SISYPHE





Sur mes poèmes et autres écrits, comme celui-ci commençant, j’ai toujours la main. C’est dire, sans forfanterie, ma manière d’écrire sur le papier.

               Et pourtant il y a si longtemps que ma main écrit, depuis Mai 68, mes temps intempestifs, jusqu’aux temps d’aujourd’hui plus tempérants.

               De mes premiers printemps pleins de sèves jusqu’aux cheveux de neige du vieil enfant qui toujours ajoute une pièce dans le jukebox des poèmes sans fin.

               La main sur le papier lève toujours quelques paroles et murmures de personnes qui jusqu’à présent m’ignorent et de celles, l’immense minorité,  qui me sont proches et qui me lisant tentent de me dire ce qu’elles ne m’ont jamais dit.

               N’attendez pas le cimetière  Pour m’éclairer par vos paroles issues de vos nuits blanches Signé Sisyphe

PATCHWORK IN PROGRESS





Moment d’hésitation

Un poème ça ne marche pas toujours à la baguette,

et d’ailleurs,

ce n’est jamais ce que l’on croit

un poème.





Moment de préparation

Au risque de perdre son objet de vue

et que nos yeux sur la page blanche,

se ferment.





Moment où l’espace-temps,

soudain s’ouvre :

la petite forme a pris,

une pièce à ajouter

à son patchwork in progress.


	

BEAUCOUP DE MOI





Beaucoup de Moi

Qui jadis habitèrent, tel ou tel lieu,

Avec le temps, qui a passé,

ont « succombé,

car nos jours meurent avant nous. »*





Car les mains amies qui nous accompagnaient

Se sont transformées en osselets.





Un jeu d’enfant,

Comme ce temps qui nous joue

tant de tours,

mais que le temps passé à écrire ce poème,

j’ai oublié.





*Chateaubriand

12 hypnographies sur papier jaune format A4

DES ESSAIS





Des Essais

Montaigne en fit des tonnes

Je n’ai pas asteure

Ses livres sous les yeux

Mais je me souviens

De quelques passes mémorables

Il appelait ça peindre le passage

Celui du temps

dont il goûtait

chaque seconde

quand tout bien

se goupillait

Mais quand il avait le bourdon

Il le traversait

à sauts et à gambades





Cette nuit

Moi aussi

C’est la cloche des morts

Qui m’a réveillé

Alors je prose

Cheval blessé

Qui rue

Et trempe généreusement

les doigts dans l’encrier





Comme vous pouvez le constater

CHRONOS

On s'escrime jetant ses filets
de textes plus ou moins serrés
de poèmes avec ou sans rimes

Fils de chaîne et fils de trame
On croise entrecroise nos brins
d'histoires de mots d'idées

On multiplie fragments essais
Comme le Temps enfant qui joue
à la marelle au jeu de barre à l'Odyssée

Mais à la fin des fins
qui nous échappe inachevée
Chronos triomphe et rompt nos vies
désormais trépassées


Chronos