J’écris sur les murs du Grand Mai et sur les pavés des cathédrales J’écris sur la plaque d’égout de Pont à Mousson à Pont Saint Esprit J’écris à dire vrai en attendant ces mots cachés qui soudain m’apparaissent et que je couche sur le papier J’écris ce dialogue intérieur d’un scribe qui pratique la déformation systématique, la moquerie, la gibe J’écris à ce corps éphémère sous l’espèce de persévérance que Spinoza, si j’ai bien lu, appelait l’éternité : De ce qu’un peu auparavant j’ai été il ne s’ensuit pas que maintenant je doive être le même J’écris appuyé sur un grand livre à la couverture moutarde J’écris aspiré par le bord de la nuit à pas de loup dit le haïku J’écris à la renarde qui passe entre les lignes d’un poète animalier J’écris l’été de mes douze ans dans un chalet loué en Gaspésie J’écris petit moineau à qui on donne la becquée J’écris à côté du laboratoire central becquets et paperolles sur de petits papiers J’écris à la Nébuleuse de l’Aigle à sept mille années-lumière J’écris en aveugle sur le banc des accusés de fuite en avant dans le poème
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IL FAUT PERSÉVÉRER
il faut persévérer
il faut percer les murailles de l’Éthique de Bénédict Spinoza
il faut scandaliser
et polir ses lentilles ou ses vers en silence
quand tous les dogmatismes qui ont pignon sur rue
vous excommunient
il faut se libérer
rire de ses bêtises et jouir de ses désirs réalisés de liberté
il faut se cacher
du petit doigt des imbéciles des envieux des intolérants
des rois-soleils-de-pacotille des fanatiques et des joueurs de tambour
il faut disparaître
sans laisser de traces qui seraient des réponses faisant long feu
il faut il faut
relire les nuits blanches
de Robert Desnos
en défiant la mort
sa faux
et ses balances
UN LONG REGARD SUR LE CALME DES DIEUX

manuscrit premier jet
sur fond de toile aux encres et acryliques
titre :
il n’y a pas de mots dans mes figures
Dorio
UN LONG REGARD SUR LE CALME DES DIEUX
Activité :
dans l’esprit de ces lettres qui vont composer peu à peu le corps de mon texte,
j’agis, je déplie l’éventail de mes capacités, en conscience.
Conscience, claire et confuse, ou plutôt, la confusion m’est naturelle,
mais je cherche par essais successifs, à y voir plus clair.
Mes maux proviennent des souffrances réelles d’une vie fléchée
par les dieux malins et cruels, et par les mots pour le dire qui, à la diable, s’entrechoquent, à tort et à travers.
Je cède alors, comme dit le Poëte, l’initiative aux mots.
Mais céder n’est pas concéder :
Aussi bien, en tant qu’il a des idées claires et distinctes,
qu’en tant qu’il a des idées confuses,
l’Esprit s’efforce de persévérer dans son être pour une durée indéfinie
et il est conscient de son effort.
C.Q.F.D.
Ma boucle pour l’heure semble se refermer, mais c’est pour mieux,
tant que je vivrai, toujours toujours recommencer :
Espérance après une pensée qu’un long regard sur le calme des dieux.
*
merci à Spinoza et à Paul Valéry
moi humble troubadour
sur eux je renchéris
selon Brassens