ON EST BIEN

On est bien
Bien que seul
Non par choix

On est bien
Sur un toit
de terrasse
entouré
de convives

Des pigeons
Font en face
La roue

On est bien
Au-dessus
du passage Agard
Étroit au possible

Le père de Cézanne
Y vendait des chapeaux

On est bien
Vin de blanc
accompagne
un cébiché

Les convives sont jeunes
Ils parlent de leurs vacances
À Montréal

On est bien
mais pas trop
tout de même

Les nouvelles du Monde
sont mauvaises
Attentat à Kaboul
Un maboul se prenant pour Dieu
a massacré 63 invités
d'un mariage

On est bien
Le café du café
ravit mon palais

L'addition s'il vous plaît








PETIT VOYAGE EN ROND ET EN ZIGZAG





Toute notre vie n'aura été qu'un petit voyage
en rond et en zigzag*


la joie d'écrire
sautille sur le papier

la joie? c'est exagéré
disons la sérénité

serein sereine
dans le cortège des mots
qui passent et apaisent
nos maux

la joie de dire
les naissances des marmots
les premières paroles
de l'enfance de l'art
les boucles d'écriture
les chiffres sur l'ardoise
les rires et les pleurs

la joie de faire
des romans sur la vie
la petite musique
du quotidien des rues
les marrons épluchés
journaux à la criée
et les petits métiers
rémouleur vitrier

la joie ès poésie
Paris est une fête
de Concorde
jusqu'à l'Étoile
du Châtelet à Flore
où le petit homme
au strabisme divergent
rendit célèbre
l'en-soi du garçon de café

la joie sautille
et se fracasse
dans la grand peine
des beaux-arts
bœufs écorchés
et Guernica
œuvres enragés
de la litté
l'espèce humaine
et les chansons
de quatre sous
pour oublier

inutile d'épiloguer


*italiques de Valéry Larbaud
destinées à l'éventail de madame
Marie Laurencin


MAL VIT QUI NE S’AMENDE

 


À mes ami.e.s poètes
 
 
Éclaircir sa tristesse
Sur la page éclairée
Par nos constellations
 
Comme des vers anciens
Respectant la césure
Et l’esprit des épîtres
 
Mal vit qui ne s’amende*
Disait à ses amis
Ce poète brûlant
Après l’avoir fauché
Le chiendent du jardin
La zizanie des vers
 
Mal vit qui ne sait pas
Sa tristesse tourner
En cueillaison d’un rêve**
 
Comme ces vers nouveaux
Adressés à ses ami.e.s
Œuvrant ès poésies
 
 
* Michel d’Amboise
(merci à Pauline Dorio)
 ** Stéphane Mallarmé

DANS MON JARDIN D’ÉDEN

Le monde va au pire
Je le lis sur ce livre
Au demeurant joyeux

Dans mon jardin d'Éden
C'est le jour des amandes
Qui rosissent au soleil

Un livre de lectures
Fait par un dyslexique
Qui marchait en lisant
Pour retrouver sa langue

Les martinets m'enchantent
Je laisse mes lectures
Et m'envole avec eux

C'est midi juste ciel
Un air frais sous l'azur
Ma mémoire vacille

J'abandonne ces lignes
Paradoxal bon heur
Je ne sais qu'ajouter









	

QUI VIVE ?

 

Qui vive ?
Des amours et des morts
En sourdine
Ou à coups de trompettes
De l’Apocalypse
 
Qui vive ?
L’autre en soi-même
Cette fable que l’on tisse
Sur de petits cartons intimes
 
Qui vive ?
Toi
Dont le deuil
Est impossible
 
Qui vive ?
Nos ami.e.s
Et leur sollicitude
Lettres échangées
Dernières nouvelles
 
Qui vive ?
Musique de chambre
Des solitaires
Solidaires
De nos vulnérabilités
 
Qui vive ?
Morceaux en forme de poèmes
Dans la vague d’Hokusai
Tu entends la vigie :
 
La nuit sera belle !