RAIDI MAIDE

02/05/2020
TEL QUEL
Duchamp, le marchand d'urinoir, n'a pas du tout goûté la page ci-dessus.
La législation m'oblige à publier son courriel, mais, je vais en rajouter une couche,
pour moi ce qu'il dit de ses readymades, c'est comme "pisser dans un violon". 

 

« Je considère le goût –bon ou mauvais- comme le plus grand ennemi de l’art. Dans le cas des readymades, j’ai essayé de rester éloigné du goût personnel et d’être totalement conscient du problème. Le résultat est que, sur une période de presque cinquante ans, je n’ai accepté qu’un petit nombre de readymades. Si j’en avais produit dix par jour, toute l’idée se serait effondrée, le grand nombre produisant immédiatement un goût personnel. » M.D. alias Rrose Sépipi

BIBLIOTHÈQUE EN DÉRANGEMENT

UN DICTIONNAIRE À PART SOI
mais en toujours en désordre alphabétique





BIBLIOTHÈQUE

Je me souviens que j’ai beaucoup de livres dédicacés que j’ai toujours eu envie de rassembler, mais ce n’est pas du goût de ma bibliothèque qui aime être toujours en dérangement.

CRITIQUE

Je me souviens de la nouvelle critique et de critique de la critique que je lisais un jour en salle d’attente je retrouve ce que j’écrivis alors sur une page du livre J’attends chez le docteur Je lis Critique de la Critique Ma fille à mes côtés lit La vie mode d’emploi Je lis l’entretien de TzvetanTodorov avec Paul Bénichou « la littérature comme fait et valeur » Je lis nous lisons Nous portons sur le dos le poids des idéologies d’un autre temps Et puis le docteur vient nous chercher Derrière sa grande baie vitrée nous voyons l’étang de Berre d’un bleu noir qui contraste avec la Sainte Victoire plus blanche qu’un peuple de colombes

GOBER

Je me souviens qu’enfant je gobais les œufs tout chaud fraîchement pondu, je les dénichais sous notre hangar entre les bottes de paille.

TRAVAIL ON NE T’A PAS FAIT LA FÊTE AUJOURD’HUI

DÉFILÉ DU PREMIER MAI
2020

AU PREMIER MAI

C’était le premier mai

pour les ouvriers

les anciens tout rongés de silicose

finissant dans une lente agonie

petit bout de poumon

par petit bout de poumon





C’était le premier mai

pour les patrons

les petits maîtres de droit divin

bénis par l’évêché

polis embaumés

avant l’heure du cercueil





C’était le premier mai

des défilés de la cocarde

et du drapeau

de l’espérance syndicaliste

reflétée dans les yeux des enfants

 qui suivaient le défilé

le muguet et l’Huma de Jaurès dans la poche

même si l’on savait à peine lire





C’était le premier mai

la solidarité le bonheur garanti

à l’horizon du Grand Soir

C’était le premier mai

les mains du premier mai

serrées sur un bouquet de Fleurs d’Utopie


Et aujourd’hui premier mai

je ne sais rien ajouter de plus

Il n’y aurait pas de premier mai pour demain –

ces lendemains qui cruellement déchantèrent !


Et aujourd’hui premier mai si je ne sais que dire

je sais que faire :

la révolte sereine

contre tout homme qui exerce le pouvoir pour sa gloire

et je sais que rechercher :

la bonne vie pour les humbles

dans des institutions laïques et solidaires

“Il ne faut point dire aux fils de la terre

 qu’il y a une justice toute-puissante qui rétablira l’ordre*”

…ni au Ciel ni sur Terre !


C’est le premier mai

Le premier mai qu’il ne faut pas laisser s’en aller

Malgré vents et marées

Jamais!





* Alain

SUR LA ROUTE D’UN DICTIONNAIRE DE SOI ASYMPTOMATIQUE

UN DICTIONNAIRE À PART SOI
disposé en désordre alphabétique 


PASSER LE TEMPS 

J’ay un dictionnaire tout à part moi
Je passe le temps…
quand il est mauvais et incommode
Quand il est bon
Je ne veux le passer
Je m’y tiens     

Michel de Montaigne
(mise en forme JJD)  




PHRASE
 
Le lecteur enthousiaste qui me lit, me dit : - elle est parfaite!
Mais tu la réécris, juste pour le plaisir.
 




NOUS DEUX

Nous deux marchant, main dans la main, dans les rues de La Havane, déambulant autour du Parthénon, sous les voûtes de la Sixtine, autour de l’homme de Giacometti à la fondation Maeght, mais bien qu’une de nos plus belles photos ait été prise à Giverny, près de l’étang mythique de Monnet, c’est seul que j’ai admiré  les nymphéas du Moma.

ROUTE

Je me souviens de sur la route le bouquin que Kerouac écrivit sur un rouleau de 36 mètres 50 cm de long et aussi de sur la route pa-ram-pam-pam-pam sur laquelle Nana Mouskouri faisait défiler son petit tambour.

MÉMÉ

Je me souviens qu’il ne faut pas pousser mémé dans les orties

Je me souviens que les mémés de Toulouse aiment la castagne

e le vi nouvel (le vin nouveau)

Je me souviens de ma mémé Vidal qui m’appelait Mic

et que je fus seul à assister à l’heure blême  

HEURE

Je me souviens qu’avant l’heure, c’est pas l’heure et qu’après l’heure c’est plus l’heure.

Mais, en ce qui me concerne, j’aimerais partir, ni avant, ni après, mais à l’heure