

Fos sur Mer 04 juin 2020 5 heures du soir
Jean Jacques Dorio Un poème inédit par jour


Fos sur Mer 04 juin 2020 5 heures du soir

AU BOUT DU CONTE TU NE RESSEMBLES À PERSONNE
Influences ou imitations délibérées, c’est ainsi, que peu à peu, pourvu que la tâche soit légère mais obstinée, paradoxalement, on en vient à ne plus ressembler à personne.
Sur mon échiquier poétique, je pousse les pièces d’une identité, que seul.e.s les imbéciles croient posséder.
Quand je lis vraiment, je disparais dans l’écriture intime de celui et de celle qui me font l’amitié de m’ouvrir à leurs lettres, sans cesse portées, au-delà de toutes mes attentes.
Les enfants nés dix ans avant moi, ont été déchirés par la guerre, « l’histoire avec sa grande hache », de l’auteur de « la disparition », qui s’est servi de la littérature pour s’inventer un monde et une famille, toujours prête à le quitter. Comme une mère qui vous amène dans un train partant pour le Vercors, -sans sauts à l’élastique -, avant d’être contrainte et forcée d’embarquer dans les wagons plombés de nuit et brouillard.

LIRÉCRIRE
c’est ainsi que je sais le mieux oublier
qui je suis
pour entrer dans un monde
de fantaisies d’inventions
et de « réelles présences »
car moi aussi la vie douce et paisible
m’a une année un mois un jour
déchirée
en lançant ses flèches empoisonnées
contre celle qui était qui fut et demeure
ma moitié

30x20cm encres de chine sur page de revue Dorio 12/04/2015

ça danse et ça converse 03/06/2020
J’AI ALLUMÉ D’AUTRES CHANDELLES
« Il faut tenir son pinceau légèrement et spontanément
La main et l’esprit restant vides
L’écriture doit être rapide fulgurante
C’est le va-et-vient du souffle
Ce sont les battements du cœur
J’ai allumé d’autres chandelles
Sur la scène de ma page blanche
Mon stylo-pinceau
à l’encre de Chine
A repris la main
Tout de suite
Ça redevient chinois
Les caractères dansent
et conversent
avec les maîtres calligraphes
Ouyang Zun
Zhang Xu
Wu Khuan
Malades imaginaires
Qui n’arrêtaient pas
Saisis par la manière
De tracer sur leurs feuilles
Ou dans l’air
la substance de leurs poèmes


DES MOTS DE MON ENFANCE
Des mots de mon enfance
ont disparu dans le dédale
de l’histoire qui oublie
les rebouteux
les pleins et déliés
de la gauloise
trempée dans l’encrier
du pupitre
Qui oublie
le joug liant
Mulet à Mascaret
le bœuf blanc et le tacheté
les tours de saucisse
qui pendaient au plafond
les punaises
de bénitier
les maux de poitrine
qu’on guérissait
le dos plein de ventouses
passées à la flamme
(le reste manque…)