J’ÉCRIS opus 6





J’écris sur les murs du Grand Mai et sur les pavés des cathédrales

J’écris sur la plaque d’égout de Pont à Mousson à Pont Saint Esprit


J’écris à dire vrai en attendant ces mots cachés qui soudain m’apparaissent et que je couche sur le papier


J’écris ce dialogue intérieur d’un scribe qui pratique la déformation systématique, la moquerie, la gibe

J’écris à ce corps éphémère sous l’espèce de persévérance que Spinoza, si j’ai bien lu, appelait l’éternité :


De ce qu’un peu auparavant j’ai été il ne s’ensuit pas que maintenant je doive être le même

J’écris appuyé sur un grand livre à la couverture moutarde

J’écris aspiré par le bord de la nuit à pas de loup dit le haïku


J’écris à la renarde qui passe entre les lignes d’un poète animalier


J’écris l’été de mes douze ans dans un chalet loué en Gaspésie

J’écris petit moineau à qui on donne la becquée


J’écris à côté du laboratoire central becquets et paperolles sur  de petits papiers


J’écris à la Nébuleuse de l’Aigle à sept mille années-lumière

J’écris en aveugle sur le banc des accusés de fuite en avant dans le poème






 




 




IL FAUT PERSÉVÉRER





il faut persévérer

il faut percer les murailles de l’Éthique de Bénédict Spinoza

il faut scandaliser

et polir ses lentilles ou ses vers en silence

 quand tous les dogmatismes qui ont pignon sur rue

vous excommunient

il faut se libérer

rire de ses bêtises et jouir de ses désirs réalisés de liberté

il faut se cacher

du petit doigt des imbéciles des envieux des intolérants

des rois-soleils-de-pacotille des fanatiques et des joueurs de tambour

il faut disparaître

sans laisser de traces qui seraient des réponses faisant long feu

il faut il faut

relire les nuits blanches

de Robert Desnos

en défiant la mort

sa faux

et ses balances


	

UN LONG REGARD SUR LE CALME DES DIEUX


manuscrit premier jet
sur fond de toile aux encres et acryliques
titre :
il n’y a pas de mots dans mes figures
Dorio





 
UN LONG REGARD SUR LE CALME DES DIEUX
 
Activité :
dans l’esprit de ces lettres qui vont composer peu à peu le corps de mon texte,
j’agis, je déplie l’éventail de mes capacités, en conscience.
Conscience, claire et confuse, ou plutôt, la confusion m’est naturelle,
mais je cherche par essais successifs, à y voir plus clair.
Mes maux proviennent des souffrances réelles d’une vie fléchée
par les dieux malins et cruels, et par les mots pour le dire qui, à la diable, s’entrechoquent, à tort et à travers.

Je cède alors, comme dit le Poëte, l’initiative aux mots.
Mais céder n’est pas concéder :
Aussi bien, en tant qu’il a des idées claires et distinctes,
qu’en tant qu’il a des idées confuses,
l’Esprit s’efforce de persévérer dans son être pour une durée indéfinie
et il est conscient de son effort.
C.Q.F.D.

 Ma boucle pour l’heure semble se refermer, mais c’est pour mieux,
tant que je vivrai, toujours toujours recommencer :

Espérance après une pensée qu’un long regard sur le calme des dieux.

*
 
merci à Spinoza et à Paul Valéry
moi humble troubadour
sur eux je renchéris
selon Brassens