour les lecteurs qui passent leur nuit à se réinventer en se cognant à leur for intérieur J’écris comme un conteur qui n’entrera jamais dans les pages d’un livre J’écris en mélangeant pensée magique et pensée d’un célèbre chimiste : Rien ne se perd Rien ne se crée Tout se transforme J’écris en transformant cet essai

CETTE DOUCE HABITUDE DE LA NUIT

Vivimos descubriendo y olvidando

Esa dulce costumbre de la noche

Hay que mirarla bien Puede ser la ultima

Borges (La cifra)

Vivre la nuit en racontant sur un bel espace blanc, (le dos dune couverture de livre et sa quatrième), ses mille et une facéties, ses manières de façonner les rêves dune bibliothèque inépuisable. Borges prétend que les volumes quelle comprend « dépassent » celui des astres ou des grains du désert de sable (il ne précise pas lequel).

Vivre la nuit en désertant lHistoire « avec sa grande H » selon la formule assassine de Perec, en prenant le risque de suggérer par comparaison la sienne, sa propre histoire minuscule, sujette aux caprices et aux hasards, aux chaos et cahots, dune vie que dautres qualifient de « sans histoire ».

Vivre la nuit de ses lectures de livres sur le Temps qui ne dort pas, sous peine de mourir le jour venu, dans une phrase que nul ne comprend.

Vivre la nuit se racontant Ulysse, l’Inventif et Shéhérazade « dont la nuit 602 est la plus magique de toutes», écrit en son miroir, l’auteur du Chiffre et de l’Or des Tigres. La nuit 602 qui, naturellement, n’existe pas plus que la mille et unième, chacune étant une histoire à part qui n’a que faire de ce découpage fictif.

Vivre la nuit, mise en abyme, fondue dans ce bel espace blanc où se manifeste une énergie (le caractère shenqi en chinois), le conatus de lÉthique, le subconscient à lœuvre, formes entrevues qui, dans un second temps, sont susceptibles de devenir conte, récit, voire poème dédié à la Nuit.

Nous vivons découvrant et oubliant

Cette douce habitude de la nuit

Regarde-la bien Cest peut-être la dernière

 » Le chiffre » (ma traduction)

https://www.leseditionsdunet.com/livre/un-dictionnaire-part-moi