
50x60cm
dorio
20/06/2014
NE BOUGE PAS REGARDE L'INVISIBLE QUI BOUGE EN TOI
Jean Jacques Dorio Un poème inédit par jour

NE BOUGE PAS REGARDE L'INVISIBLE QUI BOUGE EN TOI

Duchamp, le marchand d'urinoir, n'a pas du tout goûté la page ci-dessus. La législation m'oblige à publier son courriel, mais, je vais en rajouter une couche, pour moi ce qu'il dit de ses readymades, c'est comme "pisser dans un violon".
« Je considère le goût –bon ou mauvais- comme le plus grand ennemi de l’art. Dans le cas des readymades, j’ai essayé de rester éloigné du goût personnel et d’être totalement conscient du problème. Le résultat est que, sur une période de presque cinquante ans, je n’ai accepté qu’un petit nombre de readymades. Si j’en avais produit dix par jour, toute l’idée se serait effondrée, le grand nombre produisant immédiatement un goût personnel. » M.D. alias Rrose Sépipi
UN DICTIONNAIRE À PART SOI mais en toujours en désordre alphabétique
BIBLIOTHÈQUE
Je me souviens que j’ai beaucoup de livres dédicacés que j’ai toujours eu envie de rassembler, mais ce n’est pas du goût de ma bibliothèque qui aime être toujours en dérangement.
CRITIQUE
Je me souviens de la nouvelle critique et de critique de la critique que je lisais un jour en salle d’attente je retrouve ce que j’écrivis alors sur une page du livre J’attends chez le docteur Je lis Critique de la Critique Ma fille à mes côtés lit La vie mode d’emploi Je lis l’entretien de TzvetanTodorov avec Paul Bénichou « la littérature comme fait et valeur » Je lis nous lisons Nous portons sur le dos le poids des idéologies d’un autre temps Et puis le docteur vient nous chercher Derrière sa grande baie vitrée nous voyons l’étang de Berre d’un bleu noir qui contraste avec la Sainte Victoire plus blanche qu’un peuple de colombes
GOBER
Je me souviens qu’enfant je gobais les œufs tout chaud fraîchement pondu, je les dénichais sous notre hangar entre les bottes de paille.

AU PREMIER MAI
C’était le premier mai
pour les ouvriers
les anciens tout rongés de silicose
finissant dans une lente agonie
petit bout de poumon
par petit bout de poumon
C’était le premier mai
pour les patrons
les petits maîtres de droit divin
bénis par l’évêché
polis embaumés
avant l’heure du cercueil
C’était le premier mai
des défilés de la cocarde
et du drapeau
de l’espérance syndicaliste
reflétée dans les yeux des enfants
qui suivaient le défilé
le muguet et l’Huma de Jaurès dans la poche
même si l’on savait à peine lire
C’était le premier mai
la solidarité le bonheur garanti
à l’horizon du Grand Soir
C’était le premier mai
les mains du premier mai
serrées sur un bouquet de Fleurs d’Utopie
Et aujourd’hui premier mai
je ne sais rien ajouter de plus
Il n’y aurait pas de premier mai pour demain –
ces lendemains qui cruellement déchantèrent !
Et aujourd’hui premier mai si je ne sais que dire
je sais que faire :
la révolte sereine
contre tout homme qui exerce le pouvoir pour sa gloire
et je sais que rechercher :
la bonne vie pour les humbles
dans des institutions laïques et solidaires
“Il ne faut point dire aux fils de la terre
qu’il y a une justice toute-puissante qui rétablira l’ordre*”
…ni au Ciel ni sur Terre !
C’est le premier mai
Le premier mai qu’il ne faut pas laisser s’en aller
Malgré vents et marées
Jamais!
* Alain
UN DICTIONNAIRE À PART SOI disposé en désordre alphabétique PASSER LE TEMPS J’ay un dictionnaire tout à part moi Je passe le temps… quand il est mauvais et incommode Quand il est bon Je ne veux le passer Je m’y tiens Michel de Montaigne (mise en forme JJD) PHRASE Le lecteur enthousiaste qui me lit, me dit : - elle est parfaite! Mais tu la réécris, juste pour le plaisir.
NOUS DEUX
Nous deux marchant, main dans la main, dans les rues de La Havane, déambulant autour du Parthénon, sous les voûtes de la Sixtine, autour de l’homme de Giacometti à la fondation Maeght, mais bien qu’une de nos plus belles photos ait été prise à Giverny, près de l’étang mythique de Monnet, c’est seul que j’ai admiré les nymphéas du Moma.
ROUTE
Je me souviens de sur la route le bouquin que Kerouac écrivit sur un rouleau de 36 mètres 50 cm de long et aussi de sur la route pa-ram-pam-pam-pam sur laquelle Nana Mouskouri faisait défiler son petit tambour.
MÉMÉ
Je me souviens qu’il ne faut pas pousser mémé dans les orties
Je me souviens que les mémés de Toulouse aiment la castagne
e le vi nouvel (le vin nouveau)
Je me souviens de ma mémé Vidal qui m’appelait Mic
et que je fus seul à assister à l’heure blême
HEURE
Je me souviens qu’avant l’heure, c’est pas l’heure et qu’après l’heure c’est plus l’heure.
Mais, en ce qui me concerne, j’aimerais partir, ni avant, ni après, mais à l’heure
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