Écrire apaise. Écrire accompagne nos fantasmes et nos fantômes. Écrire contrairement à parler -ce qui est dit est dit- autorise à la fin de la page à déchirer le mal écrit. Écrire désarçonne. Écrire nous force à chercher notre assiette. Écrire nous forme. Écrire un roman (de Renart) se fit dans la jubilation du désordre. Écrire c’est toujours lire ailleurs si j’y suis. Écrire c’est maille à partir avec soi-même comme un autre. Écrire c’est faire une enquête de terrain sur l’organisation sociale des peuples sans écriture. Écrire c’est trobar leu-chanter clair et trobar clus– pour les initiés. Écrire c’est chaque nuit en résidence non surveillée dans son lit. Écrire c’est sans écrire en marchant sur des chemins de fortune écoutant des conversations diffusées sur France Culture en podcasts. Écrire c’est la mère des batailles de la langue toujours toujours recommencée. Écrire c’est cette présence qui nous a fait oublier chemin faisant que l’on écrivait.
Author Archives: Jean Jacques Dorio
TEL UN ESQUIF
J’ai envie de m’écrire un petit poème un petit proème sans prolégomène qui mène l’hourloupe des mots à la baguette mais sans mesure ni démesure Un petit poème entraînant tropes et troupeaux à la fontaine Bellerie des amis du seizième Étienne de la Boétie Jean Antoine de Baïf Olivier de Magny et tutti quanti Toutefois point n’êtes obligés de les connaître et aucune leçon ne vous ferai Juste ce simple poème petit chétif Qui vogue à présent sur ma page Au hasard à l’estime Tel un esquif
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DANS LE SOLEIL DE RESSEMBLANCE
Il voit les soleils se coucher
dans le soleil de ressemblance
René Nelli
Je mange à petit feu le dictionnaire rare
Les lignes manuscrites de quatre en quatre vers
Impeccables pour le rythme le compte des « e » muets
Le dictionnaire rare des fleurs en leur courtil
Du torrent désentravé des prisons abracadabrantes*
Sous le lyrisme affirmé les cycles naturels
Les images la respiration verbale
L’amour métaphysique se heurte au néant
On voudrait l’oublier s’interdire ces grands noms
Depuis longtemps brisés par les modes éditoriales
Mais maladroitement nous sommes entraînés
La main court sur la feuille
Grattant le palimpseste insomniaque
Qui nous ressemble
*René Nelli (La vie que s’interdit la vie)
Collections manuscrits Encres Vives 1969

JE ME PERDS DANS MA PAGE
JE ME PERDS DANS LA PAGE des partis pris de Ponge de l’huître au gosier de nacre et de son obsession pour la tiare bâtarde Je me perds dans Michaux Cloué au lit par une méchante fracture me voilà inventant toute une cavalerie qui passe après la bataille Je me perds dans l’ange sombre de la Melancholia d’Albert Dürer mélas : noir kholè : bile Obscurités non obscures Je me perds dans l’éternité retrouvée la mer allée avec le soleil le pavé disjoint de la cour de l’hôtel de Guermantes Je me perds pour mieux me retrouver dans les pages de Ponge faisant face avec Michaux à ce qui se dérobe le soleil noir de la mélancolie l’éternité de Rimbaud la vocation révélée au narrateur de la Recherche

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LA POÉSIE ET LES MOTS DE LA TRIBU
Poésie : un arc un souffle une voix
Un rien de rien un battement d’exil
Jamais assez de ses blessures et de ses joies
De son temps qui n’est pas celui du calendrier
et ne s’inscrit sur aucun écran d’ordinateur
Elle procède par bonds et par replis
Les semelles de vent Le coude sur la table
Innocente mendiante pauvre première venue
C’est pourtant l’humaine mesure
dans le monde délabré d’aujourd’hui
Paroles dorées paroles timides paroles des places
où elle donne du sens aux mots de la tribu
la mort l’amour la liberté