J’AI LA RÉPONSE QU’ELLE EST LA QUESTION





J’ai la réponse qu’elle est la question

Les imbéciles heureux dansent ainsi

sur les plateaux de télévision

C’est la danse macabre des avis non partagés

par les spécialistes du tout et du rien





Mais qu’est-ce que tu racontes

me chante l’ami Tardieu

Monsieur Jean qui mouline

sa complainte de la Môme Néant :

« qu’a dit rin, qu’a fait rin, qu’a pense à rin »

puisque « A’xiste pas ».





Entre temps mon crayon cassé

ma table du dimanche renversée

J’ai fait quelques traces

de cet art éphémère des sables mouvants

alors que le soleil couchant

brûlait ses dernières flammes

hypnographies : art éphémère des sables mouvants
parler en se taisant dire en dessinant des choses muettes

LES DEMOISELLES DU TÉLÉPHONE





TÉLÉPHONIE

Tâtonnant dans la nuit, je quitte le bureau de poste où la voix aimée de Grand-Mère ne répond plus.

Ou bien, je crois entendre, mon oreille collée au récepteur, Orphée, répétant le nom de sa morte.

En paraphrasant ainsi, l’auteur prodigieux de la Recherche, je réinterprète alors, cent ans après, la partition des Filles de la Nuit, Messagères de la Parole, ces Demoiselles du téléphone, divinités sans visages.

Sans aucun affect, leurs voix volontairement douces, mais devenues, avec le temps, impitoyables, répètent ad libitum : « Il n’y a plus d’abonnée, au numéro que vous avez demandé. »





« TA PAUVRE VOIX BRISÉE MEURTRIE »…ainsi le narrateur fait l’amère expérience des premières communications transmises par la voix de sa divine mère, au téléphone.

Alors qu’en lui écrivant une lettre, elle savait cacher en une forme maîtrisée, ses joies et ses peines, elle ne peut, en revanche, parlant au bout du fil, donner le change ; sa voix brisée, vaincue, traduit (trahi), la perte insupportable de celle qui l’engendra et l’accompagna, intimement, tout au long (cours) de sa vie.

Et en effet, dans ces cruelles circonstances, cette voix (trop) lointaine, sans le secours du visage aimé à proximité, les caresses de ses yeux, nous glace.

À l’inverse et pour ma part, je n’ai pas oublié le beau visage ridé de ma grand-mère, assise au coin du feu (le cantou),  qui me racontait son passé, vivifié par ma présence, me donnant l’illusion que cette voix singulière, ne serait jamais perdue comme, paradoxalement, ces voix sans personne, que proposait Jean Tardieu, entouré de ses amis poètes, au Club d’essai, l’émission d’une radio libérée en 1945 (la date de ma naissance, couchée sur le livret de famille).





(Un dictionnaire à part moi : deux textes en cours)

TOUTES CES LIGNES QU’AXISTENT PAS





Et puis zut un peu d’récré

Au fil des lignes d’une écriture

de raccroc Faut s’accrocher

aux derniers wagons de l’Aléa

Des citations à la Queneau

Un kidan assis coi sur un banc





À quoi qu’i pense le quidam ?

Au papillon de ses nuits blanches ?

À la queue du petit singe

qu’enfant il tirait sur le manège ?





I pense peut-être à la petite épouse

et à notre destinée

ce poème de Verlaine chanté par Ferré





I pense aussi hélas à la môme Néant

de Feu Jean Tardieu

Celle qui pense plus à rin

Celle qui fait plus rin

Et qui clôt toutes ses lignes

en disant

A’xistent pas !